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08 mars 2026

French Connection : en 1975 la suite a reçu un accueil glacial aux Etats-Unis

Sorti en 1971, French Connection de William Friedkin est un classique absolu du cinéma américain. Gene Hackman livre une extraordinaire composition sous les traits du flic irascible et brutal Jimmy Doyle, dit "Popeye". Un personnage pas forcément sympathique d'ailleurs, et qui ne cherche pas à l'être. Un rôle difficile pour l'acteur, qui abhorrait la violence.

Il ne fut d'ailleurs pas le premier choix du réalisateur, mais celui du dernier recours, et Friedkin a reconnu avoir dû pousser parfois le comédien dans ses retranchements pour qu'il accepte enfin de donner le meilleur de lui-même.

Non seulement le comédien s'exécutera avec brio, mais il prendra encore plus de plaisir à incarner et approfondir le même personnage dans l'excellente suite, French Connection II, toujours très sous-estimée d'ailleurs par rapport au modèle original, qui a laissé une empreinte indélébile dans le genre policier.

Passer après le film de Friedkin relevait de la gageure. Et pourtant. Si le premier volet reste effectivement intouchable, French Connection II mérite pourtant une très sérieuse (re)découverte. Sortie en 1975 et réalisée par un solide artisan, John Frankenheimer, cette suite se déroule quatre ans après le premier film.

Popeye Doyle est toujours furieux d'avoir échoué à capturer Alain Charnier (Fernando Rey), le baron de la drogue qui s'est échappé des États-Unis à la fin du premier film. Au début de French Connection II, Doyle arrive en France, où il sème immédiatement le trouble et se lance à la poursuite de Charnier. Mais, étant en France et faisant équipe avec un policier français pragmatique (excellent Bernard Fresson), il va aussi devoir se plier à certaines règles...

Si Frankenheimer a conservé certains éléments du style visuel de Friedkin (l'utilisation du zoom notamment et certaines techniques de montage), il fait une oeuvre personnelle, transposant cette fois-ci le cadre de son intrigue à Marseille et non plus New York. Certains esprits chagrins ont d'ailleurs trouvé qu'avec cette transposition, le film était moins cinégénique comparé aux images de Big Apple du premier film. Le fait est que c'est surtout différent. Pas moins bien. Différent.

Toujours est-il que si French Connection fut un triomphe dans les salles américaines, sa suite a en revanche reçu un accueil glacial au pays de l'oncle Sam, comme le racontait Frankenheimer dans un entretien en 1975 (via DepressedBergman).

"Les critiques anglais l'ont aimé. Les critiques français l'ont adoré, c'était un énorme succès à Paris. Le film ne va pas vraiment faire un flop à l'échelle mondiale, mais ce fut un désastre aux États-Unis. Oh, nous avons reçu d'excellentes critiques à Paris. J'étais là-bas. J'appréhendais la sortie du film après la façon dont il avait été massacré dans ce pays [aux USA]. Un critique m'a appelé et je me suis dit : "Oh non". Et il m'a dit : "J'adore, j'adore. Je veux venir vous interviewer".

Je n'arrivais pas à y croire, et puis ça a continué encore et encore. Nous avons reçu des critiques élogieuses. Mais Fox [Twentieth Century-Fox] s'en fichait. Ça aurait pu être la Cinquième Symphonie de Beethoven, ils auraient pu me porter en triomphe sur les Champs-Élysées dans une parade avec des confettis. Ils s'en seraient fichés. [...] C'était tout simplement un désastre".

French Connection II ne ramassera qu'un peu plus de 12 millions de dollars au box office américain. Très loin des 51 millions du premier opus sur le territoire. En France, il fera un peu plus de 759.000 entrées, à comparer aux 2,15 millions de spectateurs du film de Friedkin.

Une des meilleures suites jamais réalisées, French Connection II est disponible en VOD et DVD / Blu-ray.

07 août 2023

Mort à 87 ans de William Friedkin, réalisateur de L'Exorciste et French Connection

Lauréat de l'Oscar du Meilleur réalisateur en 1972 pour French Connection, le metteur en scène William Friedkin est mort à l'âge de 87 ans. Sa femme, Sherry Lansing, a annoncé le décès du cinéaste au média The Hollywood Reporter.

William Friedkin apprend le métier de réalisateur sur les plateaux de télévision dès l'âge de 17 ans. Il se spécialise dans le documentaire, puis réalise un épisode de la série Alfred Hitchcock Présente. Il a 27 ans lorsqu'il tourne son premier long métrage, Good Times, en 1967. Entre 1968 et 1970, il adapte trois pièces de théâtre à succès : L'Anniversaire, The Night they raided Minsky's et Les Garçons de la bande, qui aborde le thème de l'homosexualité.

Mais c'est French Connection qui le propulse sur le devant de la scène en 1971. Ce film policier sur fond de trafic de drogue reçoit cinq Oscars, dont ceux du Meilleur film et du Meilleur réalisateur. A la suite de ce succès, le cinéaste dispose de moyens considérables pour tourner L'Exorciste (1973). Ce classique du film d'épouvante se classe en tête de tous les box-offices et remet le genre au goût du jour. William Friedkin semble transformer tout ce qu'il touche en or. Pourtant, il suspend ses activités durant quelques années.

C'est avec Le Convoi de la peur, remake américain du Salaire de la peur d'Henri-Georges Clouzot, qu'il fait son retour derrière la caméra en 1977. Malheureusement, le film est un échec commercial. Côté vie privée, Friedkin épouse l'actrice française Jeanne Moreau, dont il divorce rapidement.

Au tournant des années 70-80, il se réoriente vers le registre policier, empruntant différentes voies comme la comédie (Têtes vides cherchent coffres pleins avec Peter Falk), le scandale et la provocation (La Chasse - Cruising qui soulève l'indignation parmi la communauté homosexuelle de New York en 1980) ou encore le réalisme (Police fédérale Los Angeles, dans lequel on retrouve une scène de poursuite automobile aussi mémorable que celle de French Connection).

De retour dans le domaine de l'épouvante, il signe Le Sang du châtiment (1988) et La Nurse (1990), qui ne rencontrent pas le succès attendu. Il en va de même pour Jade (1995), qui s'inscrit dans la mouvance du thriller érotique.

Après le très controversé film de procès militaire L'Enfer du devoir sorti en 2000, William Friedkin parvient à se réconcilier avec la critique en réalisant l'efficace et nerveux Traqué (2003), thriller dans lequel s'affrontent Tommy Lee Jones et Benicio Del Toro, ainsi que les adaptations des pièces de Tracy Letts : le huis clos Bug, présenté à La Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2006, et le thriller Killer Joe, en Compétition à la Mostra de Venise en 2011.

En 2017, Friedkin met en scène The Devil and Father Amorth, un documentaire sur l'exorcisme, par le réalisateur de... L'Exorciste ! Il s'agira de son dernier long-métrage avant son décès le 7 août 2023 à l'âge de 87 ans.