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22 juillet 2026

Pourquoi Paul Verhoeven ne supporte pas le genre qui a marqué sa carrière

"Je pense que les trois éléments les plus importants sur Terre, ce sont le sexe, la violence et la religion. On peut, peut-être se demander pourquoi on ne s'en inspire pas davantage" a un jour déclaré Paul Verhoeven. Des considérations que le cinéaste a largement mis en pratique dans ses sulfureuses premières oeuvres de sa carrière hollandaise, alors qu'il était encore bien loin de céder aux chants des sirènes hollywoodiennes.

Verhoeven était alors dans une situation aussi étrange qu'inconfortable : ses films avaient de plus en plus de succès, mais il avait de plus en plus de mal à trouver les financements, notamment auprès des commissions d'aides gouvernementales à la création artistique.

Parti aux Etats-Unis, son premier film tourné en langue anglaise est une coproduction américano-néerlando-hispanique, La Chair et le sang. Une expérience de tournage des plus douloureuses pour Verhoeven, qui trouva là son Apocalypse Now personnel, avant d'être propulsé deux ans plus tard au sommet du box office américain avec Robocop.

Le succès remporté par ce film culte et ses 53,4 millions de dollars de recettes dans le monde catapulte la carrière américaine de Paul Verhoeven. Avec une enveloppe de départ de 55 millions $, son film suivant, Total Recall, sera le film le plus cher que Verhoeven ait mis en scène jusque-là.

Enorme succès là aussi, avec cette fois-ci plus de 261 millions de dollars de recettes : la science-fiction est un genre qui semble lui porter chance, propulsant le cinéaste sur orbite. Du moins, jusqu'à ce que son brûlot incompris Starship Troopers ne se fracasse au Box Office, de même que les résultats décevants de son remake de L'homme invisible…

En avril 2002, le cinéaste avait accordé au site Ain’t It Cool News un entretien, dans lequel il révélait que sa femme avait dû le convaincre de jeter un nouveau coup d'œil au scénario d'Edward Neumeier et de Michael Miner pour RoboCop, car cela ne l'intéressait pas : "Franchement, je ne suis pas du tout un fan de science-fiction. Pour vous dire la vérité, je déteste la science-fiction" lâche-t-il.

Le scénario de RoboCop se trouvait en fait dans ma poubelle quand ma femme m’a convaincu d’y jeter un nouveau coup d’œil. Ce n’est qu’après avoir reconnu certains éléments qui m’ont rappelé Tom Puss in the Land of the Tin Men [NDR : un personnage de BD très fameux en Hollande, qui a les traits d'un chat blanc parlant, né en 1941] l’une de mes bandes dessinées préférées, que j’ai commencé à trouver ce scénario et ce film amusants".

Dans un entretien accordé au Guardian des années plus tard, en mai 2022, Verhoeven ne dira pas vraiment autre chose : "A l'origine, j'avais refusé le script du film, parce que c'était tellement éloigné de ce que j'avais pu faire en Hollande ! Plus tard, sur le plateau, j'ai été énormément aidé par le fait d'avoir un des scénaristes, Ed Neumeier, avec moi en permanence, m'empêchant de faire des bêtises".

Dès lors, pourquoi avoir accepté de faire des films de science-fiction s'il n'a aucune espèce d'intérêt pour le genre ? "Parce que tous les autres projets qu’on m’avait envoyés étaient encore pires. Même si Total Recall était un film de science-fiction, il était quand même bien meilleur que les autres navets qu’on m’avait envoyés. Il y a trois films américains auxquels je reste vraiment attaché : RoboCop, Basic Instinct et Starship Troopers. Les autres étaient nettement pires" confiait le cinéaste à Ain’t It Cool News.

Toujours est-il que Hollow Man sera le dernier film de la période américaine de Paul Verhoeven, qui reviendra en Europe et dans son pays natal pour y signer un très grand film en 2006, Black Book.

01 août 2025

Paul Verhoeven egrette d'avoir signé Hollow Man

Après le désastre critique et commercial de son film Showgirls, qui a tué la carrière d'Elizabeth Berkley, Paul Verhoeven signe deux ans plus tard, en 1998, Starship Troopers. C'est peu dire qu'au moment de sa sortie, l’ironie mordante et féroce du film, son discours satirique et anti-militariste, ne furent pas détectés par tous ses spectateurs, même professionnels.

