Presque 14 ans après avoir débarqué sur les écrans, Prometheus reste un objet cinématographique qui ne fait toujours pas l’unanimité. Analysé, disséqué, parfois défendu avec ferveur, parfois rejeté sans ménagement, le film de Ridley Scott revient aujourd’hui sur le devant de la scène à travers le regard d’un autre géant du cinéma : James Cameron.
Pour mesurer l’ampleur du débat, il faut remonter à l’âge d’or de la saga Alien. En 1979, Ridley Scott signait Alien, le huitième passager, un chef-d’œuvre de l’horreur spatiale, devenu une référence absolue du genre. Quelques années plus tard, en 1986, James Cameron prenait le relais avec Aliens, le retour, un second volet culte, plébiscité par le public et toujours très bien noté par les spectateurs d’AlloCiné.
Ce double héritage a façonné des attentes immenses autour de tout nouveau projet lié à l’univers du xénomorphe.
Lorsque Ridley Scott décide de replonger dans cet univers en 2012 avec Prometheus, son ambition est claire : explorer les origines de la créature et élargir le mythe. Le film, qui suit une expédition humaine aux confins de l’espace, intrigue autant qu’il déstabilise. Dès sa sortie le 30 mai 2012, les discussions s’enflamment.
Rapidement, le long-métrage s’impose comme l’un des films de science-fiction les plus polarisants des années 2010. Certains saluent son audace visuelle et philosophique, d’autres pointent du doigt un scénario jugé confus ou incohérent.
Avec le recul, Ridley Scott lui-même a reconnu que le projet n’avait pas atteint le niveau d’exigence qu’il s’était fixé. Lors de la promotion de Gladiator II, le réalisateur britannique est revenu sans détour sur les faiblesses de Prometheus (via Deadline).
“Avec le grand scénariste Damon Lindelof, on s’est assis et on a tenté de reconstruire l’ère Alien. Mais on s’est endormis en cours de route.”
Il poursuit son autocritique en assumant une part de responsabilité personnelle : “Mes conseillers n’étaient pas assez vigilants aussi, sans aucun doute. Je suis en partie responsable car j’étais occupé sur d’autres films ; c’est ainsi que le projet a été laissé de côté alors qu’il n’aurait pas dû l’être. Quand on ressuscite quelque chose, il vaut mieux le faire à 100 %.”
C’est dans ce contexte que James Cameron a été interrogé lors d’un AMA (Ask Me Anything) sur Reddit. Son avis, nuancé mais franc, n’a fait qu’alimenter le débat. Le réalisateur de Titanic et Avatar a commencé par reconnaître les qualités du film : “J’ai d'abord pensé que Prometheus était un film intéressant. J’ai trouvé qu’il provoquait une certaine réflexion et qu’il était superbement monté sur le plan visuel.”
Cependant, son verdict final est plus réservé : “Mais au bout du compte, il manque de logique. Cependant, je l’ai apprécié et je suis heureux qu’il ait été réalisé. Je l’ai préféré aux deux Alien précédents.” Une remarque qui vise implicitement Alien 3 de David Fincher et Alien, la résurrection de Jean-Pierre Jeunet.
Cette prise de position n’est pas nouvelle. Dès septembre 2012, James Cameron confiait déjà ses impressions à Moviefone, soulignant à nouveau son intérêt pour le film tout en évoquant quelques réserves.
“J’ai apprécié Prometheus, je l’ai trouvé excellent. J’ai trouvé que Ridley revenait à la science-fiction avec enthousiasme, avec une belle photographie, une grande 3D. Il y a peut-être quelques petites choses que j’aurais faites différemment, mais ce n’est pas la question, on peut dire ça de n’importe quel film.”
Malgré les critiques persistantes autour de Prometheus, la franchise Alien n’a jamais cessé d’évoluer. Plus récemment, Fede Alvarez a relancé la saga avec Alien: Romulus, un retour assumé aux fondamentaux horrifiques. Sorti en 2024, le film a rencontré un solide succès commercial, engrangeant 350 millions de dollars au box-office mondial pour un budget estimé à 80 millions.
L’univers s’est depuis encore étendu avec la série Alien: Earth sortie en août 2025, validée par Sigourney Weaver en personne et déjà renouvelée pour une seconde saison. Preuve que, controverse ou non, l’héritage d’Alien continue de fasciner… et de faire parler.
