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13 septembre 2020

Pentagon Papers sur France 2 : quel scandale politique a inspiré le film de Steven Spielberg ?

En 2018, Spielberg réunissait à l’écran une équipe de choc composée de Meryl Streep, Tom Hanks, Sarah Paulson ou encore Bob Odenkirk, pour relater les coulisses des révélations faites par le Washington Post et le New York Times dans les années 70 au sujet de l'implication détaillée des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam. C’est ce que l’on a appelé les “Papiers du Pentagone” ou les “Pentagon Papers”.

Robert McNamara, alors au poste de secrétaire à la Défense, demande en 1967 à des officiers et experts militaires de rédiger un document sur leur stratégie durant la guerre du VietNam, qui a débuté en 1955. On y apprend notamment que les Etats-Unis ont menti sur leur implication, en s’engageant bien plus tôt dans les combats et en lançant des actions offensives, avec notamment des bombardements. II faut aussi rappeler qu’à cette époque, le public était réfractaire à l’idée que leur pays se lance dans un nouveau conflit. Kennedy, Johnson, Nixon… En tout, quatre gouvernements successifs ont menti aux citoyens sur la guerre du Vietnam, pendant plus de vingt ans. 

Pentagon Papers est raconté du point de vue de la rédactrice en chef Kat Graham (Meryl Streep) et de ses journalistes du Post. Car le film ne raconte pas seulement les coulisses de cette enquête, mais aussi la course aux scoops et la rivalité qui opposait à l’époque le Washington Post et le New York Times. Car c’est bien le journal new-yorkais qui a mis la main en premier sur ces documents sensibles - via le lanceur d’alerte Daniel Ellsberg (un ancien Marine et consultant militaire) - enterrant au fil des semaines le Post. 

Mais c’était sans compter sur Ben Bagdikian, l’un des éditeurs du Post. Lorsque ce dernier est contacté par une source anonyme au sujet d’une affaire hautement sensible qui concerne le gouvernement (la guerre du Vietnam donc), Graham et son équipe sont face à un mur : ils peuvent eux aussi lancer une série d’articles sur le sujet et relancer leur journal - malgré les conséquences qui en suivront - ou ne rien faire. Il faut dire que le document est dense (7000 pages), que le temps est compté pour sortir l’information rapidement et que la moindre erreur peut mener à la fin du journal...

Le film de Spielberg met en lumière cette affaire à travers le regard médiatique en expliquant comment le Post et le New York Times se sont lancés dans une bataille pour défendre leur droit de publier la vérité. 

L’affaire des Papiers du Pentagone a eu plusieurs répercussions. Et pas seulement politiques. Côté médias, il y a eu un avant et un après. Lorsque le gouvernement comprend qu’il y a eu une fuite, il saisit la justice pour empêcher la publication de l’intégralité du document. Après une rude bataille judiciaire, la Cour suprême des États-Unis se prononce en faveur du Times et du Post. La censure fédérale est levée, et les médias - quels qu’ils soient - peuvent désormais révéler les manigances du gouvernement. Les journaux, ainsi que la Justice (bien que la Cour soit divisée sur le sujet), se sont en effet basés sur le premier Amendement américain, concernant la liberté d’expression et liberté de la presse. Elle autorise à dévoiler des informations (aussi sensibles soient-elles) permettant au public de comprendre la politique du gouvernement. Une annonce qui tombe à point nommé puisque le scandale du Watergate éclatera quelques années plus tard (que relatera le film Les Hommes du Président avec Dustin Hoffman et Robert Redford).

03 mai 2020

Journée de la liberté de la presse : 5 films qui rappellent l'importance du métier de journaliste

À l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée chaque année le 3 mai, AlloCiné décide de se replonger dans ces films qui mettent en scène le journalisme et ceux qui se battent pour faire circuler l'information. Qu'elles s'intéressent à de simples reporters ou à des correspondants de guerre, à travers le prisme du thriller ou du biopic, nombreuses ont été les œuvres à avoir marqué l'histoire du cinéma. Parmi les plus emblématiques, on pense bien sûr au film d'Alan J. Pakula, Les Hommes du Président, qui revient sur l'affaire du Watergate, mais aussi à Good Night, and Good Luck de George Clooney, ou encore Le Syndrome chinois de James Bridges, dans lequel Jane Fonda incarne une journaliste enquêtant sur une centrale nucléaire.