Parmi la critique, certains évoquèrent même un film fascisant, sans relever le traitement appliqué par Paul Verhoeven à son sujet (et sans se souvenir de son tempérament de cinéaste...). Le New York Times parla même d'un film "dérangé et horrible"...

La sanction fut d'autant plus lourde que, doté d'un budget de production de 105 millions de dollars, soit le plus important dont ait jamais disposé le cinéaste, Starship Troopers n'en rapporta que 54 millions sur le territoire américain, et à peine 121 millions au box office mondial.

Echaudé par ces deux douloureux échecs successifs, Verhoeven a besoin d'un succès commercial. Lorsque Sony Pictures lui propose quelques jours après l’abandon du projet qu'il développait sur le fameux illusionniste Harry Houdini de tourner un autre script, intitulé Hollow Man : L’Homme sans ombre, le réalisateur accepte pour des raisons pragmatiques. Il n’a pas de "projet de rêve" en vue, et celui-ci lui permettra au moins de travailler à nouveau.

Cette nouvelle variation autour de L'homme invisible sera donc un pur film de commande; mais le cinéaste n'est pas plus enthousiaste que cela, comme il l'a confié au Volkskrant Magazine dans un entretien publié en septembre 1999.

"Je ne fais pas du tout le film que je voudrais faire. Cela me semble clair. Je fais les films que je peux faire. Hollow Man a pour sujet l’homme invisible. On m’a demandé de réaliser ce projet […]. Nous essayons d’en tirer le meilleur, mais on ne peut pas dire que je me réveille la nuit dans mon lit en m’écriant : "Waouh !"

Loué par certains critiques pour la qualité de ses effets spéciaux qui vaudront d'ailleurs au film une citation à l'Oscar, Hollow Man est en revanche pas mal égratigné sur son scénario. "Malgré une richesse d’effets spéciaux et la direction de Paul Verhoeven – M. Au-dessus-du-lot en personne –, ce film reste étonnamment terne" écrivait le Los Angeles Times. Le Boston Globe lâchait quant à lui ce commentaire peu amène : "S’il n’y avait eu la télévision par câble et le circuit vidéo, Hollow Man serait resté invisible".

Le film récoltera un peu plus de 190 millions de dollars au box office international; pas exactement un triomphe au regard des 95 millions de dollars de budget. Des résultats extrêmement mitigés qui seront toutefois largement contrebalancés par l'énorme succès du film sur le circuit locatif et achat en DVD ainsi que les diffusions TV, qui rapportera plus de 150 millions de dollars à Sony.

Reste que Hollow Man a été une expérience artistique frustrante pour Verhoeven, lâchant ces considérations au micro du Hollywood Reporter en avril 2013. "Après Hollow Man, j'ai décidé que c'était le premier film que j'avais réalisé et que je n'aurais pas dû faire. Il a rapporté de l'argent, etc., mais ce n'est vraiment plus moi.

Je pense que beaucoup d'autres personnes auraient pu le faire. Je ne pense pas que beaucoup de gens auraient pu réaliser Robocop de cette manière, ni Starship Troopers. Mais pour Hollow Man, je pense qu'il y avait peut-être 20 réalisateurs à Hollywood qui auraient pu le faire. Je me suis senti déprimé après 2002".

Hollow Man sera le dernier film de la période américaine de Paul Verhoeven, qui reviendra dans son pays natal pour y signer un très grand film en 2006, Black Book.

09 janvier 2024

Paul Verhoeven de retour aux Etats-Unis pour tourner Young Sinner

Fin 2021, on apprenait que Paul Verhoeven venait de retrouver Edward Neumeier pour écrire "un thriller politique sulfureux" intitulé Young Sinner et présenté comme "une version innovante de films comme Liaison fatale et Basic Instinct. Sans effets spéciaux numériques. Un film aussi intimiste que possible."

