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02 mars 2026

Le Serpent : Philippe Noiret a tourné ce thriller uniquement pour jouer face à Henry Fonda

En 1972, Philippe Noiret accepte de tourner une production internationale, un film d'espionnage en pleine Guerre froide intitulé Le Serpent, réalisé par Henri Verneuil. Le casting est majoritairement composé d'acteurs européens et américains, et si l'interprète des Ripoux et d'Alexandre le bienheureux a choisi d'y apparaître, c'est pour se faire un petit plaisir !

Dans l'ouvrage Philippe Noiret de Dominique Maillet publié en 1989, on pouvait lire que pour ce film, le scénario importait moins pour Noiret que la rencontre qu'il pouvait faire sur le tournage :

"La grande et vraie raison [pour laquelle j'ai fait Le Serpent], c'est qu'effectivement, je voulais être sur de la pellicule aux côtés d'Henry Fonda. J'ai vu là une opportunité que je n'aurais certainement plus dans ma vie, alors j'aurais fait n'importe quoi pour la vivre".

"Pour moi, Fonda est un des messieurs qui représentent le cinéma, un de ces acteurs qui m'ont le plus fasciné. Il fait partie de ces gens qu'on a l'impression de retrouver identiques d'un film à l'autre alors que c'est chaque fois différent. C'est un mythe hollywoodien que je voulais côtoyer; c'était complètement bête et sentimental, presque du fétichisme. Je voulais marcher à côté de lui dans un film; je voulais voir ma démarche lourdaude à côté de la sienne..."

Que dire pour rappeler qui était Henry Fonda ? L'un des acteurs fétiches de John Ford (7 films ensemble), il a traversé 47 ans de cinéma en tournant pour William Wyler, Henry Hathaway, Fritz Lang, Anthony Mann, Edward Dmytryk, Sydney Lumet, Ken Annakin, Otto Preminger, Richard Fleischer, Sergio Leone, Joseph L. Mankiewicz et Billy Wilder.

Il a tardivement remporté un Oscar d'honneur en 1981 et celui du Meilleur acteur pour La Maison du lac (1982, l'année de son décès). Sa carrière aurait dû lui en valoir au moins deux avant cela, par exemple pour Douze hommes en colère ou Les Raisins de la colère.

Noiret avait donc des réflexes de fan, parfois, et reconnaît dans la même interview que d'autres stars américaines l'auraient aussi beaucoup intéressé :

"S'il s'était agi de John Wayne dans Le Serpent, ça m'aurait plu, mais d'une façon différente; c'est une espèce de montagne humaine au jeu limité qui m'a toujours fait rire, même dans ses films sérieux. En même temps, il me fascine et je marche à chaque fois. C'est très drôle ces espèces de cases dans lesquelles on range les acteurs. Pour Fonda, je vous l'ai dit, j'éprouve de la tendresse; pour Wayne, c'est de la camaraderie; Burt Lancaster, quant à lui, m'attire, m'intrigue et m'étonne... Il y a en tout cas une chose qui me fascine : les acteurs vieillissants. Ça m'a toujours bouleversé de les voir vieillir et se transformer, donc changer d'emploi..."

Noiret n'a qu'un petit rôle dans Le Serpent face à Fonda mais aussi Yul Brynner et Dirk Bogarde, raison pour laquelle on l'aperçoit à peine dans ce long reportage d'époque, aujourd'hui disponible sur l'INA et qui régalera les amateurs et amatrices du film.

13 septembre 2024

Le jour où le réalisateur John Ford a brutalement mis fin à une vieille amitié avec Henry Fonda

Réalisateur prolifique avec plus de cent films à son actif, totem absolu du cinéma américain et même du cinéma tout court, toujours vénéré par quantité de cinéastes (dont Martin Scorsese, bien entendu, ou Steven Spielberg), John Ford est à juste titre considéré comme l'un des cinéastes les plus influents dans l'Histoire du cinéma.

