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06 juin 2023

Le réalisateur Hayao Miyazaki ne montrera aucune image de son prochain film avant sa sortie

Le Vent se lève devait être son dernier film, pourtant la légende de l'animation japonaise, Hayao Miyazaki a repris le chemin des studios en 2017 pour un nouveau projet intitulé Comment vivez-vous ? (Kimi-tachi wa dô ikiru ka en japonais).

Le long-métrage des studios Ghibli est annoncé dans les salles nippones le 14 juillet prochain. Pourtant aucune image n'a encore été dévoilée. Retard de production ? Volonté d'attendre le dernier moment pour lancer la promotion ?

Rien de cela... Le producteur du studio d'animation, Toshio Suzuki, a déclaré au magazine Bungei Shunji, relayé par The Hollywood Reporter, qu'aucune image du dernier film de Hayao Miyazaki ne sera dévoilée avant sa sortie sur les écrans japonais.

"Le but de Ghibli est que les spectateurs viennent voir nos films. Depuis des années, nous avons donc fait les choses de différentes manières pour attirer le public. Mais cette fois-ci, nous nous sommes dit que nous n'avions pas besoin de faire cela. À force de faire la même chose, encore et encore, on finit par s'en lasser. Nous voulions donc faire quelque chose de différent."

Le producteur explique ensuite la démarche marketing du studio d'animation fondé en 1985 par Hayao Miyazaki et Isao Takahata.

"Il y a un film américain qui sort cet été à peu près en même temps que notre film. Ils ont fait trois bandes-annonces pour ce film et les ont diffusées une par une. Si vous les regardez toutes les trois, vous savez tout ce qui va se passer dans ce film. Qu'en pensent les cinéphiles ? Il doit y avoir des gens qui, après avoir regardé toutes ces vidéos, n'ont pas envie d'aller voir le film au cinéma. J'ai donc voulu faire le contraire."

En prenant le contre-pieds des studios américain, Ghibli prouve une nouvelle fois que le studio privilégie les œuvres et les auteurs aux considérations commerciales.

Et c'est un compliment de Miyazaki sur l'affiche assez dépouillée de Kimi-tachi wa Dō Ikiru ka qui l'a convaincu d'adopter cette approche.

Toshio Suzuki explique au magazine japonais : "Je suis impliqué dans les films Ghibli depuis Nausicaä de la vallée du vent (1984), mais c'est la première fois que Hayao Miyazaki m'a vraiment félicité. 

Il m'a dit "Suzuki-san, c'est incroyable. C'est la meilleure affiche que vous ayez jamais faite". J'ai senti que c'était un indice, alors j'ai décidé de ne garder que cette affiche pour la campagne marketing. Donc, pas de bandes-annonces, ni de publicités télévisées, ou dans les journaux. Au fond, je pense que c'est ce que les cinéphiles désirent de manière latente".

Le dernier film du légendaire conteur d'histoires sera donc une véritable surprise puisque le seul matériel promotionnel du long-métrage sera l'affiche ci-dessus.

Ghibli a précédemment décrit le long-métrage comme "une grande fantaisie" inspirée du roman de Genzaburo Yoshino, "How Do You Live", publié en 1937. Une histoire de passage à l'âge adulte sur le développement émotionnel et philosophique d'un jeune garçon après le décès de son père.

En janvier 2021, le réalisateur Goro Miyazaki évoquait le prochain film de son père à notre micro.

"Ce que je peux vous dire, du peu que j'ai vu des images du film, c'est que je suis très frappé de voir à quel point, même à cet âge-là, il conserve une imagination et une richesse flamboyante. Son énergie créative reste toujours aussi impressionnante."

Annoncé dans les salles japonaises le 14 juillet prochain, Kimi-tachi wa Dō Ikiru ka n'a pas encore de date française.

