Hier soir, le Festival de l’Alpe d’Huez ouvrait ses portes avec un mélange de déconnade, de Côtes du Rhône grand cru et de vent glacé qui annonce les grandes messes de la comédie française. Et pour mettre le feu aux poudres, on avait confié la cérémonie à Bertrand Usclat, qui a littéralement transformé la salle en shaker géant.
Tout juste arrivé sur scène, le petit génie de Broute s’est imposé en showman de folie, survolté comme s’il avait avalé trois spots lumineux, enchaînant les dérapages contrôlés et les vannes inventives avec la grâce d’un funambule en baskets (image totalement mensongère puisque son costume noir, sa chemise blanche à col cassé et ses souliers vernis étaient du plus bel effet).
Son duo chanté avec une IA (une IA qui chante juste, c’est déjà un miracle, mais qui répond à Usclat ? On flirtait avec le paranormal) a chauffé la salle géante de l’AgorAlp pleine à craquer. Un peu plus tard, sa voix off qui nous plongeait dans l’angoisse intérieure d’un comédien en train de se noyer dans une impro vaseuse était encore plus fabuleuse - la pépite méta aurait pu être aussi casse-gueule qu’une plaque de verglas sur la Sarrenne, mais entre ses soupirs paniqués et ses faux mantras c’est devenu le grand moment de cette ouverture.
Du grand art donc, strié par des blagues imparables qui oscillaient habilement entre le too much (“ohhhh il a osé” sifflait mon voisin de gauche), les piques politiques (dont un petit tacle contre Sébastien Chenu) ou les détournements habiles des passages obligés de ce genre de pince-fesses (lister les partenaires officiels sur des vidéos de chiens, chute géniale de la soirée). Un sans faute.
Après ce démarrage tonitruant, et le mot de la présidente (Audrey Lamy, toujours impec), place au film d’ouverture. Ca paraît simple comme ça, mais il faut trouver le film capable de parler au plus grand nombre (les locaux envapés, les journalistes gavés de M&Ms, les partenaires à chouchouter - allez donc me contenter tout ce beau monde!), de donner le ton de la semaine, bref, d’être à la fois populaire, accessible, smart et suffisamment incarné pour que l’on se dise que le festival est bien lancé.
Bonne nouvelle Chers parents fut sur tous ces plans une réussite.
L’histoire ? Trois enfants. Un petit patron (Arnaud Ducret fantastique en droitard cynique), une éternelle étudiante (Pauline Clément fabuleuse), et un critique/écrivain un peu lose (Thomas Solivéres juste et bien coiffé) se retrouvent chez leurs parents. Ces derniers (Miou-Miou et Dussollier) leur annoncent qu’ils partent pour le Cambodge afin d’y fonder un orphelinat avec l’argent gagné à l’Euro Million. Panique générale. Vexations, règlements de comptes, hypocrisies acrobatiques et mauvaise foi olympique : chacun va se battre pour récupérer une part d’un gâteau qui n’a pas encore été découpé.
Adapté d’une pièce de théâtre à succès, Chers parents est une farce à l’italienne, un quasi huis-clos familial où l’amour et l’argent jouent à Colin-Maillard, et où chaque dialogue est potentiellement une grenade dégoupillée.
Porté par cinq acteurs au sommet (des Alpes ?), le film trouve l’équilibre entre la satire sociale, la vraie comédie familiale avec un bon sens du rythme. On attribuera une mention spéciale à Miou-Miou, impériale en mère qui cache sa rigueur sous des airs cajoline, et à Pauline Clément, hilarante en sœur à la fois touchante, (TRES) imprévisible et constamment à deux doigts d’exploser.
Le film multiplie les moments de cinéma pour s’extirper de son origine théâtrale - comme cette promenade à vélo qui démarre dans un charme bucolique et finit dans une furie hystérique.
Et dans la salle ? Rires généreux, applaudissements immédiats, avec cette ambiance rare où l’on sent qu’un film trouve vraiment son public. En tout cas, le festival semblait propulsé sur de bonnes bases. Rendez-vous samedi soir pour savoir si Chers parents fera partie des favoris. On parierait volontiers que cette équipe peut toucher un gros lot.
Synopsis officiel du film : Quand Alice et Vincent Gauthier convoquent en urgence leurs trois enfants, la fratrie débarque affolée craignant le pire … mais, bonne nouvelle, leurs parents ont en fait touché le Jackpot ! Le problème : ils ne comptent pas leur donner un centime.
Réalisé par Emmanuel Patron, le film sortira le 25 février prochain.
