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24 mai 2026

Sergio Leone ne voulait pas d'autre acteur que Charles Bronson pour incarner le héros de Il était une fois dans l'Ouest

Considéré comme une référence absolue du western, Il était une fois dans l’Ouest occupe une place à part dans l’histoire du cinéma. Avec une moyenne impressionnante de 4,5 sur 5 sur AlloCiné, le film domine des monuments du genre comme Le Bon, la Brute et le Truand, Django Unchained ou encore Danse avec les loups. Pourtant, le long-métrage aurait pu avoir un visage bien différent.

Derrière la création du mystérieux Homme à l’harmonica, Sergio Leone nourrissait une conviction inébranlable : un seul acteur pouvait donner vie à ce personnage. Malgré les réticences des studios et les nombreuses propositions de stars hollywoodiennes, le réalisateur italien n’a jamais envisagé de compromis.

Dans le livre Conversations avec Sergio Leone, recueilli par Noël Simsolo, le cinéaste explique pourquoi il refusait catégoriquement de confier ce rôle à quelqu’un d’autre que Charles Bronson. Pour lui, l’acteur possédait exactement la présence qu’exigeait ce personnage silencieux et hanté par son passé.

“Harmonica, c’est Bronson. Une force de marbre. Un métis qui poursuit sa vengeance. Un homme qui sait attendre le temps nécessaire pour tuer l’individu responsable de la mort de son frère. En tant qu’Indien, il a déjà une haine pour l’homme blanc. Et il torturera Frank en lui rappelant le nom de toutes ses victimes. Mais il doit toujours avoir un air impassible. Il ne parle pas beaucoup. Il exprime sa douleur avec l’harmonica. Sa musique est une lamentation qui vient de loin. C’est viscéral. Et c’est attaché à une mémoire ancestrale.”

Dans l’esprit de Leone, Bronson incarnait une présence presque minérale, capable d’exprimer la souffrance et la vengeance sans multiplier les dialogues. Cette intensité silencieuse représentait l’essence même du personnage.

Ce choix artistique, pourtant évident aux yeux du réalisateur, a longtemps laissé sceptique l’industrie américaine. À Hollywood, beaucoup jugeaient absurde de délaisser les grandes vedettes bankables au profit d’un acteur alors moins exposé.

“À Hollywood, on voulait me faire interner chez les fous. J’avais refusé toutes les stars et j’insistais pour avoir Bronson. On pensait que j’avais perdu la raison. Mais je suis entêté. J’ai obtenu Charles Bronson. Et je crois que la suite a démontré que j’étais loin d’être fou.”

Les producteurs de la MGM n’ont pourtant pas manqué d’alternatives à lui soumettre. Plusieurs stars majeures de l’époque ont en effet été envisagées pour endosser le rôle principal.

“Les Américains m’ont proposé toutes leurs stars. Un jour, on m’annonce que Rock Hudson veut le rôle. Le lendemain, on me propose encore un autre nom. Un jour, un de mes associés me déclare que Warren Beatty souhaite interpréter l’homme à l’harmonica.”

Parmi les propositions formulées aux studios, un nom a particulièrement provoqué l’agacement de Sergio Leone : celui de Warren Beatty. Le réalisateur estimait que l’acteur ne correspondait absolument pas à l’univers du film, au point d’imaginer la réaction déconcertée du public.

“Je lui dis : ‘Warren Beatty ? Je vais te décrire la réaction de mon public si je prends Warren Beatty. (...) [Des gens] regardent la séquence de la mouche. Ils s’amusent. Ils se laissent prendre par les images. Ils attendent, exactement comme les trois tueurs dans la gare. Et voilà que le train arrive… Alors, ils se mettent à frémir devant la fumée et en écoutant la musique de l’harmonica. Ils voient la silhouette de l’homme qui est descendu du train. Son chapeau cache son visage. Et voilà qu’il lève lentement la tête. Et c’est… Warren Beatty. Alors là, les spectateurs sursautent. Ils se regardent en disant : ‘Warren Beatty ! Mais qu’est-ce qu’il fout là, ce Warren Beatty ?! Il s’est trompé de film’.”

