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24 mai 2026

Les Frères Pétard : le film avec avec Gérard Lanvin et Jacques Villeret a créé une grosse polémique à sa sortie au cinéma

Aujourd’hui considéré comme une comédie culte du cinéma français, Les Frères Pétard n’a pourtant pas eu un parcours tranquille avant son arrivée en salles. Porté par Jacques Villeret et Gérard Lanvin, le film réalisé par Hervé Palud en 1986 a suscité une vive polémique au point de frôler l’interdiction.

À l’époque, l’histoire de Momo et Manu – deux amis sans argent qui se lancent dans le trafic de marijuana pour survivre – passe très mal auprès des autorités. Dans un contexte de campagne gouvernementale antidrogue, cette comédie décalée est rapidement jugée provocatrice, voire dangereuse. Pourtant, le pitch est volontairement décalé, entre humour burlesque et satire sociale, et s’inscrit dans ce que l’on appelle désormais la stoner comedy, un genre encore peu développé en France à l’époque.

Dès sa conception, le film s’inscrit dans un contexte sensible. Il sort en pleine période de discours gouvernementaux très fermes contre la drogue. Cette dimension explique en partie la réaction des autorités face à une œuvre qui choisit le rire plutôt que le ton dramatique habituellement associé à ce sujet.

Comme le souligne Hervé Palud (via BFMTV), le décalage entre traitement comique et thématique sérieuse est précisément ce qui dérange : “C’est un délit qui est plus facile à mettre en scène dans une famille.”

Le réalisateur explique ainsi que l’option choisie dans Les Frères Pétard repose sur une approche légère et collective du récit, où même la cellule familiale peut être impliquée, contrairement à des représentations plus sombres et isolées de la drogue.

Avant même sa sortie en salles, le long-métrage doit passer par la commission de censure du CNC. Mais très vite, le dossier quitte le simple cadre administratif pour devenir une affaire politique. Le ministère de la Culture, dirigé par François Léotard avec Philippe de Villiers comme adjoint, reprend la main sur le projet.

Les pressions se multiplient. Hervé Palud raconte avoir été contacté directement pour modifier son film : “J’ai eu au téléphone Philippe de Villiers qui m’a demandé de couper telle ou telle réplique et de raccourcir telle ou telle scène. Il refaisait le film par téléphone! J’ai refusé.”

La situation s’intensifie quelques jours avant la sortie, avec la mise en place d’une commission exceptionnelle réunissant des représentants de la société civile. Le réalisateur décrit un climat d’urgence totale : “On m’a alors dit que j’allais avoir une sorte de section spéciale, une nouvelle commission constituée de représentants (mères de famille, profs, etc.) pour délivrer l’avis de sortie. Ils organisent ça le vendredi soir, soit cinq jours avant la sortie du film [le 10 octobre 1986, NDLR] – on ne savait pas s’il allait sortir !”

Selon lui, Philippe de Villiers intervient même directement devant cette commission : “Philippe de Villiers est venu lui-même – c’est de l’ingérence totale – pour faire un speech aux 21 personnes réunies ce jour-là et leur dire que le film était dangereux, qu’il fallait l’interdire.”

Si le film est autant attaqué, c’est aussi en raison de son ton. François Léotard, ira jusqu’à demander publiquement aux parents d’empêcher leurs enfants d’aller voir cette comédie qu’il considère comme “immorale”. Le ministre souhaitait également une interdiction aux moins de 13 ans, craignant l’influence du film sur les plus jeunes.

Dans une intervention télévisée, il insiste sur le danger supposé de cette représentation humoristique de la drogue, dans un climat où la société valorise davantage les récits sombres de dépendance et de chute.

Pour Hervé Palud, cette incompréhension est flagrante. Il compare notamment avec d’autres œuvres plus dramatiques traitant du même sujet, expliquant que la provocation venait surtout du ton léger du film plutôt que de son contenu.

Malgré les tentatives d’interdiction, Les Frères Pétard obtient finalement son autorisation de sortie. Derrière cette controverse, le film séduit justement par son absurdité et son humour atypique. Le duo formé par Gérard Lanvin et Jacques Villeret contribue largement à faire de cette satire sociale une œuvre populaire malgré les critiques.

Mais la polémique, elle, ne retombe pas. Le réalisateur se souvient d’une période particulièrement violente médiatiquement : “On a été tellement culpabilisés. On a été montrés du doigt et j’étais considéré comme le premier dealer de France. Il y avait des articles, c’était épouvantable. On a été maltraités. C’était un gros scandale.”

