Affichage des articles dont le libellé est Samuel Kircher. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Samuel Kircher. Afficher tous les articles

18 mars 2026

La Danse des renards : Samuel Kircher à l’affiche d’un portrait d’adolescence coup de cœur et coup de poing

Dans un internat sportif, Camille, un jeune boxeur virtuose, est sauvé in extremis d’un accident mortel par son meilleur ami Matteo. Alors que les médecins le pensent guéri, une douleur inexpliquée l’envahit peu à peu, jusqu’à remettre en question ses rêves de grandeur.

En salle cette semaine, La Danse des renards est le premier long-métrage du cinéaste belge Valéry Carnoy. Récompensé du prix des collégiens lors de la 36e édition du festival Ciné-Junior en février dernier, le film est parvenu à séduire les jeunes jurés, et pour cause : dans la pure tradition du genre “coming of age”, ce long-métrage constitue un récit d’apprentissage dur mais touchant, capable de confronter ses jeunes protagonistes aux défis présentés par l’entrée dans l’âge adulte. Un sujet tout trouvé pour les cinéphiles en herbe… mais pas que ! En effet, La Danse des renards, loin d’être un teen movie, se révèle rapidement porteur de valeurs universelles.

L’amitié, d’abord, occupe une place majeure au cœur de son intrigue. Bien que solidement ancrée dans leur vie, la relation de Camille et Matteo – respectivement incarnés par Samuel Kircher et Faycal Anaflous, brillants de spontanéité et de naturel – se détériore petit à petit suite à l’accident dont Camille est victime. Cette blessure invisible devient alors la source d’un changement brutal, d’une rupture dans leur complicité, en métaphore sensible et subtile du passage à l’âge adulte : confronté à un mal qu’il peine à définir, à identifier, Camille change et bouleverse son propre univers. Cette peur, ce rejet, se caractérise alors comme le déni d’un deuil nécessaire, celui d’un temps passé et révolu, celui de l’enfance. Entre lui et ceux qu’ils considéraient pourtant comme ses amis, une tension sourde s’installe alors et entraîne une lente escalade de violence que personne ne semble pouvoir contrôler.

Le corps de Camille, lui aussi, évolue pour ne plus lui répondre. Pourtant boxeur prodige, celui-ci ne parvient plus à combattre, souffre de douleurs inexpliquées, ne saurait expliquer sa peine. “Je trouvais que la douleur psychosomatique de Camille était intéressante, explique le cinéaste Valéry Carnoy. C’est un sujet actuel, comme le burn-out par exemple.” À l’image de la puberté, cette blessure prend alors la forme d’une aliénation, d’une évolution non-désirée et vécue comme particulièrement brutale. D’abord traitées avec humour (“Je trouvais très intéressant que [Camille] sente des pieds, lui, très beau, avec énormément de charisme”), ces mutations deviennent finalement le cœur du long-métrage et de ses questionnements narratifs : comment continuer à être soi quand son propre corps n’est plus le même ?

Portrait subtile et empathique d’un être en changement, bouleversé dans ses habitudes et confronté à des faiblesses nouvelles, La Danse des renards s’impose ainsi comme un récit d’apprentissage d’une grande sensibilité, symbole d’une épreuve que tout être se doit un jour d’affronter : le passage à l’âge adulte.

Ce deuil de l’enfance est d’autant plus violent qu’il est masculin et s’effectue dans un milieu baigné de virilité : impossible pour Camille d’exprimer, dans son groupe de boxeurs, ses craintes et doutes sous peine d’être durement jugé, voire exclu. S’inscrivant dans la lignée d’œuvres telles que Close ou la série Adolescence, La Danse des renards interroge ainsi la possibilité pour les jeunes hommes d’accepter leurs faiblesses, de laisser tomber l’armure dans une société où la virilité est encore trop souvent un trait imposé.

Le salut de Camille tient alors à la présence de figures de mentors, notamment celle de son entraîneur Bogdan – incarné par Jean-Baptiste Durand, aussi réalisateur de Chien de la casse – mais également de Yasmine (Anna Heckel). Elle aussi élève en sport-études, elle n’est pas pour Valéry Carnoy l’occasion d’inclure au récit une dynamique amoureuse, mais surtout de permettre à Camille d’observer sa réalité par un prisme différent.

“On est dans un récit masculin avec que des personnages masculins, donc un personnage féminin était pour moi une nécessité, justifie le cinéaste. Je voulais créer une figure féminine qui s’intègre à cet environnement sportif, tout en défiant les codes traditionnels de la féminité. Yasmine les combat, leur tient tête, elle échappe aux stéréotypes. Son rôle dans l’histoire est celui de guide puisque c’est aussi un film initiatique.

Elle est aussi un personnage plus mature, et tous les personnages plus matures, plus expérimentés, sont de très bons guides. Elle permet l’initiation, l’émancipation de Camille, elle devait donc disparaître à un moment du récit pour nous rediriger vers la trame principale : cette amitié entre Matteo et Camille qui vacille. Et cette amitié, c’est grâce à sa rencontre avec Yasmine que Camille va pouvoir la regarder d’une nouvelle manière.”

Récit d’apprentissage brillant de subtilité, métaphore puissante et mature d’une entrée dans l’âge adulte parfois douloureuse, La Danse des renards s’impose comme un premier long-métrage d’une grande sensibilité, mais aussi une réflexion captivante sur la masculinité et ses codes imposés. Un grand premier film, à découvrir dès maintenant au cinéma.