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07 septembre 2026

Rose : l'actrice Sandra Hüller revient dans un rôle saisissant

Au lendemain de la guerre de Trente Ans, un mystérieux soldat balafré s’installe dans un village isolé d’Allemagne. À force de labeur et de services rendus, il gagne la confiance des habitants et croit enterrer son secret. Alors que les villageois commencent à le considérer comme l’un des leurs, tout bascule lorsqu’ils se mettent à douter de sa véritable identité.

Après le drame Michael et le long-métrage historique Angelo, le réalisateur Markus Schleinzer s’intéresse une nouvelle fois à un sujet profondément social avec Rose. Pour nourrir son récit, le cinéaste s’est plongé dans l’histoire de femmes ayant choisi de se travestir en hommes afin de conquérir une liberté que leur époque leur refusait. Afin de mener à bien son projet, le cinéaste s’est attelé à un long travail de recherche, explorant de nombreuses trajectoires féminines à travers les siècles. Au fil de ses découvertes, il comprend ainsi combien le fait de revêtir des vêtements masculins a pu constituer, pour certaines femmes, un véritable moyen d’émancipation, expliquant : “Les raisons étaient multiples ; accès au travail, se sortir d’une vie de misère, fuir pour éviter un mariage forcé, quête d’autonomie, désir d’éducation ou patriotisme, parfois même attirance pour les femmes…”. C’est à partir de cette multitude de parcours que naît Rose, personnage fictif mais profondément ancré dans une réalité historique.

Dès lors, pour donner corps à cette figure insaisissable, Markus Schleinzer choisit de confier le rôle titre à la grande Sandra Hüller, récompensée du César de la meilleure actrice pour sa performance dans Anatomie d’une chute, et récemment mise à l’honneur dans le blockbuster Projet dernière chance. Pour le réalisateur, son charisme, sa rigueur et son engagement “donnent à Rose une présence singulière, à la fois ancrée dans cette histoire et capable de la déplacer”. Une interprétation qui n’a pas tardé à être saluée, puisque Sandra Hüller reçoit l’Ours d’argent de la meilleure interprétation à la dernière édition de la Berlinale.

Mais pour raconter une histoire aussi intimement liée à la question de l’identité, Markus Schleinzer a choisi de mêler comédiens expérimentés et acteurs encore peu habitués au grand écran, afin de donner au long-métrage une plus grande impression d’authenticité. Sandra Hüller donne ainsi la réplique à Caro Braun, dans le rôle de sa femme Susanna, une jeune actrice repérée dans une école de théâtre germanophone, qui livre alors une prestation d’une grande justesse.

Cette recherche d’authenticité se retrouve également dans la mise en scène, qui confère au long-métrage une beauté aussi sobre que singulière. Afin d’apporter au projet une puissance visuelle, Markus Schleinzer et son directeur de la photographie Gerald Kerkletz – avec qui il collabore pour la troisième fois – ont puisé leur inspiration dans la peinture et le western. Le choix du noir et blanc participe pleinement à cette démarche : loin de simplifier l’image, il en révèle la matière et instaure une forme de retenue qui laisse au spectateur la possibilité de ressentir les situations et les émotions plus librement.

Avec ce nouveau long-métrage, Markus Schleinzer dresse avant tout le portrait d’une femme qui cherche à prendre possession de sa propre existence. Le travestissement que Rose met en place depuis des années révèle sa volonté de masquer sa véritable identité afin d’accéder à un monde qui lui était jusqu’alors refusé. Derrière ce choix se dessine avant tout une aspiration très concrète : celle de pouvoir travailler, décider et vivre comme elle l’entend. Le désir de vivre en tant qu’homme naît chez elle de la liberté concrète que cette position lui offre. Grâce à cette prise en main de son destin, Rose choisit sa propre voie, quitte à rompre avec le rôle social qui lui est assigné et avec les normes rigides de son époque. “Le film ne dit presque rien de son passé, ce qui contribue à en faire une figure à la fois insaisissable et universelle, quelqu’un dans lequel peut se reconnaître toute personne ayant un jour désiré une vie hors de portée”, précise le réalisateur.