Sorti récemment, en 2019, Camille de Boris Lojkine avait également séduit les spectateurs grâce à son portrait de la photojournaliste Camille Lepage. Cette dernière, incarnée à l'écran par Nina Meurisse, avait été tuée en Centrafrique par les ex-Seleka, en 2014. Elle avait 26 ans. La sélection qui suit reflète les choix personnels d'une partie de la rédaction sur les meilleurs films consacrés à ce sujet :

Le gouffre aux chimères (1951)

Près de soixante-dix ans après sa sortie, Le Gouffre aux chimères, réalisé par Billy Wilder (Certains l'aiment chaud, Sabrina...), trouve toujours un écho très actuel. Le film porté par le regretté Kirk Douglas, décédé en février dernier à l'âge de 103 ans, suit Charles Tatum, un journaliste sans scrupule, prêt à tout pour exploiter le filon d'une affaire qu'il suit pour son journal. Le reporter va en effet découvrir un homme, coincé au fond d'une galerie effondrée du Nouveau-Mexique. Tatum va faire en sorte de gagner sa confiance pour mieux tirer profit de la situation... Un film captivant, qui a très peu vieilli et qui ne redore pas le blason de la profession de journaliste, bien au contraire. Il permet néanmoins de s'interroger sur le rôle que les reporters peuvent jouer en tant que témoin de certaines situations, ou en tant que lanceur d'alerte.

Zodiac (2007)

Adapté du livre de Robert Graysmith, dessinateur de presse au San Francisco Chronicle, Zodiac est un thriller sombre et glaçant sur le serial killer qui a terrorisé l'Amérique dans les années 1970 en s'en prenant à de jeunes couples. Il a la particularité de suivre le point du vue de Graysmith (Jake Gyllenhaal), devenu obsédé par l'enquête pour retrouver l'assassin qui envoyait des messages codés aux journaux pour surfer sur sa notoriété, plutôt que celui des forces de police (dont l'inspecteur est incarné par Mark Ruffalo). En observant en marge de l'enquête les conséquences sur la vie personnelle de Graysmith, entâchée par ses recherches compulsives, David Fincher questionne la notion de fascination que l'on éprouve vis-à-vis des tueurs en série; une réflexion qu'il continuera à développer dix ans plus tard dans la série Mindhunter.

Spotlight (2015)

Oscar du Meilleur film en 2016, Spotlight est adapté de faits réels et retrace la fascinante enquête des journalistes du Boston Globe qui a mis au jour un scandale impliquant des prêtres pédophiles couverts par l’Eglise Catholique. Le titre du film fait référence au nom donné à l'équipe d’investigation du journal qui a travaillé pendant un an sur cette affaire, interrogeant les victimes d'abus sexuels et révélant que l'institution catholique avait protégé leurs bourreaux pendant des décennies. Leur article, publié en janvier 2002 et couronné par le prix Pulitzer en 2003, a permis de libérer la parole et déclenché une vague de révélations dans le monde entier.

 Le film de Tom McCarthy, dont le script figurait sur la black list des meilleurs scénarios cherchant un producteur, est porté par un casting cinq étoiles (Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams, Liev Schreiber... tous sont parfaits) et sa narration est extrêmement bien ficelée. Le réalisateur ne cherche jamais le sensationnalisme et choisit de reprendre les codes du polar et du thriller, pour faire ressentir au spectateur l'intensité du travail de ces reporters prêts à investir toute leur énergie dans la mission qu'ils se sont fixés : informer leurs lecteurs coûte que coûte et faire éclater la vérité. 

Pentagon Papers (2017)

Film contemporain le plus récent de Steven Spielberg, après sa relecture de l'abolition de l'esclavage par Lincoln (2012) et d'un incident historique au cours de la Guerre froide avec Le Pont des Espions (2015), Pentagon Papers se focalise sur une affaire d'État mise en lumière par le Washington Post  au début des années 1970. Le journal enquête sur la dissimulation d'informations de la part du gouvernement américain au sujet de l'enlisement de la guerre du Vietnam. Cette révélation, deviendra l'un des premiers scoops de l'histoire du journalisme aux Etats-Unis. Servi par un duo d'acteurs au sommet (Meryl Streep et Tom Hanks) et une mécanique narrative implacable, le film de Spielberg est d'une douloureuse actualité, et montre avec beaucoup de pédagogie la nécessité absolue de la survie du journalisme en pleine ère trumpiste.

Sympathie pour le diable (2019)

Pour son premier film, le réalisateur Guillaume de Fontenay s'intéresse au reporter de guerre Paul Marchand, en adaptant son livre, Sympathie pour le diable, publié en 1997. Le film, qui a mis plus de deux décennies à se faire, retrace le parcours du journaliste français durant le siège de Sarajevo en 1992. D'une grande maîtrise, le biopic trouve sa force dans ses images froides, sa violence brute, mais aussi dans la performance bluffante de Niels Schneider, qui prête ses traits au correspondant. L'acteur québécois sera auréolé du Prix de la Meilleure interprétation masculine au Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz, en 2019.

Tourné à Sarajevo, Sympathie pour le diable parvient à récréer avec beaucoup de réalisme le cauchemar et les conditions de travail des reporters, qui vivent au rythme des bombardements. Le film réussit également à éveiller les consciences et à créer un dialogue chez les spectateurs en abordant les conséquences traumatiques de ces hommes et femmes qui risquent leur vie pour rendre l'information accessible. Paul Marchand, lui-même, a participé à la conception du scénario, avant de mettre fin à ses jours en 2009.