Pour Leone, l’apparition du personnage devait susciter fascination et mystère, pas un effet de surprise lié à la célébrité d’un acteur trop identifié.

À force d’insistance, Sergio Leone finit par obtenir gain de cause : Charles Bronson hérita du rôle de l’Homme à l’harmonica. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que le réalisateur pensait à lui : il l’avait déjà envisagé pour incarner Sentenza dans Le Bon, la Brute et le Truand, avant de finalement confier le personnage à Lee Van Cleef, devenu depuis l’un des antagonistes les plus marquants du western.

Le pari de Leone s’est révélé gagnant. Le succès de Il était une fois dans l’Ouest, combiné à celui d’Adieu l’ami la même année aux côtés d’Alain Delon, a transformé la carrière de Bronson. Jusque-là surtout cantonné à des premiers rôles dans des séries B comme Mitraillette Kelly, Le Californien ou Syndicat du crime, il s’impose alors durablement comme une véritable tête d’affiche du cinéma, avant d’enchaîner avec Le Passager de la pluie, La cité de la violence ou De la part des copains.

18 janvier 2026

Sergio Leone ne se remit jamais de la destruction de Il était une fois en Amérique

Sergio Leone avait imaginé Il était une fois en Amérique comme une vaste épopée, un projet cinématographique ambitieux qui devait marquer l’histoire du cinéma. Cependant, la version américaine du film subit une coupe sévère qui altéra profondément l’essence du film, au point que Leone en ressentit une grande déception. Le long-métrage, loin d’être un succès commercial lors de sa sortie en 1984, rapporta seulement 2,5 millions de dollars, bien en deçà du budget impressionnant de près de 40 millions. Cette déconvenue fut largement due à cette mutilation du film qui n’a cessé de hanter le cinéaste.

Initialement, Leone avait prévu une version de 6 heures, divisée en deux parties, mais il finit par soumettre un montage de 4h25. Pourtant, le studio Warner et le producteur Arnon Milchan rejetèrent immédiatement cette proposition. Le cinéaste, dans un effort de compromis, réduisit lui-même certaines scènes, aboutissant à la version européenne de 3h49. Toutefois, cette version fut également raccourcie pour l’exploitation américaine, où la Major décida de la couper à 2h19, tout en réorganisant le film de manière chronologique, ce qui dénaturait complètement l’œuvre. Le résultat fut catastrophique tant au niveau critique que commercial.

Dans l’ouvrage Conversation avec Sergio Leone de Noël Simsolo (publié à nouveau en 2024 aux éditions Capricci), le cinéaste revient sur ce sabotage de son film. “La version tronquée vide mon œuvre de son âme”, déclare-t-il avec amertume. Pour lui, la structure originale du film, non-linéaire, était essentielle à son propos. En remettant le récit dans un ordre chronologique, le mystère, l’atmosphère et la profondeur que Sergio Leone avait voulu insuffler étaient perdus. Il voit ainsi cette réduction comme une véritable aberration. “Je ne peux pas accepter qu’on me dise que la version originale est trop longue. Elle a la durée exacte qu’elle doit avoir”, insiste-t-il.

L’auteur poursuit en exprimant son incompréhension face aux décisions prises par les producteurs, en particulier Dino De Laurentiis, un autre grand nom du cinéma italien. Lors de la projection au Festival de Cannes, De Laurentiis, après avoir salué le film, suggéra qu’il fallait le raccourcir de 30 minutes. Leone n’hésita pas à lui répondre avec véhémence : “Lui, il fait des films de deux heures qui ont l’air de durer quatre heures, tandis que moi, je fais des films de quatre heures qui paraissent en durer deux.” Cette remarque, acerbe et pleine de vérité, souligne le décalage entre les visions du cinéma des deux hommes, et explique pourquoi leurs chemins ne se sont jamais croisés en tant que collaborateurs.

À l’inverse, la version de 3h49 du film trouva son public en Europe, notamment en France, où le film bénéficia d’un accueil chaleureux de la part de la critique. Cependant, malgré cet enthousiasme, Il était une fois en Amérique n’attira que 1,5 million de spectateurs, un score bien loin des 15 millions du précédent chef-d’œuvre de Leone, Il était une fois dans l’Ouest.