Une émancipation qui n’a toutefois rien d’un chemin tout tracé. En effet, cette liberté n’est pas sans coût. Dans son désir d’émancipation, Rose se montre parfois violente pour préserver son identité et maintenir l’illusion qu’elle a construite. En ce sens, elle s’apparente à un personnage profondément ambivalent, complexe et problématique. “Au fond, Rose incarne ce mouvement de dépassement des limites qui traverse toute existence humaine : celui qui consiste à vouloir franchir les barrières de sa condition, quitte à en payer les conséquences, précise le réalisateur. Elle rejoint une lignée de figures pionnières, dont l’audace ouvre des possibles pour les générations suivantes. C’est dans cette tension –entre aspiration, responsabilité et aveuglement– que se construit sa complexité.”

À travers le destin singulier de Rose, le long-métrage dépasse la seule question du travestissement pour interroger les rapports de pouvoir qui structurent une société et les moyens dont disposent celles et ceux qui cherchent à s’en affranchir. Ce drame historique s’attèle alors à mettre en lumière la tension entre les systèmes de pouvoir et les individus, et la manière dont ces derniers tentent d’y résister ou d’y échapper. “Faire des films, pour moi, revient à cela; prendre position, interroger le monde”, soutient Markus Schleinzer.

Une réflexion qui conduit également le réalisateur à s’interroger sur le pouvoir des récits eux-mêmes. D’après lui, les histoires racontées ne décrivent pas seulement le monde, elles le produisent. Bien plus qu’une histoire de travestissement, Rose interroge finalement notre capacité à faire émerger de nouveaux récits, à donner une place à des figures longtemps restées dans l’ombre et à ouvrir des voies jusque-là inexplorées. Sandra Hüller de confirmer cette idée : “Que peut et que doit faire la politique aujourd’hui pour rendre le monde réellement accessible à tous, de manière égale ? Et, sous un autre angle, dans quelles situations dissimulons-nous ce que nous sommes ? Quels efforts cela exige-t-il, et qu’est-ce qui serait nécessaire pour que nous puissions enfin cesser de le faire ?”

Véritable quête de soi et de liberté, Rose retrace le destin d’une femme prête à se battre pour conquérir la vie à laquelle elle aspire. Entre œuvre historique, réflexion sur l’identité et portrait d’une émancipation coûteuse, Markus Schleinzer signe un long-métrage puissant, engagé et passionnant, à découvrir dès le 9 septembre en salle.

18 février 2026

Sandra Hüller fait sensation à Berlin avec le drame féministe Rose

Révélée en 2006 dans Requiem, puis consacrée en 2016 avec Toni Edermann, Sandra Hüller a connu une année 2023 exceptionnelle, avec deux films récompensés au Festival de Cannes, la Palme d’or de Justine Triet, Anatomie d’une chute, et La Zone d'intérêt de Jonathan Glazer (Grand Prix).

Nommée aux Oscars et aux Golden Globes de la meilleure actrice puis récompensée du César dans la même catégorie grâce à ces deux rôles, l'actrice est de nouveau sous les feux des projecteurs cette année avec Rose. 

Une performance jugée “phénoménale” par Screen, “une fois de plus elle est incroyable” appuie Variety, “une master class d’acting” rapporte The Hollywood Reporter. En résumé, “elle vole la vedette” écrit Loud and Clear… Un plébiscite critique pour la comédienne de 47 ans. 

Dans Rose, réalisé par Markus Schleinzer, un ancien directeur de casting de Michael Haneke, Sandra Hüller joue une femme qui, pendant la guerre de Trente ans (une série de conflits armés qui ont déchiré l’Europe aux XVIIe siècle) se fait passer pour un soldat. Un défi qui a piqué la curiosité de l’actrice, comme elle l'a explique à The Hollywood Reporter :

“J'ai aimé l'idée d'incarner quelqu'un comme ça et la possibilité de lui créer une sorte de monument, un testament en son nom. Je voulais aussi savoir si j'en étais capable. Parce que j’ai trouvé que c'était un vrai défi de jouer une personne se déguisant ainsi et qui a vécu une telle histoire. Je n’avais jamais fait ça auparavant.”

Rose est en lice pour l’Ours d’or, aux côtés du très remarqué Dao d’Alain Gomis - le directeur du Festival du film de New York, Dennis Lim, qualifiait l'œuvre de “déterminante pour 2026” - et s’attire toutes les éloges à la Berlinale.

2026 s'annonce comme une grande année pour Sandra Hüller, qu'on verra aussi s'illustrer aux côtés de Ryan Gosling dans Projet Dernière chance, avec Tom Cruise dans le prochain film d’Alejandro González Iñárritu, Digger, ou encore dans le nouveau Pawel Pawlikowski, 1949.