13 décembre 2022

Le nouveau film de Hayao Miyazaki s'annonce : Comment vivez-vous ? sortira en 2023

Une décennie après Le Vent se lève (2013), son dernière long-métrage, Hayao Miyazaki est enfin de retour. Le studio Ghibli a annoncé hier soir la sortie prochaine de Comment vivez-vous ? (Kimitachi wa dô ikiru ka en version originale). Une date est même d'ores et déjà fixée pour le Japon au 14 juillet 2023 !

Ce qui veut dire que le film est déjà bien avancé. On découvre au passage une première affiche officielle avec une personnage anthropomorphe, classique dans l'oeuvre du cinéaste.

Pour ce qui est de l'histoire, on sait qu'il s'agira d'une libre adaptation d'un roman de Genzaburo Yoshino publié en 1937. "Le film raconte l’évolution psychologique d’un adolescent à travers des interactions avec ses amis et son oncle" selon le site français de studio Ghibli.

Comment vivez-vous ? sera le 12e film dirigé par le réalisateur japonais âgé de 81 ans.

13 octobre 2020

Hayao Miyazaki, un cœur à l’ouvrage : une nouvelle biographie consacrée au maître de l’animation japonaise

Après Isao Takahata (lire notre article dédié), la journaliste Stéphanie Chaptal revient avec un nouveau livre consacré cette fois-ci à l’autre fondateur des studios Ghibli : Hayao Miyazaki, un cœur à l’ouvrage retrace en effet la vie et la carrière du plus célèbre des réalisateurs japonais d’animation, au travers de sections thématiques richement documentées.

Apportant un éclairage passionnant et pertinent sur l’oeuvre de Miyazaki, le livre célèbre par le même biais la qualité de ses films, (re)découverts cette année par le grand public lors de leur mise en ligne événement sur la plate-forme Netflix..

Également auteure d’un livre sur le film Akira, Stéphanie Chaptal confirme avec ce nouvel ouvrage son statut de spécialiste de l’animation japonaise, une biographie ludique par ailleurs magnifiquement mise en page par les équipes de Ynnis Editions. Une réussite visuelle totale donc, qui salue avec élégance la carrière d’un des artistes contemporain ayant le plus contribué à nourrir l’imaginaire populaire mondial !

Le livre Hayao Miyazaki, un cœur à l’ouvrage est disponible dès à présent en librairie.

24 avril 2020

Le Chateau ambulant sur Netflix : un voyage plein de magie signé Miyazaki et Ghibli

La jeune Sophie, âgée de 18 ans, travaille sans relâche dans la boutique de chapelier que tenait son père avant de mourir. Lors de l'une de ses rares sorties en ville, elle fait la connaissance de Hauru le Magicien. Celui-ci est extrêmement séduisant, mais n'a pas beaucoup de caractère... Se méprenant sur leur relation, une sorcière jette un épouvantable sort sur Sophie et la transforme en vieille femme de 90 ans. Accablée, Sophie s'enfuit et erre dans les terres désolées. Par hasard, elle pénètre dans le Château Ambulant de Hauru et, cachant sa véritable identité, s'y fait engager comme femme de ménage. Cette "vieille dame" aussi mystérieuse que dynamique va bientôt redonner une nouvelle vie à l'ancienne demeure. Plus énergique que jamais, Sophie accomplit des miracles. Quel fabuleux destin l'attend ? Et si son histoire avec Hauru n'en était qu'à son véritable commencement ?

Au début du XXIe siècle, Ghibli et Hayao Miyazaki sont au sommet de leur art : lauréat du prestigieux Ours d'Or au Festival de Berlin en 2002, puis de l'Oscar du Meilleur Film d'Animation l'année suivante, Le Voyage de Chihiro attire 1 436 845 spectateurs en France (deuxième meilleur score de l'Histoire du studio juste derrière Ponyo) et devient, avec 275 millions de dollars cumulés entre 2001 et 2004, le plus gros succès animé japonais dans le monde, titre que lui ravira Your Name en 2018. Un palmarès vertigineux qui témoigne d'un changement de statut hors du Japon et accroît l'attente autour du prochain opus du réalisateur. Lequel, contrairement à ce que peuvent laisser penser les dates de sortie dans l'Hexagone, n'est pas Le Château dans le ciel, produit en 1986 et inédit dans les salles hexagonales jusqu'en 2003. Mais nous n'en sommes pas vraiment loin au niveau du titre.

