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28 mai 2026

Frank Sinatra rêvait d'incarner le Joker dans la série Batman des années 60

Acteur et crooner de légende, surnommé "The Voice", Frank Sinatra a laissé une trace indélébile dans la chanson, évidemment, mais aussi au cinéma. Ayant incarné plus de 70 rôles à l'écran, Oscarisé pour sa prestation dans Tant qu'il y aura des hommes, il a joué dans des oeuvres devenues des classiques : L'homme au bras d'or d'Otto Preminger; Comme un torrent de Vincente Minnelli; L'inconnu de Las Vegas, qui fera l'objet d'un remake orchestré par Steven Soderbergh au début des années 2000. Un crime dans la tête, fabuleux thriller sur fond d'espionnage et de Guerre Froide; L'Express du colonel Von Ryan, L'ombre d'un géant...

Sinatra a aussi fait des incursions sur le petit écran, mais ses contributions relèvent de l'anecdotique, entre participations non créditées sur moins d'une poignées de séries dans les années 1950, le temps d'un épisode, ou ses apparitions sous forme de caméo comme sur le plateau de Madame est servie en 1989.

Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé. Dans les années 60, Sinatra brûla d'une passion dévorante pour la fameuse série Batman, diffusée entre janvier 1966 et mars 1968 sur le réseau ABC, dans laquelle Adam West et Burt Ward incarnaient respectivement l'homme chauve-souris et Robin. Sans oublier bien entendu Cesar Romero, engagé pour jouer le Joker. Et c'est précisément ce rôle que Sinatra convoitait...

Dans un ouvrage écrit par le spécialiste Bill Brioux, intitulé Truth and Rumours: The Reality Behind TV’s Most Famous Myths (via Farout), l’acteur Burt Ward a confirmé les rumeurs qui circulaient depuis longtemps selon lesquelles Sinatra aurait eu des vues sur le rôle du Joker.

"D’après ce que j’ai compris, Frank Sinatra était très contrarié de ne pas pouvoir jouer le Joker. César Romero avait déjà signé son contrat". Les producteurs de la série étant quoi qu'il en soit notoirement connus pour être radins, on imagine qu'ils auraient eu du mal à payer Frank Sinatra, une immense star au sommet de sa carrière à cette époque…

Cet intérêt manifeste de Sinatra pour la série et le personnage du Joker fut aussi corroboré par le scénariste sur la série Ralph Ross, qui avait également travaillé avec Sinatra sur le film Tony Rome est dangereux, sorti en 1967. Ross raconta l'anecdote dans un entretien qu'il accorda à la Television Academy Foundation.

Pendant qu'il travaillait sur le film, Ross écrivait un épisode de la série Batman. Et de lâcher que Sinatra s'était rendu compte qu'il était scénariste après avoir entendu le bruit de sa machine à écrire dans la nuit, et lui avait demandé ce qu'il écrivait. "J'ai répondu : "Batman" - "Oh, j'adore Batman, j'aurais voulu être le Joker". Reste qu'on a quand même du mal à imaginer le crooner sous les traits du prince du crime...

06 novembre 2025

Blanches colombes et vilains messieurs : Frank Sinatra a fait la loi sur le tournage de ce film qui l'opposait à Marlon Brando

Nous sommes en 1955. Après avoir vu le rôle principal de Sur les quais lui passer sous le nez à cause d'un certain Marlon Brando qui a remporté l'Oscar du Meilleur acteur pour le film, le chanteur Frank Sinatra fait tout pour devenir un acteur reconnu.

Par lobbying, il a déjà réussi à obtenir l'Oscar du Meilleur second rôle pour Tant qu'il y aura des hommes, mais en veut davantage. Et en 1955, cela passe par se faire engager sur le projet d'un prestigieux réalisateur qui réunit sa spécialité - la chanson - et ce qu'il souhaite être son avenir - potentiellement gagner un Oscar du Meilleur acteur : Guys and Dolls.

Cette comédie musicale, appelée chez nous Blanches colombes et vilains messieurs, raconte la façon dont un organisateur de jeux clandestins nommé Nathan Detroit décide de parier avec un joueur plein aux as, Sky Masterson, que Masterson ne parviendra pas à séduire une sergente de l'Armée du salut nommée Sarah.

Pour convaincre le futur réalisateur du film Joseph L. Mankiewicz de l'engager, Frank Sinatra met les petits plats dans les grands. Déjà une immense star de la chanson et auréolé de son Oscar pour le film de guerre de Fred Zinnemann, il invite Mankiewicz à le rencontrer dans un grand hôtel de Beverly Hills.

Le réalisateur se fait un peu embobiner par le bagou de l'interprète de Young at Heart ou de All or Nothing at All, et accepte de lui confier le rôle de Nathan Detroit, personnage normalement assez comique et n'ayant qu'une chanson dans la comédie musicale.

De son côté, le producteur Samuel Goldwyn parvient à convaincre Marlon Brando (par le biais de Mankiewicz qui l'avait fait tourner dans Jules César) de jouer dans sa première comédie musicale. Mais une fois réunis sur le plateau, l'entente n'est pas au beau fixe.

Cité dans Bud, The Brando I Knew par Carlo Fiore (qui était la doublure de l'acteur sur le plateau), l'interprète de Sur les quais explose :

"Joe ! Frank joue très mal son rôle. Il est censé chanter avec un accent du Bronx, il est supposé jouer comique, mais là il chante comme un jeune premier romantique. Et on ne peut pas en avoir deux sur le plateau !"

Brando veut que Mankiewicz aille dire à Sinatra de chanter autrement. Le réalisateur n'ose pas et demande à son acteur d'aller se plaindre lui-même. Brando estime que ce n'est pas son travail et laisse Sinatra faire. Le chanteur fait donc de facto de Nathan Detroit, censément un personnage comique secondaire et peu chanteur l'un des deux héros du film, participant à plus de numéros chantants et prenant beaucoup de place au scénario.

"Sinatra était arrogant et difficile", affirme Regis Toomey (Arvide dans le film) dans Pictures will talk : the life and films of Joseph L. Mankiewicz, "car il ne voulait pas de ce rôle. Il peut être cruel et désagréable. Joe [Mankiewicz] a vécu l'enfer sur le tournage de ce film, il était tout le temps bridé car Sinatra ne parlait pas à Brando. Tout se faisait par des intermédiaires."

Cette non harmonie (vocale comme personnelle) entre les acteurs et les changements radicaux du personnage de Detroit par rapport à la pièce n'auront pas raison du succès du film, qui réalise le score de 8 millions de dollars de recettes sur le sol américain à l'époque, une fortune pour un film qui en a coûté 5 ! Il sera nommé à 3 Oscars : Meilleurs photo, décors et costumes.

Sinatra n'aura jamais l'Oscar du Meilleur acteur, et Marlon Brando en remportera un second pour Le Parrain en 1973.