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18 janvier 2026

Sergio Leone ne se remit jamais de la destruction de Il était une fois en Amérique

Sergio Leone avait imaginé Il était une fois en Amérique comme une vaste épopée, un projet cinématographique ambitieux qui devait marquer l’histoire du cinéma. Cependant, la version américaine du film subit une coupe sévère qui altéra profondément l’essence du film, au point que Leone en ressentit une grande déception. Le long-métrage, loin d’être un succès commercial lors de sa sortie en 1984, rapporta seulement 2,5 millions de dollars, bien en deçà du budget impressionnant de près de 40 millions. Cette déconvenue fut largement due à cette mutilation du film qui n’a cessé de hanter le cinéaste.

Initialement, Leone avait prévu une version de 6 heures, divisée en deux parties, mais il finit par soumettre un montage de 4h25. Pourtant, le studio Warner et le producteur Arnon Milchan rejetèrent immédiatement cette proposition. Le cinéaste, dans un effort de compromis, réduisit lui-même certaines scènes, aboutissant à la version européenne de 3h49. Toutefois, cette version fut également raccourcie pour l’exploitation américaine, où la Major décida de la couper à 2h19, tout en réorganisant le film de manière chronologique, ce qui dénaturait complètement l’œuvre. Le résultat fut catastrophique tant au niveau critique que commercial.

Dans l’ouvrage Conversation avec Sergio Leone de Noël Simsolo (publié à nouveau en 2024 aux éditions Capricci), le cinéaste revient sur ce sabotage de son film. “La version tronquée vide mon œuvre de son âme”, déclare-t-il avec amertume. Pour lui, la structure originale du film, non-linéaire, était essentielle à son propos. En remettant le récit dans un ordre chronologique, le mystère, l’atmosphère et la profondeur que Sergio Leone avait voulu insuffler étaient perdus. Il voit ainsi cette réduction comme une véritable aberration. “Je ne peux pas accepter qu’on me dise que la version originale est trop longue. Elle a la durée exacte qu’elle doit avoir”, insiste-t-il.

L’auteur poursuit en exprimant son incompréhension face aux décisions prises par les producteurs, en particulier Dino De Laurentiis, un autre grand nom du cinéma italien. Lors de la projection au Festival de Cannes, De Laurentiis, après avoir salué le film, suggéra qu’il fallait le raccourcir de 30 minutes. Leone n’hésita pas à lui répondre avec véhémence : “Lui, il fait des films de deux heures qui ont l’air de durer quatre heures, tandis que moi, je fais des films de quatre heures qui paraissent en durer deux.” Cette remarque, acerbe et pleine de vérité, souligne le décalage entre les visions du cinéma des deux hommes, et explique pourquoi leurs chemins ne se sont jamais croisés en tant que collaborateurs.

À l’inverse, la version de 3h49 du film trouva son public en Europe, notamment en France, où le film bénéficia d’un accueil chaleureux de la part de la critique. Cependant, malgré cet enthousiasme, Il était une fois en Amérique n’attira que 1,5 million de spectateurs, un score bien loin des 15 millions du précédent chef-d’œuvre de Leone, Il était une fois dans l’Ouest.

Bien que cette version de 229 minutes ait été éditée en Blu-ray en 2014, elle est désormais extrêmement rare et se vend à des prix coûteux. En 2011, la Cinémathèque de Bologne annonça travailler sur une version restaurée de 4h20, mais cette version n’a pas encore vu le jour. En attendant, les cinéphiles espèrent qu’une sortie en 4K du chef-d’œuvre de Leone pourrait permettre de redécouvrir cette œuvre dans toute sa splendeur, telle qu’elle avait été pensée par son créateur.

Ainsi, Il était une fois en Amérique, malgré sa place parmi les plus grandes œuvres du cinéma mondial, demeure victime du processus de production hollywoodien qui le priva de sa véritable forme, à la fois narrative et émotionnelle. Sergio Leone n’a jamais cessé de lutter pour que son film soit vu dans son intégralité, et les débats sur sa version originelle continuent d’alimenter la passion des cinéphiles du monde entier.

24 octobre 2024

Il était une fois la révolution : Sergio Leone s'est très mal entendu avec James Coburn

Si on ne présente guère plus sa cultissime trilogie du dollar, et encore moins son monument qu'est Il était une fois dans l'Ouest, son plus gros succès au box office en France avec plus de 14,8 millions de spectateurs en 1969, Sergio Leone a signé trois ans plus tard un autre chef-d'oeuvre : Il était une fois la révolution. Différent de ses oeuvres précédentes mais gardant un esprit très picaresque, ce western ne possède certes pas les répliques culte en pagaille du Bon, la Brute et le Truand.

Mais n'en reste pas moins baigné par un très puissant souffle dramatique et même poignant, bercé par une sublime partition d'Ennio Morricone. James Coburn y est extraordinaire, sous les traits de Sean Mallory, révolutionnaire irlandais spécialisé dans les explosifs, contraint de fuir son pays et faire alliance malgré lui avec Juan Miranda (Rod Steiger), pilleur de diligences dans un Mexique plongé en pleine guerre civile.

Entre ironie mordante et pure tragédie, le ton du film peut sembler déconcertant. Mais il est brillamment maintenu dans un équilibre qui serait à bien des égards précaire chez nombre de cinéaste. Mais pas chez un génie comme Leone. A ce titre, on n'ose imaginer ce qu'aurait donné le film entre les mains de Peter Bogdanovich, qui devait initialement le réaliser...

Ce dernier passa d'ailleurs quatre mois à Rome sous la tutelle de Leone, pour y élaborer un traitement scénaristique qui fut non seulement rejeté par Leone, mais même par le studio, qui rappela in fine Bogdanovich aux Etats-Unis. En clair : le film ne se ferait tout simplement pas si Leone ne prenait pas lui-même les commandes.