Le film sort dans environ 200 salles et attire plus de 2,3 millions de spectateurs, confirmant son succès populaire malgré la controverse.

Avec le recul, Les Frères Pétard est aujourd’hui considéré comme l’un des premiers grands succès français relevant de la stoner comedy, un genre très codifié aux États-Unis et encore rare en France dans les années 80.

Comme le rappelle Hervé Palud, les références américaines de ce type de comédie étaient alors peu connues en France. De son côté, une nouvelle génération de réalisateurs s’inspire plus tard de ce registre, notamment à travers des œuvres comme Five, La Beuze, Paulette ou encore la série Family Business.

Le producteur Christian Fechner avait d’ailleurs anticipé les difficultés du projet, conscient de son caractère provocateur dans le contexte politique de l’époque. Et pourtant, malgré la tempête, le film s’impose avec le temps comme une référence du genre.

Ce qui devait être un film controversé est finalement devenu un classique. Aujourd’hui encore, Les Frères Pétard est régulièrement rediffusé à la télévision et reste associé à une époque où la comédie française osait bousculer les limites, quitte à provoquer un affrontement direct avec les institutions.

Au-delà du scandale, son héritage est double : celui d’un film culte du cinéma populaire, et celui d’un jalon fondateur dans l’histoire de la stoner comedy française.

14 mai 2020

Le Dîner de cons sur TF1 : pourquoi Jacques Villeret en a-t-il voulu à Francis Veber ?

Au fil des années, Le Dîner de cons est devenu un grand classique de la comédie française. Multi-rediffusée, la comédie portée par Jacques Villeret a cartonné au box-office en 1998, réunissant 9,2 millions de spectateurs en salles, se classant 2ème plus grand succès de l'année derrière Titanic. Le film est aussi salué par les Césars, recevant 3 statuettes (meilleur scénario pour Francis Veber, meilleur acteur dans un second rôle pour Daniel Prévost et meilleur acteur pour Jacques Villeret).

Le Dîner de cons est l'adaptation de la pièce de théâtre écrite par Francis Veber en 1993 et mise en scène par Pierre Mondy. Villeret y campait déjà François Pignon et donnait la réplique à Claude Brasseur, qui incarnait Brochant (Thierry Lhermitte dans le film).

Avant de triompher sur les planches puis au cinéma dans Le Dîner de cons, Jacques Villeret et Francis Veber auraient dû collaborer près de 20 ans avant dans La Chèvre. À l'époque, en 1981, le metteur en scène prépare ce qui sera son second long-métrage après Le Jouet (1976). Après avoir travaillé avec Lino Ventura sur L'Emmerdeur d'Edouard Molinaro (dont il est le scénariste), Francis Veber souhaite à nouveau engager l'acteur sur La Chèvre. "Je crois avoir assez dit à quel point Ventura était chiant, mais comme il était le meilleur, j'ai replongé", confie le cinéaste dans son livre Que ça reste entre nous.

Au départ, le célèbre acteur est enthousiaste et accepte d'incarner Campana, le détective privé qui s'envole pour le Mexique avec le maladroit François Perrin (qui deviendra Pignon dans les autres films de Veber). Il faut donc trouver le partenaire idéal pour faire face à Lino Ventura, et Francis Veber a sa petite idée en tête : Jacques Villeret. C'est là que les ennuis commencent ! "Ventura a dit non. Pourquoi ? Je ne sais pas. Il ne voulait pas de Villeret, un point c'est tout", révèle Francis Veber. Pourtant, sûr que Lino Ventura ne s'y opposerait pas, le réalisateur avait déjà parlé de son projet à Jacques Villeret, qui était euphorique à l'idée de prêter ses traits à François Perrin.

Veber a finalement dû expliquer au comédien que La Chèvre se ferait sans lui. Très affecté par cette décision, Jacques Villeret en voudra longtemps au cinéaste. Au final, La Chèvre se tournera sans Ventura, mais avec Depardieu et Pierre Richard. 20 ans plus tard, quand Veber revient vers lui pour l'adaptation cinéma du Dîner de cons, qu'il a écrit pour lui, Villeret rechigne et met plusieurs semaines à lire le scénario et à lui répondre (malgré le succès de la pièce en 1993). Au final, l'acteur acceptera de reprendre son rôle de François Pignon pour le grand écran et connaîtra la gloire grâce à sa performance mémorable.

Source : Que ça reste entre nous de Francis Veber, Robert Laffont.