Presque 35 ans après la disparition de Serge Gainsbourg, le vernis du mythe se craquelle sous la plume d’un autre monument de la chanson française. Dans sa biographie, Alain Souchon raconte leur rencontre et des coulisses bien moins glamour que les photos d’archives.
À 81 ans, l’interprète de "Foule sentimentale" feuillette sa vie dans Alain Souchon, La Vie, c’est du théâtre et des souvenirs, écrit par Jean-Dominique Brierre et publié le 11 avril 2024 aux éditions L’Archipel. Il y revient sur Serge Gainsbourg, disparu en 1991, et décrit une relation faite de piques, de gêne et d’admiration cachée.
Dans ce livre au ton très intime, Alain Souchon replonge dans les années 1970-1980, quand sa notoriété explose et qu’il croise toutes les icônes de l’époque. Parmi ces souvenirs, l’un des plus piquants concerne sa rencontre avec Serge Gainsbourg, que le chanteur décrit sans fard, plus de trente ans après la mort de celui que le public surnommait déjà Gainsbarre.
Le récit tourne autour du tournage de Je vous aime, film de Claude Berri sorti en 1980 avec Serge Gainsbourg et Catherine Deneuve. À propos de cette rencontre, il confie dans sa biographie, citée par Télé-Loisirs : "Je l’agaçais, sans doute à cause de l’engouement que je suscitais à l’époque. Il jouait au désabusé, me disait : ‘Alors, comment va le business ?’ Je lui répondais : ‘Ce n’est pas du business que je fais, c’est de l’art’. Il ricanait."
Sur le plateau, l’atmosphère n’a rien d’amicale. Alain Souchon se sait alors au sommet de sa popularité et sent que cela dérange son partenaire, qui se réfugie dans une posture désabusée. Il décrit entre eux "Des rapports faux, à la fois de la séduction et de bagarre", comme si chacun jouait un rôle pour ne pas montrer sa fragilité réelle.
Dans les face-à-face, le malaise ne disparaît pas. Il raconte : "Il était timide et moi aussi. Pour vaincre ma timidité, je le bousculais un peu. Je faisais exprès de le taquiner, lui tapais sur les cuisses. Il n’aimait pas ça." Une façon, reconnaît-il, de masquer sa propre gêne face à la star.
Malgré ces heurts, le regard porté sur Serge Gainsbourg reste tendre. Il le décrit comme "pathétique et touchant" et insiste sur le décalage entre l’homme privé et sa créature publique. Il ajoute : "C’était un homme raffiné, mais ce rôle de Gainsbarre un peu dégueulasse, genre copain de régiment, lui convenait."
Preuve que le respect artistique a toujours existé, Alain Souchon avait repris "Elisa" en 1978, bien avant ce tournage tendu de Je vous aime. Trente-trois ans après la mort de Serge Gainsbourg, ces confidences réveillent un duo de géants timides de la chanson française, pris entre pudeur, rivalité et fascination.


