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26 février 2026

The Grandmaster : 13 ans après sa sortie, ce film épique de Wong Kar-wai revient au cinéma dans une version inédite

Pendant les treize premières années de sa carrière, Wong Kar-Wai a sorti sept longs métrages et mis en boîte le huitième, le célèbre 2046 dont il a achevé le montage dans sa chambre d'hôtel la veille de sa présentation en Compétition au Festival de Cannes. Et c'est ce même laps de temps qui nous sépare de son dernier passage dans les salles obscures, le 17 avril 2013 avec The Grandmaster, biopic sur fond d'arts martiaux et de romance consacré à Ip Man, maître légendaire de Wing Chun, l'un des types du kung-fu, avant qu'il n'ait pour élève un certain Bruce Lee.

Depuis, plus rien. Ou presque : si son projet autour de la famille Gucci n'a pas vu le jour, ou que sa série Tong Wars, sur le milieu du crime organisé dans le San Francisco de la fin du XIXe siècle, n'est toujours pas entrée en production, son autre show, Blossoms Shanghai, arrive ce jeudi 26 février en France, sur Mubi. Plus de deux ans après sa première diffusion en Chine, certes, mais le réalisateur d'In the Mood for Love nous a appris à être patients ces derniers temps, devant ses films et après.

Et s'il n'a pas vraiment quitté nos salles ces dernières années, grâce aux ressorties de la grande majorité de ses longs métrages et aux diverses séances consacrées à des opus du passé, d'As Tears Go By à 2046, en passant par Les Anges déchus, Happy Together et l'incontournable In the Mood for Love, dont l'esthétique et la musique sont immédiatement reconnaissables, Wong Kar-Wai y revient de façon événementielle avec The Grandmaster. Encore. Mais pas tout à fait comme en 2013.

Car le long métrage qui a fait son retour dans nos salles ce mercredi 25 février n'est pas exactement celui sorti en 2013, puisqu'il s'agit de la version chinoise, inédite en France où les spectateurs avaient découvert le montage présenté au Festival de Berlin quelques semaines plus tôt. En sachant qu'il en existe très exactement trois :

le montage présenté au Festival de Berlin, puis dans les salles françaises en 2013, d'une durée de 2h03

le montage destiné au public américain, joyeusement raccourci à 1h48 par la Weinstein Company, plus linéaire et agrémenté de cartons explicatifs pour ne pas perdre les spectateurs qui ne connaissaient pas l'histoire

le montage chinois, qui dure 2h10

Et c'est donc celui-ci que vous pouvez (re)voir au cinéma depuis ce mercredi 25 février. Malgré les sept minutes d'écart entre les deux, nous parlerons plus de Director's Cut que de version longue car, à l'instar de Ridley Scott sur le premier Alien, certains éléments ont été enlevés ou déplacés dans le récit, et d'autres ajoutés. Mais il n'a jamais été question, contrairement à ce que voulaient les rumeurs alimentées par la nature elliptique du résultat, d'un montage long de quatre heures, démenti par Wong Kar-Wai lui-même.

À la fois amples et intimistes, ces 2h13 semblent donc être les plus proches de la vision initiale de leur auteur, qui mêle biopic, arts martiaux et romance dans un grand élan qui tient par moments du ballets, à grands renforts d'allers et retours dans le temps, qui demandent de la patience et du lâcher-prise au spectateur pour entrer pleinement dans ce récit porté par les magnétiques Tony Leung et Zhang Ziyi, qui se déroule en marge de l'Histoire de la Chine au XXe siècle, et notamment la guerre sino-japonaise (1937 - 1945).

Capable de diriger des séquences d'action virevoltantes grâce au chorégraphe star Yuen Woo-Ping (dont une scène d'ouverture sous la pluie qui n'est pas sans faire penser à deux passages mémorables de Matrix 2 et 3), de mettre en scène un combat comme une étreinte ou de jouer avec la vitesse de défilement des images, Wong Kar-Wai y appuie un peu plus encore son statut d'esthète et illustre cette maxime qui veut qu'un film s'écrit au scénario, au tournage puis au montage. Car nul doute, comme il l'avait déjà fait avec 2046, qu'il fait naître une grande partie du sens pendant la post-production.

Et cette version de The Grandmaster le prouve un peu plus, en faisant intervenir l'entraînement de Gong Er (Zhang Ziyi) sous la neige à un autre moment et en la raccourcissant quelque peu, alors que les derniers plans du film sont différents. Des changements qui relèvent davantage du détail au vu de l'ensemble, qui se partage toujours entre les points de vue d'Ip Man (Tony Leung) et de l'experte en arts martiaux mentionnée plus haut, qui voit la question de la succession au sein de son clan tourner au conflit. Comme pour raconter leurs destins tout autant que ceux de la Chine et du kung-fu.

Bien qu'imparfait, The Grandmaster n'en reste pas moins fascinant de par son ambiance et la manière de déjouer les attentes de celles et ceux qui venaient chercher un pur film d'action (ils pourront se consoler avec les opus de la saga Ip Man emmenés par Donnie Yen), ce qui est mal connaître Wong Kar-Wai. Pour peu qu'on se laisse porter, c'est dans un tourbillon d'images et de sons qu'il nous entraîne, et la salle de cinéma est l'écrin parfait pour l'apprécier comme il se doit. En attendant le retour du reste de sa filmographie le 11 mars. Dont In the Mood for Love oui.