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12 mars 2026

In the Mood for Love ressort au cinéma

Il y a des termes que l'on emploie parfois à tort, mécaniquement, lorsqu'il s'agit de décrire l'impact d'un film au moment de sa sortie et dans l'Histoire du Cinéma. "Culte" est de ceux-là, au même titre que "emblématique", souvent utilisé sans que l'on sache vraiment à quoi il se rapporte. Il est pourtant plus qu'approprié quand il s'agit d'évoquer In the Mood for Love, le septième et (encore à ce jour) plus beau long métrage de Wong Kar-Wai.

Car il est très difficile de penser au cinéma hong-kongais, ou aux films les plus marquants des années 2000, sans avoir ses images et sa musique (le très célèbre "Yumeji's Theme" de Shigeru Umebayashi) en tête, immédiatement ou dans un délai très court, tant il est, justement, emblématique de cette époque. À tel point que les mauvaises langues qui le découvrent aujourd'hui pourraient être tentés de réduire son esthétique à celle d'un publicité pour du parfum.

Mais c'est parce que beaucoup de publicitaires se sont inspirés de ce qui reste, aujourd'hui encore, l'un des plus beaux films des années 2000, de ceux que l'on reconnaît très rapidement et dans lesquels on aime se plonger de nouveau alors que cette histoire d'amour pourrait être déceptive : si In the Mood for Love est régulièrement considéré comme l'un des films les plus érotiques de tous les temps, il est pourtant très chaste, tout en frôlement de corps qui se croisent dans des couloirs.

Et c'est justement dans sa manière d'arriver à créer et maintenir cette atmosphère (le "mood" du titre) que Wong Kar-Wai parvient à nous faire tomber amoureux de son film et de ses personnages, superbement incarnés par Maggie Cheung et Tony Leung, récompensé par un Prix d'Interprétation Masculine au Festival de Cannes en 2000. Un pouvoir de fascination qui est véritablement né sur le plateau, et a grandement changé les plans de son réalisateur.

Comme souvent, ce dernier aime tourner sans un scénario détaillé, pour mieux faire évoluer son récit au gré des prises de vues, ce qui lui a moins réussi dans le cas de 2046, dont il a achevé le montage à la veille de sa présentation sur la Croisette en 2004. Mais cela a davantage bénéficié à In the Mood for Love, dont la structure devait être plus éclatée : "Au départ, il y avait trois histoires", disait-il à Positif à l'époque. "L'histoire que vous voyez actuellement dans le film ne comptait que pour trente minutes dans le projet initial et était concentrée essentiellement dans les décors du restaurant - le noodle shop - et de l'escalier. Puis j'ai eu conscience que c'était cela qui m'intéressait dans le projet global et j'ai développé cette partie."

Les spectateurs et spectatrices du monde entier l'en remercient, tout comme les amateurs de beau et grand cinéma (et les publicitaires). Surtout que les 1 096 985 entrées d'In the Mood for Love ont permis d'attirer l'attention sur le reste de son oeuvre, autres histoires d'amour souvent incarnées par Tony Leung et portant des titres de chansons, d'Happy Together à As Tears Go By. Et tous ces longs métrages, vous pouvez dès aujourd'hui les (re)découvrir en salles, car la quasi-totalité des films de Wong Kar-Wai ressort, dans la foulée de The Grandmaster, dont la version chinoise inédite était venue virevolter chez nous le 25 février.

Vous avez donc rendez-vous avec : As Tears Go By, Nos années sauvages, Chungking Express, Ashes of Time, Fallen Angels, Happy Together, In the Mood for Love évidemment, le moyen métrage The Hand, 2046 et The Grandmaster. Seul son film américain My Blueberry Nights, road-movie sucré porté par la chanteuse Norah Jones, manque à l'appel de cette "Intégrale des années Hong Kong" du metteur en scène.

Une occasion parfaite de (re)découvrir, dans les meilleures conditions possibles, l'oeuvre de celui que l'on considère comme l'esthète de la mélancolie, qui a participé à remettre le cinéma de Hong Kong en avant grâce à la modernité de sa mise en scène et la beauté des sentiments qu'il met en lumière. Quitte à être frustrés en réalisant qu'il n'a toujours pas de nouveau film prévu, mais on a une bonne nouvelle pour vous consoler : sa série Blossoms Shanghai est désormais disponible sur Mubi et elle - devinez quoi - sublime.