Le scénariste de RoboCop et Starship Troopers a été chargé de porter sur le papier l'histoire d'une jeune femme engagée par un sénateur puissant pour travailler à ses côtés à Washington. "Bien sûr, il y aura aussi un peu de sexe, précisait d'emblée le réalisateur de ShowGirls, Elle et Benedetta au média MovieMaker lors de l'annonce du projet. Nous avons consulté un ancien officier du renseignement, Ron Marks, qui essaie de nous tenir au courant de comment ça se passe au Capitole et dans les affaires d'espionnage... Mais la satire semble toujours émerger lorsque Paul et moi travaillons ensemble, alors je suppose que notre nouvelle aventure aura un ton léger..."

A présent, il en dit plus auprès de Metrograph, révélant notamment que le scénario est sur le point d'être bouclé et qu'il devrait pouvoir le tourner dès cette année. En fait, le plan était même de filmer Young Sinner dès l'automne 2023, mais avec la grève des scénaristes et des acteurs, le projet a pris du retard. Il s'agira du premier tournage américain du réalisateur de 85 ans depuis Hollow Man, sorti en 2000 au cinéma.

"Je travaille actuellement avec Ed Neumeier, qui a écrit RoboCop, dit-il. Vous pourriez dire que c'est un thriller politique, si vous voulez, qui se déroulera à Washington. Ces dernières années, j'ai travaillé en France, parce que je ne trouvais rien d'intéressant ici, puis Ed est arrivé avec cette proposition très alléchante. Cela fait deux ans qu'on travaille sur ce script. Il devrait être bouclé d'ici deux mois, puis on cherchera quelqu'un pour le financer."

Paul Verhoeven ajoute au passage que Young Sinner sera proche de Black Book, son film de 2006 porté par Carice Van Houten "mais en plus explosif et plus ouvert vers un public large." Il précise aussi que l'héroïne, qu'il n'a pas encore castée, sera "une femme évangéliste".

Enfin, à propos de ses retrouvailles avec le scénariste de RoboCop et de Starship Troopers, il explique : "Si vous nous observiez en train de travailler, vous verriez surtout deux copains en train de se marrer. On s'amuse de notre propre satire au moment où on est en train de l'imaginer. Pas parce qu'on veut à tout prix se moquer, mais parce qu'elle nait de nos conversation. Elle surgit d'un seul coup !"

23 août 2023

Paul Verhoeven va de nouveau adapter un roman de Philippe Djian

Dans le dernier numéro, en kiosque depuis le 23 août, le producteur Saïd Ben Saïd nous a confié en exclusivité que son prochain projet commun avec Paul Verhoeven sera Sans compter, un roman de Philippe Djian paru en début d’année. Sept ans après Elle, adaptation de Oh... du même Djian, le cinéaste hollandais confirme son intérêt pour l’univers étrange du romancier français, également auteur de 37°2, le matin.

Sans compter raconte l’histoire de Nathan, un journaliste, fasciné par Gaby, sa belle-mère, une poétesse. Cette dernière vit dans la même propriété que Nathan et sa femme, un vaste domaine. Le jour où un promotteur cherche à acheter une partie du terrain pour y construire un parc d’attractions et se heurte au refus catégorique de Gaby, les choses s’enveniment : un député s’agace, une randonneuse disparait mystérieusement et la raison de Nathan vacille. Le roman est raconté du seul point de vue de Nathan dont le lecteur épouse les certitudes et les interrogations.

Paul Verhoeven, cinéaste de la perversité et des faux semblants (Robocop, Basic Instinct, Showgirls...), a vu sa cote dégringoler à Hollywood à la fin du XXe siècle, essuyant plusieurs échecs (Starship Troopers, Hollow Man... ). Après Black Book (2006) tourné dans son pays natal, c’est le producteur Saïd Ben Saïd qui a relancé le cinéaste. Il y a d’abord eu Elle en 2016, puis Benedetta en 2021.

Pour l’heure, Paul Verhoeven a retrouvé le scénariste Edward Neumeier (Robocop, Starship Troopers) pour le thriller érotique Young Sinner.

13 avril 2022

Paul Verhoeven trouve que les derniers James Bond manquent de sexe

Benedetta sort ces jours-ci au Royaume-Uni, et comme d'habitude, son réalisateur Paul Verhoeven ne mâche pas ses mots au cours de sa promo. "Le sexe, c'est l'essence de l'existence", explique le cinéaste à The Times à propos de ce film mélangeant érotismes et réflexions religieuses. "Alors pourquoi en voit-on si peu au cinéma ?", se demande tout haut le metteur en scène de 83 ans, qui a marqué le public avec ses thrillers explicites tels que Basic Instinct, qui vient de fêter ses 30 ans. 