Bien que cette version de 229 minutes ait été éditée en Blu-ray en 2014, elle est désormais extrêmement rare et se vend à des prix coûteux. En 2011, la Cinémathèque de Bologne annonça travailler sur une version restaurée de 4h20, mais cette version n’a pas encore vu le jour. En attendant, les cinéphiles espèrent qu’une sortie en 4K du chef-d’œuvre de Leone pourrait permettre de redécouvrir cette œuvre dans toute sa splendeur, telle qu’elle avait été pensée par son créateur.

Ainsi, Il était une fois en Amérique, malgré sa place parmi les plus grandes œuvres du cinéma mondial, demeure victime du processus de production hollywoodien qui le priva de sa véritable forme, à la fois narrative et émotionnelle. Sergio Leone n’a jamais cessé de lutter pour que son film soit vu dans son intégralité, et les débats sur sa version originelle continuent d’alimenter la passion des cinéphiles du monde entier.

24 octobre 2024

Il était une fois la révolution : Sergio Leone s'est très mal entendu avec James Coburn

Si on ne présente guère plus sa cultissime trilogie du dollar, et encore moins son monument qu'est Il était une fois dans l'Ouest, son plus gros succès au box office en France avec plus de 14,8 millions de spectateurs en 1969, Sergio Leone a signé trois ans plus tard un autre chef-d'oeuvre : Il était une fois la révolution. Différent de ses oeuvres précédentes mais gardant un esprit très picaresque, ce western ne possède certes pas les répliques culte en pagaille du Bon, la Brute et le Truand.

Mais n'en reste pas moins baigné par un très puissant souffle dramatique et même poignant, bercé par une sublime partition d'Ennio Morricone. James Coburn y est extraordinaire, sous les traits de Sean Mallory, révolutionnaire irlandais spécialisé dans les explosifs, contraint de fuir son pays et faire alliance malgré lui avec Juan Miranda (Rod Steiger), pilleur de diligences dans un Mexique plongé en pleine guerre civile.

Entre ironie mordante et pure tragédie, le ton du film peut sembler déconcertant. Mais il est brillamment maintenu dans un équilibre qui serait à bien des égards précaire chez nombre de cinéaste. Mais pas chez un génie comme Leone. A ce titre, on n'ose imaginer ce qu'aurait donné le film entre les mains de Peter Bogdanovich, qui devait initialement le réaliser...

Ce dernier passa d'ailleurs quatre mois à Rome sous la tutelle de Leone, pour y élaborer un traitement scénaristique qui fut non seulement rejeté par Leone, mais même par le studio, qui rappela in fine Bogdanovich aux Etats-Unis. En clair : le film ne se ferait tout simplement pas si Leone ne prenait pas lui-même les commandes.

Si l'entente entre Coburn et Leone fut parfaite, ce ne fut pas exactement le cas avec Rod Steiger, qui a rendu fou le cinéaste, au point qu'un jour il explosa de colère. Dans l'ouvrage Conversations avec Sergio Leone de Noël Simsolo, publié aux éditions Capricci, le maître revient justement sur cet épisode.

"Avec lui, il n'y a que des problèmes. Il croyait me faire plaisir en me parlant dans un italien qui ressemblait à du russe. Il m’exaspérait. Il voulait composer un personnage sérieux, complètement cérébral. Un étrange mélange de Pancho Villa et d’Emiliano Zapata. Avec je ne sais trop quoi en plus ! Terrifiant ! Je me tuais à lui expliquer qu’il interprétait un simple paysan voleur et bandit. Un paumé. Un bâtard émouvant de naïveté… Non. Lui, il s’adressait à Dieu en jouant.

J’ai réussi à garder mon calme pendant une longue semaine. Je restais serein tout en refaisant vingt fois les plans avec Steiger. L’équipe s’étonnait de mon attitude. Sur les tournages précédents, ils m’avaient vu piquer des crises de nerfs dans des situations analogues. [...]

L’incident eut lieu pendant que nous tournions sur une montagne à cinquante kilomètres d’Almería. Je réglais un plan avec Coburn. Et Steiger vint s’interposer. Il me dit qu’il fallait rentrer tout de suite si l’on ne voulait pas dépasser l’horaire de la journée de travail. Là-dessus, il fit signe à Coburn de le suivre.

