Le réalisateur français Jean-Michel Barjol s'est éteint le 26 mai dernier à 93 ans. Depuis ses débuts avec le court métrage Nadia en 1963, on lui devait cinq longs métrages, dont La Peau dure (1969), La Tour sans venin (1965, inspiré par A bout de souffle) ou What a Flash !, présenté à la section Semaine de la critique du Festival de Venise 1972.
Sa famille a fait suivre ce communiqué :
"Avec sa disparition s’éteint l’une des voix les plus singulières et indépendantes du cinéma français. Réalisateur, scénariste, producteur, documentariste et homme de théâtre, Jean-Michel Barjol a consacré sa vie à filmer les êtres humains, leurs rêves, leurs combats, leurs fragilités et leur dignité.
"Né à Marseille, il connaît très tôt les épreuves de l’existence. Orphelin dès son plus jeune âge, ballotté entre centres, pensions et internats, il forge dans l’adversité un regard attentif et profondément humain sur le monde. De cette enfance mouvementée, il gardera toute sa vie une vigilance particulière envers les destins marginaux, les oubliés, les résistants du quotidien et ceux qui vivent en dehors des sentiers battus.
"Après des études de sciences naturelles et son service militaire, il choisit de consacrer sa vie au cinéma. Autodidacte passionné, il en apprend tous les métiers : opérateur de prise de vue, ingénieur du son, monteur, scénariste, réalisateur et producteur. Défenseur acharné de son indépendance artistique, il n’hésite pas à produire lui-même ses œuvres lorsque les circuits traditionnels lui ferment leurs portes.
"Tout au long de sa carrière, Jean-Michel Barjol explore avec une rare liberté la frontière entre fiction et documentaire. Il revendique un cinéma où la réalité devient parfois fiction et où la fiction révèle une vérité documentaire. Cette démarche originale constitue la signature d’une œuvre profondément personnelle.
"Dès les années 1960, il réalise de nombreux courts et moyens métrages qui attirent l’attention de la critique. Son film La Peau dure reçoit notamment le Grand Prix du Rire et le Grand Prix du Jeune Cinéma décerné par René Clément. En 1971, What a Flash !, expérience cinématographique hors norme qui réunit plus de cent cinquante artistes et techniciens se retrouvant enfermés durant soixante-douze heures dans les studios d’Épinay, suscite admiration et controverse avant de représenter la France au Festival de Venise en 1972.
"Parmi ses œuvres majeures figurent également La Tour sans venin, Petit Joseph, adaptation du roman de Christophe Donner, ainsi qu’une abondante production documentaire consacrée à l’Histoire, la mémoire collective, le monde rural, la Résistance, l’immigration, la transmission des savoirs comme aux relations entre l’homme et l’animal.
"Créateur libre, observateur passionné de la société française, Jean-Michel Barjol a laissé une œuvre riche de plusieurs dizaines de films qui témoignent d’une curiosité insatiable pour les êtres et les histoires qui les façonnent. Ses réalisations demeurent aujourd’hui des documents précieux sur la mémoire populaire, les traditions, les territoires et les destins humains.
L'hommage de sa famille :
"Pour celles et ceux qui l’ont connu, il restera un homme de convictions et de passions, fidèle à ses idéaux. Pour le public et les professionnels du cinéma, il demeure un artisan exigeant dont l’œuvre continuera de vivre et d’inspirer les générations futures.
"Sa famille, ses proches, ses collaborateurs, ses amis et tous ceux qui ont partagé son parcours adressent leurs remerciements à celles et ceux qui s’associent à leur peine.
"Jean-Michel Barjol laisse derrière lui une œuvre libre, profondément humaine et résolument indépendante, à l’image de sa conception du cinéma :
"Le cinéma c’est fait pour ça... pour raconter des histoires, pour me raconter. C’est de l’histoire en marche... Comme dit Cocteau, “C’est le seul art capable de fixer la mort au travail”."