Car à cette sortie succède, le 12 janvier 2005 en France, celle du Château ambulant, qui ne met pas longtemps à nous rassurer sur un point : l'imagination d'Hayao Miyazaki est intacte et paraît même plus riche que jamais, tant le long métrage fourmille de trouvailles avec un rythme plus soutenu que dans d'autres films, plus lents. Malgré une durée (1h59) qui peut nécessiter une visionnage en deux parties pour les plus jeunes, celui-ci reste l'un des plus accessibles pour le grand public. Et il constitue une belle porte d'entrée sur l'œuvre du studio et de son réalisateur iconique, que vous aurez sans aucun doute envie d'explorer davantage après avoir vibré aux côtés de Sophie et Hauru, le temps d'un récit qui rappelle autant Le Magicien d'Oz (avec son épouvantail, sa sorcière, son illusionniste, son histoire de cœur, son voyage…) qu'il s'avère être du pur Ghibli, alors qu'il s'agit de l'adaptation d'un roman de la britannique Diana Wynne Jones paru en 1986.

L'heroic fantasy s'y marie toujours avec le steampunk et le fond de l'histoire est pacifiste, comme si Miyazaki voulait répondre aux guerres alors menées par les États-Unis contre l'Afghanistan et l'Irak. De la même manière que chez Chihiro, il est question d'un voyage, physique et psychologique, peuplé de créatures inquiétantes et aux formes parfois grotesques. Mais il y a davantage de folie et, non content d'être très drôle grâce au démon enflammé Calcifer et à l'épouvantail à tête de navet, Le Chateau ambulant se révèle être à l'image de la bâtisse d'Hauru qui donne son titre au long métrage et apparaît dès la première image : l'ensemble peut paraître surchargé, déséquilibré et fouillis, mais il n'en est rien malgré un récit qu'un twist vient complexifier dans le dernier acte. Le cinéaste, que l'on a connu plus pessimiste, paraît ici libéré et en pleine possession de ses moyens avec ce projet qu'il a mûri pendant de nombreuses années.

C'est peut-être grâce ce long temps nécessaire à sa gestation que Le Chateau ambulant paraît aussi abouti, jamais écrasé par une richesse visuelle, narrative et thématique qui peut demander plusieurs visionnages pour en saisir la totalité. Ou nous parler différemment au gré de l'évolution de notre sensibilité. Déconseillé aux moins de 10 ans, le long métrage est un feu d'artifice qui peut émerveiller enfants, adolescents et adultes, à des degrés divers. Quinze ans après sa sortie, il n'a rien perdu de sa puissance ni de sa magie, et Calcifer reste l'un des personnages les plus réussis d'un studio qui n'en manque pas, de Totoro à Ponyo en passant par le chat de Kiki la petite sorcière. S'il ne fait que trop rarement partie des opus les plus cités du studio aux côtés du Voyage de Chihiro, de Princesse Mononoké ou du Tombeau des lucioles, il s'agit pourtant de l'un de ses joyaux. Une machine merveilleuse mûe par le cœur de son créateur, sur l'écran comme en-dehors, et qui ne semble pas prête de rouiller ni de voir son éclat se ternir.

Le Chateau ambulant est visible sur Netflix

22 avril 2020

Porco Rosso sur Netflix : pourquoi ce film d’aventures d’Hayao Miyazaki est-il un classique ?

Depuis le 1er avril dernier, l’intégralité du catalogue Ghibli est disponible sur la plate-forme Netflix, l’occasion de retrouver les grands classiques du célèbre studio japonais, mais également des films moins connus du grand public (retrouvez notre classement des 22 films du meilleur au moins bon). L’occasion nous paraît donc idéale de mettre aujourd’hui en lumière un grand film d’Hayao Miyazaki, certes moins populaire que des films tels que Mon voisin Totoro, Le Voyage de Chihiro ou encore Princesse Mononoké, mais non moins réussi pour autant : Porco Rosso.

