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26 mai 2026

L'acteur Sterling Hayden détestait son rôle dans le western Johnny Guitare

Paranoïaque général Ripper dans Docteur Folamour, braqueur malchanceux dans L'ultime razzia, toujours chez Kubrick, merveilleux Johnny Guitare chez Nicholas Ray, extraordinaire dans Quand la ville dort de John Huston, ignoble capitaine de police parfaitement corrompu dans le Parrain de Francis Ford Copppola, pilier de casting de l'extraordinaire film fleuve 1900 de Bernardo Bertolucci... Sterling Hayden a laissé une trace inimitable et indélébile dans le 7e Art. Et a, malheureusement, tiré sa révérence bien trop tôt, emporté à l'âge de 70 ans d'un cancer, en 1986.

Pourtant, Sterling Hayden n'a jamais vraiment aimé sa carrière d'acteur à Hollywood, un milieu qu'il a intégré sans formation préalable et qu'il a souvent méprisé. C'est ce qui ressort d'une extraordinaire et très rare interview de lui, menée en 1970, et cachée dans les entrailles de Youtube. L'occasion de découvrir que l'homme vit sur sa péniche amarrée en plein Paris, comme un vieux loup de mer.

S'exprimant depuis son bateau, il confie avoir privilégié sa passion pour la mer et l'écriture à la célébrité, tout en évoquant son rôle emblématique dans le film de Stanley Kubrick, Docteur Folamour. Admettant aussi que son dédain pour le cinéma masquait parfois une insatisfaction personnelle profonde.

Hayden aborde également des thèmes politiques, sa philosophie de vie et son individualisme, alors que l'échange oscille entre souvenirs de tournage et critique acerbe de la société de consommation.

"J'ai appris le français en Yougoslavie" commente Hayden. Une brève allusion à son passé durant la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle il fut un espion pour l'Office of Strategic Services (OSS). Le comédien fut notamment affecté à la livraison d'armes en Yougoslavie pour les partisans qui luttaient contre les nazis, et fut même parachuté en Croatie. Autant dire qu'il ne fut pas recruté pour des opérations de pantouflage. Il fut décoré pour ses états de service, notamment par le futur Maréchal Tito, à la tête de la Yougoslavie après la guerre.

Ce qui lui a d'ailleurs valu en 1951 une convocation devant la House Committee on Un-American Activities (HUACC), la fameuse et tristement connue Commission parlementaire sur les activités antiaméricaines, qui faisait à l'époque la chasse aux sympathisants et activistes communistes.

"je suis arrivé à Hollywood en 1940, j'en suis parti en 1958. Il faut déduire 5 années de guerre" raconte Hayden. "Avant d'être acteur, j'étais marin. Quelqu'un m'a dit "tente ta chance à Hollywood, tu y gagneras des filles et de quoi te payer un bateau ! L'idée était bonne, mais ce grand départ a été long à venir".

Plus loin : "quand Kubrick m'a appelé, je pensais déjà ne plus jouer. Il m'a parlé de Dr Folamour, je lui ai dit : "je pense que vous ne vous adressez pas à la bonne personne, les généraux ce n'est pas mon style !" Il m'a dit : "c'est pour ça que je te veux !"

Et si son western Johnny Guitare est unanimement reconnu comme un chef-d'oeuvre, à propos duquel François Truffaut, en admiration devant le film, trouvait que les cow-boys du film "meurent avec une grâce de danseuse", Hayden n'a quant à lui aucune considération pour l'oeuvre de Nicholas Ray.

"Je trouve que j'y joue mal. Ca fausse mon jugement. Je l'ai revu l'autre soir, par amitié pour un exploitant. Je sais qu'en France on aime le film. On est venu ici m'inviter à la projection, j'ai dit "d'accord". Le lendemain, je l'ai regretté. Je me suis trouvé infect dans le film !"

En d'autres termes, un échange avec un acteur de légende, aussi rare que précieux. A noter d'ailleurs que Hayden ne s'est pas contenté d'ancrer son bateau à Paris, mais a largement sillonné les cours d'eau en France. Cette itinérance vagabonde a d'ailleurs fait l'objet d'un documentaire devenu rarissime et réalisé en 1982, Pharos of Chaos, réalisé par un tandem, Manfred Blank et Wolf-Eckart Bühler. Tellement rare d'ailleurs qu'il n'est tout simplement jamais sorti chez nous, mille fois hélas...

Il est curieusement, et en grande partie, disponible sur Youtube. L'occasion d'y voir un Sterling Hayden ressemblant de plus en plus à un pendant bien réel du capitaine Achab de Moby Dick !