Si l'entente entre Coburn et Leone fut parfaite, ce ne fut pas exactement le cas avec Rod Steiger, qui a rendu fou le cinéaste, au point qu'un jour il explosa de colère. Dans l'ouvrage Conversations avec Sergio Leone de Noël Simsolo, publié aux éditions Capricci, le maître revient justement sur cet épisode.

"Avec lui, il n'y a que des problèmes. Il croyait me faire plaisir en me parlant dans un italien qui ressemblait à du russe. Il m’exaspérait. Il voulait composer un personnage sérieux, complètement cérébral. Un étrange mélange de Pancho Villa et d’Emiliano Zapata. Avec je ne sais trop quoi en plus ! Terrifiant ! Je me tuais à lui expliquer qu’il interprétait un simple paysan voleur et bandit. Un paumé. Un bâtard émouvant de naïveté… Non. Lui, il s’adressait à Dieu en jouant.

J’ai réussi à garder mon calme pendant une longue semaine. Je restais serein tout en refaisant vingt fois les plans avec Steiger. L’équipe s’étonnait de mon attitude. Sur les tournages précédents, ils m’avaient vu piquer des crises de nerfs dans des situations analogues. [...]

L’incident eut lieu pendant que nous tournions sur une montagne à cinquante kilomètres d’Almería. Je réglais un plan avec Coburn. Et Steiger vint s’interposer. Il me dit qu’il fallait rentrer tout de suite si l’on ne voulait pas dépasser l’horaire de la journée de travail. Là-dessus, il fit signe à Coburn de le suivre.

Alors, j’ai éclaté : "Moi, si je veux tourner vingt-quatre heures d’affilée, je le fais. Et je me fiche que tu t’appelles Rod Steiger et que tu aies gagné par erreur un Oscar. Car tu n’es qu’une espèce de morceau de merde. Et je t’envoie te faire foutre, toi et la United Artists ! Demain, je te remplace parce que tu es un acteur nul".

Les jours suivants, forcément, la tension était largement palpable entre les deux. Au point que Leone ne parlait même plus directement à Steiger mais passait par les services de son assistant. "j’avais une attitude très dure. Je ne lui parlais pas directement. L’assistant servait de relais. Je lui disais : «Va chercher ce sac d’excréments qui est dans sa roulotte. Dis-lui ce que je veux qu’il fasse devant cette caméra».

Et quand Steiger faisait mal son boulot, je m’adressais encore à l’assistant : «On coupe. Dis à ce type que son truc est mauvais. Je montre ce que je veux qu’il fasse. Et qu’il le fasse sans remuer les oreilles ou palpiter des narines. Qu’il le fasse normalement ! Normal ! Comme il n’a jamais su jouer. Qu’il oublie son Actors Studio !"

Le quatrième jour, Rod Steiger est allé trouver Leone, pour s'excuser de son attitude, et lui proposa de rompre son contrat, sans procès, s'il ne voulait plus de lui. "A partir de cette conversation, tout s'est transformé. Il devint aussi docile qu’un enfant de huit ans. Pourtant, il se demandait pourquoi je lui faisais tourner ses plans une bonne trentaine de fois, alors que je me contentais d’une ou deux prises pour Coburn. Au bout de vingt-cinq prises, Steiger était trop fatigué pour me ressortir ses artifices de l’Actors Studio".

15 novembre 2020

Mon nom est Personne sur C8 : la collaboration houleuse de Sergio Leone avec le réalisater Tonino Valerii

Après avoir réalisé des classiques du genre comme Le Bon, la brute et le truand et Il était une fois dans l'Ouest entre autres, Sergio Leone écrit en 1973 Mon nom est Personne, dans lequel une légende de l'Ouest (Henry Fonda) désire mettre un terme à sa carrière de pistolero pour s'installer en Europe. Mais un jeune admirateur (Terence Hill), affirmant s'appeler Personne, ne l'entend pas de cette oreille. Il veut le faire entrer dans l'Histoire en l'amenant à combattre la Horde sauvage.

Également producteur du film, Leone en confie la réalisation à Tonino Valerii, son assistant sur Et pour quelques dollars de plus et Pour une poignée de dollars, après avoir envisagé des metteurs en scène comme Pier Paolo Pasolini. Avec Mon nom est Personne, Leone souhaite confronter le western traditionnel (incarné par Fonda, qu'il a dirigé dans Il était une fois dans l'Ouest) à ses parodies, notamment la série des Trinita qui ont fait la renommée de Terence Hill justement, afin d'évoquer la dégénérescence du genre en même temps que la fin d’une ère, à la veille du XXème siècle.

Mais le tournage, situé entre Cabezon au Nouveau-Mexique et la Nouvelle-Orléans en Louisiane, ne se passe pas comme prévu. Les costumes de Fonda sont égarés entre les deux villes et il faut patienter dix jours avant qu'ils ne soient renvoyés par la compagnie aérienne Pan Am. Pour justifier l'arrêt du tournage, Valerii fait croire aux assurances qu'il est dans l'incapacité de travailler car gravement malade. Leone décide de monter une seconde équipe afin de boucler les prises de vues dans les temps.

Il va jusqu'à réaliser certaines scènes majeures, dont l'ouverture, le duel de baffes dans le saloon et l'affrontement entre le héros et la horde. Une implication qui vient empiéter sur les fonctions de Valerii, qui n'apprécie pas la mainmise de Leone sur son film. Rapidement, la relation entre les deux hommes s'envenime et le conflit perdurera une fois le tournage achevé. Lors de la promotion du western, le nom de Leone ne cessera d'être mis en avant, créant une grande frustration chez Valerii.