"Porco Rosso" vient de l’italien, et signifie "Porc Rouge". Par ce seul titre, Miyazaki résume son film tout entier : il est en effet à la fois question du personnage principal (un cochon), du contexte historique (l’Italie des années 20) et du sujet principal (l’aviation, Porco Rosso faisant une référence évidente au célèbre pilote allemand Manfred von Richthofen surnommé le "Baron rouge"). Bien plus que de simples éléments, ces trois thématiques ont par ailleurs chacun joué un rôle prépondérant dans la construction du film.

Porco Rosso est un personnage immédiatement attachant, son allure héroïque et son caractère anthropomorphique lui assurant notammant un succès garanti auprès des enfants. Néanmoins, derrière l’apparence porcine du personnage se cache une métaphore quant à la personnalité de ce dernier, puisqu’il s’agit avant tout pour Miyazaki de représenter la déshumanisation de Porco, humain d’autrefois transformé en cochon par le biais d'un mystérieux sort magique mais également pilote d'avion personnage à part entière d'une guerre meurtrière.

S’il a été incarné au Japon par le légendaire Shūichirō Moriyama (doubleur officiel de Jean Gabin et de Charles Bronson notamment), c’est par Jean Reno que Porco Rosso a été incarné en France, une prestation qui aura d'ailleurs joué un rôle majeur dans l’immense popularité dont jouit depuis l’interprète de Léon auprès du public nippon. On prétend même que Hayao Miyazaki en personne aurait préféré la version française du film à l’originale !

Le choix du sujet ne doit là non plus rien au hasard. Fasciné par l’aviation, Hayao Miyazaki doit cette passion à son père, ancien directeur d’une entreprise spécialisée dans la production de pièces destinées aux engins de l’armée de l’air japonaise. On raconte d’ailleurs que c'est en reproduisant des croquis d’avion que le jeune Miyazaki s’est perfectionné dans l'art du dessin, une passion qui trouvera comme point d’orgue la réalisation du film Le vent se lève en 2013, inspirée de la vie de l’ingénieur Jirō Horikoshi, considéré encore à ce jour comme l’une des principales figures de l’aéronautique nippone.

Mais c’est finalement sur la question du contexte du film que l'empreinte de Miyazaki s'est la plus faite ressentir. A l’origine, Porco Rosso est un court manga de trois chapitres publiés dans le magazine Model Graphix dont la compagnie Japan Airlines a commandé au cinéaste une adaptation en moyen-métrage. Malgré la démarche commerciale à l’origine du projet, Miyazaki s’est particulièrement impliqué dans la conception du film, au point d’en changer le ton pour une approche plus sérieuse et mélancolique que l’intrigue légère et fantaisiste de la bande-dessinée d’origine.

Particulièrement marqué par la guerre qui sévissait alors dans l’ex-Yougoslavie, Hayao Miyazaki a donc décidé de s’en inspirer pour imaginer cette histoire se déroulant dans l'entre-deux-guerres, dans une Italie frappée alors par la montée du fascisme mussolinien, annonciatrice quelques années plus tard du conflit qui fera plus de 60 millions de morts à travers le monde. Résolument pacifiste et antimilitariste, le cofondateur de Ghibli a donc mis beaucoup de lui-même dans Porco Rosso, le projet n’ayant cessé de se nourrir de la personnalité de son auteur au fur et à mesure de la production au point de devenir un authentique film personnel malgré ses origines commerciales.

Ainsi, bien que le film soit encore à ce jour moins connu que d'autres de ses oeuvres comme Totoro et Mononoké, Porco Rosso n’en demeure pas moins un film majeur dans la filmographie de Hayao Miyazaki, et un film beaucoup plus profond qu’il n’y paraît, bien qu’il reste bien évidemment accessible avant tout à un public d’enfants pour sa folie, ses péripéties et bien évidemment ses instants lyriques parfaitement mises en musique par l’emblématique compositeur Joe Hisaishi.