Il fut l'incarnation même d'une certaine Amérique, refaçonnant à son compte les mythes fondateurs des Etats-Unis et ses figures pionnières, notamment dans ses westerns, imprimant profondément la mémoire collective des Américains.

Ford fut un cinéaste aussi respecté qu'il était notoirement d'un tempérament très difficile, pour ne pas dire tyrannique, sur les plateaux de tournage, ne se privant pas de malmener et d'agresser verbalement ses acteurs. Si sa collaboration avec John Wayne est largement passée à la postérité, il en est aussi une autre qui a beaucoup compté dans sa carrière : Henry Fonda.

Fonda et Ford travaillèrent ensemble sur pas moins de neuf films; et l'acteur considérait que le cinéaste fit beaucoup pour mettre sa carrière sur orbite. Cette collaboration accoucha d'ailleurs de chefs-d'oeuvres : Vers sa destinée, l'extraordinaire Poursuite infernale, la merveilleuse adaptation de l'oeuvre de John Steinbeck, Les raisins de la colère, où Fonda trouve un des plus grands rôles de sa carrière...

En 1948, la relation entre les deux fut très tendue sur le tournage du Massacre de Fort Apache, dont John Wayne était la tête d'affiche. Si Fonda voulait discuter d'une scène avec Ford, le réalisateur changeait carrément de sujet, ou lui disait de se taire. Les injures et les brimades du cinéaste pesèrent lourd, au point même de faire pleurer l'acteur...

La rupture entre les deux sera consommée, mais des années plus tard, en 1954, sur le tournage du film de guerre Permission jusqu'à l'aube. A l'origine, c'était une pièce de théâtre écrite par Thomas Heggen et jouée à Broadway, dont Henry Fonda tenait justement le rôle principal.

Le studio Warner hésita de prime abord pour donner son feu vert à l'engagement de Fonda, mais Ford insista auprès du studio pour que le comédien reprenne effectivement son rôle, au milieu d'un très solide casting complémentaire, entre James Cagney, Jack Lemmon et William Powell. S'il accepta le rôle, Fonda n'aimait pourtant pas le script commandé par Ford, qu'il estimait ne pas être aussi drôle et surtout nuancé que l'était la pièce.

L'incident arriva en septembre 1954, après la mise en boîte d'une scène tournée sur la base navale américaine de Midway. Ce jour-là, l'ambiance sur le plateau était électrique, notamment en raison de tensions entre Ford et William Powell. Fonda décida d'aller voir le réalisateur dans son bureau après le tournage. Passé le seuil de la porte, le cinéaste lui lâcha : "Je crois comprendre que tu n'es pas satisfait du travail". Ford lui balança sa réflexion tandis qu'il tenait un verre d'alcool à la main.

Alors que Fonda tenta de lui expliquer pourquoi il n'était pas satisfait du tournage ce jour-là avec Powell, Ford ne lui a même pas laissé le temps d'achever sa phrase. Il bondit de son fauteuil, se rua vers lui pour asséner un coup de poing au visage de l'acteur. On n'a jamais su pourquoi le cinéaste frappa Fonda. Logiquement stupéfait, Fonda quitta la pièce dans un silence assourdissant.

15 minutes plus tard, Ford alla frapper à la porte de la loge de l'acteur, pour lui présenter, en larmes, ses excuses. Mais rien n'y a fait. Après ce film, qui fut d'ailleurs un franc succès au Box-Office, Fonda n'a plus jamais retravaillé avec le metteur en scène. Leur vieille amitié, qui avait certes eu son lot de vicissitudes, au gré du tempérament colérique et même brutal du cinéaste, prit fin avec cet incident.

L'alcoolisme de Ford, déjà notoire, s'est aggravé pendant le tournage, au point qu'il fut hospitalisé pour un problème rénal, nécessitant une intervention chirurgicale en urgence. Incapable de reprendre les commandes du film, c'est Mervyn LeRoy, réalisateur chevronné en qui la Warner Bros. avait toute confiance, qui termina le film.