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25 février 2026

Woman And Child : découvrez le nouveau film de Saeed Roustaee

Mahnaz, infirmière de quarante ans et veuve, élève seule ses deux enfants. Alors qu’elle s’apprête à épouser son compagnon Hamid, son fils Aliyar est brusquement renvoyé de l’école. Peu après, un tragique accident vient bouleverser leur quotidien. Face à l’injustice et au silence qui l’entourent, Mahnaz se lance dans une quête de vérité et de réparation, prête à affronter les obstacles familiaux et sociaux qui se dressent sur son chemin.

Révélé avec La Loi de Téhéran (2019), lauréat du Grand Prix et du Prix de la Critique au Festival international du film policier de Reims Polar, et nommé au César du meilleur film étranger, Saeed Roustaee s’est imposé comme l’une des voix majeures du cinéma iranien contemporain. Le cinéaste a ensuite confirmé son talent avec Leïla et ses frères (2022), présenté en compétition au Festival de Cannes, où il a remporté le prix FIPRESCI. Interdit en Iran, ce film a valu au réalisateur une condamnation à six mois de prison et cinq ans d’interdiction de tournage pour « propagande contre le régime », peine depuis suspendue.

Trois ans plus tard, Saeed Roustaee revient avec Woman and Child, son cinquième long métrage, et propose une nouvelle plongée lucide au cœur de la société iranienne. Véritable tragédie moderne, le film raconte le combat intime d’une femme enfermée dans le carcan de la famille et des normes sociales. Au travers du personnage de Mahnaz, le cinéaste dresse à la fois un portrait amer des relations familiales et amicales, et une fresque sensible de la condition féminine sur plusieurs générations.

La force de Woman And Child tient avant tout à l’intensité de ses interprètes. Parinaz Izadyar, déjà remarquée dans Life and Day et La Loi de Téhéran, livre ici une prestation saisissante dans le rôle principal de Mahnaz, veuve et mère de deux enfants. Son visage, d’une expressivité rare, parvient à faire ressentir chaque émotion avec une profondeur bouleversante : la douleur de la perte, la détresse, mais aussi la détermination farouche face à l’injustice. Son jeu nuancé rend crédible et profondément humain le parcours d’une femme confrontée à de lourds dilemmes familiaux et sociaux.

À ses côtés, les acteurs incarnant sa famille renforcent cette impression de réalisme. Qu’il s’agisse des enfants, pris entre loyauté et incompréhension, ou des proches confrontés aux choix difficiles de Mahnaz, chacun apporte authenticité et densité au récit. Le réalisateur s’appuie sur eux pour proposer des échanges de regards d’une rare intensité, et certaines scènes deviennent d’autant plus fortes qu’elles sont silencieuses.

“Le film devait d’abord s’appeler Les Regards. L’une des principales manifestations de l’humanité, c’est l’échange de regards. Et c’est dans ces moments, où l’on ne parle pas, que l’on exprime quelque chose de plus intéressant. Il était donc crucial d’avoir des acteurs et des actrices dont le visage pense ; il y en a beaucoup dont le visage ne pense pas.” explique Saeed Roustaee.

Ensemble, les acteurs tissent une dynamique familiale crédible et bouleversante, transformant l’histoire en une expérience captivante où le spectateur vit chaque conflit et chaque émotion à leurs côtés.

Au cœur du récit, Mahnaz incarne à la fois la force et la fragilité d’une mère confrontée à des choix impossibles et à des drames successifs. Le long-métrage explore avec justesse la complexité des liens familiaux, faits d’amour, de loyauté, mais aussi d’incompréhensions et de tensions. Chaque décision, même intime, peut bouleverser l’équilibre d’un foyer tout entier. Les enfants, les proches et le cercle élargi participent à ce portrait réaliste, où chaque relation oscille entre protection, conflit et confrontation.

Mais la sphère familiale ne peut être dissociée de la société dans laquelle Mahnaz évolue. Entre normes collectives, mensonges, dissimulations, attentes sociales et contraintes institutionnelles, Mahnaz doit constamment composer avec un environnement qui limite sa liberté et met à l’épreuve sa résilience. Comme le souligne le réalisateur : “Je ne suis pas le seul à montrer le mensonge et la dissimulation. Ce sont les produits de la société, et ils font beaucoup de ravages en Iran.” Les choix narratifs, autant que la performance des comédiens, illustrent ainsi la manière dont les pressions extérieures influencent les choix personnels et nourrissent la tension dramatique du film.

Enfin, Woman and Child aborde avec acuité les rapports patriarcaux. Mahnaz tente de concilier son rôle de mère, ses aspirations personnelles et sa quête d’autonomie face aux jugements et aux résistances d’un entourage majoritairement masculin. Le long-métrage met ainsi en lumière les inégalités structurelles et les obstacles que les femmes doivent affronter pour s’affirmer, sans jamais verser dans le discours moralisateur. Ce sont avant tout le quotidien, le ressenti et le combat intérieur de Mahnaz qui touchent le spectateur. Et Saeed Roustaee de préciser : “Avec mon équipe, nous avons trouvé important de rendre hommage à tout ce qui se passe en Iran, mais qui n’est jamais montré.”

Pourtant, au-delà de son ancrage iranien, Saeed Roustaee raconte avant tout une histoire profondément universelle. Au travers du personnage de Mahnaz, il met en scène des épreuves que chacun peut connaître : le deuil, la trahison, la manipulation, la cruauté. Dans Woman And Child, comme dans la vie, personne n’est épargné. C’est sans doute ce qui frappe le plus le spectateur : cette absence de censure, cette représentation brute de la dureté de l’existence, où les malheurs semblent parfois s’accumuler sans répit.

Le réalisateur interroge d’ailleurs ceux qui douteraient de la véracité de l’histoire : “Ceux qui trouvent invraisemblable cette histoire, que pensaient-ils de la pendaison simultanée de onze ou douze personnes dans La Loi de Téhéran, qui là aussi venait directement du réel et qui n’avait jamais été montrée au cinéma ?”.

Au travers du parcours de Mahnaz, Woman And Child nous fait subtilement comprendre qu’aucune croyance ni aucun miracle ne peut nous épargner la souffrance, et que l’on ne peut compter que sur soi-même pour avancer. Lorsque les épreuves se succèdent, il est facile de sombrer. La seule issue réside dans une force intérieure immense : accepter le deuil, traverser la douleur et se tourner vers ceux qui restent ; ses enfants, ses proches, les générations futures.

Woman and Child dresse ainsi un portrait riche, poignant et profondément humain. Chaque émotion, chaque conflit et chaque décision résonnent avec une force universelle. Plus qu’un simple récit, le film plonge le spectateur au cœur des tourments de ses personnages, offrant un cinéma social à la fois sensible, lucide et captivant.

Poignant mais teinté d’espoir, Woman and Child s’impose comme l’un de ces films marquants qui donnent à réfléchir sur notre existence et la façon dont nous envisageons l’avenir. Une pépite à découvrir dès maintenant sur grand écran.