"Sans sexe, il n'y a plus d'espèces, pourquoi en faire un tel secret ?, poursuit-il. Il y a une nouvelle forme de puritanisme. Ces dernières décennies ont été écrasées par la pensée évangélique qui veut que la sexualité soit évoquée seulement dans un but familial : un homme et une femme s'unissent pour faire des enfants. C'est simple, elle a été retirée des films. Dans les années 1970, vous pouviez en parler. Mais maintenant, alors que plusieurs décennies sont passées, ces films sont impossibles à faire. Ce serait vraiment dur de tourner un Showgirls ou un Basic Instinct, aujourd'hui."

Evoquant plus spécifiquement le cinéma hollywoodien mainstream, il ajoute : "Ces films, ce ne sont que des cascades et des explosions. Parfois, ils sont fun, mais leur narration ne dit rien de nous en ce moment. Ni chez Marvel, ni chez Bond. Il y a toujours eu du sexe, dans les Bond ! Bon, on ne voyait pas de poitrine, ni rien, mais il était question de sexe." Excepté dans Mourir peut attendre, effectivement, le dernier opus porté par Daniel Craig et sorti à l'automne dernier au cinéma ne montrant rien d'explicite. Un épisode qui a visiblement déçu Verhoeven, qui, s'il reconnaît avoir apprécié Casino Royale avec le même acteur, précise n'avoir pas aimé No Time to Die.

05 mai 2021

Bande-annonce de Benedetta, le nouveau film de Paul Verhoeven avec Virginie Efira

Tourné il y a presque 3 ans, Benedetta, réalisé par Paul Verhoeven, va enfin trouver le chemin des cinémas hexagonaux le 9 juillet prochain !

En mai 2020, le long-métrage a été été repoussé d'un an en raison de la pandémie de Covid-19. Ce report lui a permis d'être sélectionné en Compétition officielle au Festival de Cannes 2021.

Après Elle, lauréat du César du meilleur film en 2017, le sulfureux hollandais est de retour avec une oeuvre qui s'annonce aussi provocatrice que torride. Cette fois, le cinéaste explore la foi et la sexualité au coeur d'une institution religieuse.

L'histoire nous entraîne au 15ème siècle. Alors que la peste se propage en Italie, la très jeune Benedetta Carlini rejoint le couvent de Pescia en Toscane.

Dès son plus jeune âge, Benedetta est capable de faire des miracles et sa présence au sein de sa nouvelle communauté va changer bien des choses dans la vie des soeurs.

Comme on peut le voir dans la bande-annonce dévoilée aujourd'hui, la religieuse jouée par Virginie Efira va entretenir une relation amoureuse avec une jeune femme, campée par Daphné Patakia.

Cette liaison homosexuelle, jugée blasphématoire par l'Eglise, ne va pas manquer de secouer la vie de ce paisible couvent.

Co-écrit par David Birke, scénariste de Elle, le film est inspiré d'une histoire vraie. Il est adapté de la pièce Soeur Benedetta, entre sainte et lesbienne de Judith C. Brown, relatant le destin de la mystique Benedetta Carlini, figure de la religion catholique du XVIIe siècle.

Elle était devenue très influente en Italie après avoir prétendu être reliée au Christ par un puissant lien spirituel. La Soeur a aussi témoigné de visions particulières. Elle a fini ostracisée pour son homosexualité.

Une enquête menée par le clergé a révélé que Benedetta Carlini entretenait depuis plusieurs années une relation lesbienne avec la Sœur Bartolomea. Par conséquent, elle a été tenue à l’écart de la société, confinée pendant quarante ans, pour éviter tout contact avec d’autres femmes.

Son histoire est un des des premiers cas déclaré et documenté d’homosexualité féminine en Europe occidentale.

Aux côtés de Virginie Efira et Daphné Patakia, on retrouve notamment Lambert Wilson, Charlotte Rampling, Olivier Rabourdin ou encore Clotilde Courau. Rendez-vous le 9 juillet dans les salles pour faire connaissance avec Sainte Benedetta.