Alors, j’ai éclaté : "Moi, si je veux tourner vingt-quatre heures d’affilée, je le fais. Et je me fiche que tu t’appelles Rod Steiger et que tu aies gagné par erreur un Oscar. Car tu n’es qu’une espèce de morceau de merde. Et je t’envoie te faire foutre, toi et la United Artists ! Demain, je te remplace parce que tu es un acteur nul".

Les jours suivants, forcément, la tension était largement palpable entre les deux. Au point que Leone ne parlait même plus directement à Steiger mais passait par les services de son assistant. "j’avais une attitude très dure. Je ne lui parlais pas directement. L’assistant servait de relais. Je lui disais : «Va chercher ce sac d’excréments qui est dans sa roulotte. Dis-lui ce que je veux qu’il fasse devant cette caméra».

Et quand Steiger faisait mal son boulot, je m’adressais encore à l’assistant : «On coupe. Dis à ce type que son truc est mauvais. Je montre ce que je veux qu’il fasse. Et qu’il le fasse sans remuer les oreilles ou palpiter des narines. Qu’il le fasse normalement ! Normal ! Comme il n’a jamais su jouer. Qu’il oublie son Actors Studio !"

Le quatrième jour, Rod Steiger est allé trouver Leone, pour s'excuser de son attitude, et lui proposa de rompre son contrat, sans procès, s'il ne voulait plus de lui. "A partir de cette conversation, tout s'est transformé. Il devint aussi docile qu’un enfant de huit ans. Pourtant, il se demandait pourquoi je lui faisais tourner ses plans une bonne trentaine de fois, alors que je me contentais d’une ou deux prises pour Coburn. Au bout de vingt-cinq prises, Steiger était trop fatigué pour me ressortir ses artifices de l’Actors Studio".

15 novembre 2020

Mon nom est Personne sur C8 : la collaboration houleuse de Sergio Leone avec le réalisater Tonino Valerii

Après avoir réalisé des classiques du genre comme Le Bon, la brute et le truand et Il était une fois dans l'Ouest entre autres, Sergio Leone écrit en 1973 Mon nom est Personne, dans lequel une légende de l'Ouest (Henry Fonda) désire mettre un terme à sa carrière de pistolero pour s'installer en Europe. Mais un jeune admirateur (Terence Hill), affirmant s'appeler Personne, ne l'entend pas de cette oreille. Il veut le faire entrer dans l'Histoire en l'amenant à combattre la Horde sauvage.

Également producteur du film, Leone en confie la réalisation à Tonino Valerii, son assistant sur Et pour quelques dollars de plus et Pour une poignée de dollars, après avoir envisagé des metteurs en scène comme Pier Paolo Pasolini. Avec Mon nom est Personne, Leone souhaite confronter le western traditionnel (incarné par Fonda, qu'il a dirigé dans Il était une fois dans l'Ouest) à ses parodies, notamment la série des Trinita qui ont fait la renommée de Terence Hill justement, afin d'évoquer la dégénérescence du genre en même temps que la fin d’une ère, à la veille du XXème siècle.

Mais le tournage, situé entre Cabezon au Nouveau-Mexique et la Nouvelle-Orléans en Louisiane, ne se passe pas comme prévu. Les costumes de Fonda sont égarés entre les deux villes et il faut patienter dix jours avant qu'ils ne soient renvoyés par la compagnie aérienne Pan Am. Pour justifier l'arrêt du tournage, Valerii fait croire aux assurances qu'il est dans l'incapacité de travailler car gravement malade. Leone décide de monter une seconde équipe afin de boucler les prises de vues dans les temps.

Il va jusqu'à réaliser certaines scènes majeures, dont l'ouverture, le duel de baffes dans le saloon et l'affrontement entre le héros et la horde. Une implication qui vient empiéter sur les fonctions de Valerii, qui n'apprécie pas la mainmise de Leone sur son film. Rapidement, la relation entre les deux hommes s'envenime et le conflit perdurera une fois le tournage achevé. Lors de la promotion du western, le nom de Leone ne cessera d'être mis en avant, créant une grande frustration chez Valerii.