Affichage des articles dont le libellé est Glory. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Glory. Afficher tous les articles

20 août 2026

Glory : le comportement de Matthew Broderick a posé de gros problèmes sur le tournage

 Récompensé par trois Oscars et aujourd’hui considéré comme l’un des grands films historiques de la fin des années 1980, Glory a laissé un souvenir bien moins glorieux à celui qui l’a réalisé. Plus de trois décennies après le tournage, Edward Zwick a raconté à quel point sa collaboration avec Matthew Broderick et, surtout, les rapports avec la mère de l’acteur avaient transformé l’expérience en véritable épreuve.

Sorti en 1989 aux États-Unis puis l’année suivante en France, Glory revient sur l’histoire du 54e régiment du Massachusetts, l’une des premières unités de l’armée de l’Union constituées de soldats afro-américains pendant la guerre de Sécession. Matthew Broderick y incarne le colonel Robert Gould Shaw, aux côtés notamment de Morgan Freeman et Denzel Washington. La prestation de ce dernier lui vaudra d’ailleurs l’Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle.

Un résultat prestigieux qui ne laisse absolument pas deviner les tensions qui régnaient derrière la caméra.

Edward Zwick a raconté cet épisode dans ses mémoires, Hits, Flops, and Other Illusions: My Fortysomething Years in Hollywood. Le réalisateur du Dernier Samouraï et de Légendes d’automne y décrit notamment ses rapports particulièrement difficiles avec Patricia Broderick, la mère de Matthew Broderick.

Selon le cinéaste, celle-ci intervenait régulièrement dans le travail autour du film et ne se privait pas de contester ses décisions. Elle aurait notamment estimé que son fils n’occupait pas une place suffisamment importante dans Glory et aurait réclamé des changements après avoir assisté à une projection privée.

Des interventions que Zwick dit avoir très mal vécues. Interrogé par The Daily Beast en 2024, il n’a pas caché à quel point cette période l’avait marqué : “C’était si traumatisant pour moi”, avait-il déclaré.

Et le réalisateur s’était montré encore plus sévère lorsqu’il décrit directement Patricia Broderick :

“À partir du moment où nous nous sommes rencontrés, Patricia Broderick a été méprisante, humiliante et instable. Elle était implacable dans ses critiques et je l’ai combattue à chaque instant, faisant de mon mieux pour ignorer ses grossièretés et ses insultes.”

Mais Edward Zwick ne reproche pas seulement son comportement à la mère du comédien. Il garde également un souvenir particulièrement pénible de l’attitude de Matthew Broderick face à cette situation. Alors que Patricia Broderick s’en prenait au réalisateur, son fils aurait selon lui choisi de ne pas intervenir. Zwick se souvient ainsi d’un acteur “assis dans un silence opaque” pendant que le conflit se déroulait sous ses yeux.

Avec le recul, le cinéaste n’a d'ailleurs pas vraiment cherché à adoucir les mots employés pour raconter cette collaboration. Il la décrit comme un “théâtre de la cruauté” et présente le passage consacré au comédien dans ses mémoires comme “un récit sans fard de la merde que Broderick a faite”. Une expérience si éprouvante qu’il a également comparé le fait de travailler avec Matthew Broderick à “comme un cauchemar dont on ne se réveillerait pas”, des propos relayés par The Guardian en 2024.

Des mots particulièrement durs pour une collaboration qui a pourtant abouti à l’un des films les plus importants de la carrière des deux hommes.

Plus de trente ans ont néanmoins passé et le réalisateur porte désormais un regard plus mesuré sur ce qui s’est produit. Sans renier ce qu’il a vécu, Edward Zwick reconnaît que Matthew Broderick se trouvait alors dans une situation personnelle et professionnelle particulièrement compliquée.

L’acteur venait notamment de perdre son père et devait, à seulement 24 ans, gérer une célébrité qui avait explosé après le succès de La Folle journée de Ferris Bueller. Une situation que Zwick estime aujourd’hui difficile à appréhender lorsqu’on ne l’a pas vécue soi-même.

“Les gens ne comprennent pas ce que c’est lorsque ce genre de responsabilité est mise sur la tête d’un jeune de 24 ans. Et je ne suis pas sûr qu’ils le veuillent. Une star de cinéma est tout le temps entourée de gens qui lui murmurent à l’oreille ce qu’elle devrait faire, qui elle devrait être, et avec qui elle devrait travailler.”

Le réalisateur assure ainsi avoir laissé derrière lui la rancœur qu’il éprouvait à l’époque.

Ces révélations n’ont toutefois pas été accueillies avec beaucoup d’enthousiasme du côté de Matthew Broderick. Si l’acteur n’a pas directement répondu aux souvenirs de son ancien réalisateur, son représentant a réagi à leur publication.

Plutôt que de revenir en détail sur les événements racontés par Edward Zwick, il a surtout regretté la décision du cinéaste de remettre publiquement sur la table un conflit vieux de plusieurs décennies au moment de promouvoir ses mémoires.

“Même si les souvenirs peuvent varier à propos de ce qui s’est passé il y a toutes ces années, je trouve déroutant et triste qu’un réalisateur ayant connu une si belle carrière se plie à une telle méchanceté pour vendre quelques livres.”

Une polémique tardive qui contraste avec le destin exceptionnel de Glory. Preuve qu’un tournage particulièrement conflictuel peut parfois donner naissance, contre toute attente, à une œuvre qui traversera les décennies.

25 avril 2020

Glory a 30 ans : retour sur une scène du film qui a réveillé de vieux démons...

Il y a tout juste 30 ans, le 25 avril 1990, sortait sur nos écrans le superbe film d'Edward Zwick, Glory. Se déroulant durant la Guerre de Sécession, en 1863, le film évoquait l'histoire de Robert Gould Shaw, promu colonel du premier régiment de soldats noirs, engagés volontaires dans une guerre qu'ils croyaient être la leur, en ces temps de lutte pour l'abolition de l'esclavage. Assignés à des tâches subalternes, méprisés par leurs officiers, ces soldats se révoltèrent, Shaw à leur tête, pour partir au feu.

Si l'oeuvre de Zwick n'a malheureusement pas tutoyé les sommets du Box Office en France, en n'attirant qu'un peu plus de 162.000 spectateurs, il ne fut pas non plus un triomphe au Box Office mondial, n'ayant rapporté qu'un peu plus de 26 millions $. Une cruelle injustice pour une oeuvre puissante. Somptueusement photographié par le vétéran et immense directeur de la photographie Freddie Francis, récompensé à juste titre par un Oscar pour son travail, le film est en outre porté par une magnifique brochette de comédiens : Matthew Broderick dans le rôle-titre, Cary Elwes, Morgan Freeman, et Denzel Washington. Sous les traits du soldat rebel Trip, ce dernier livre d'ailleurs ici une composition mémorable, saluée par l'Oscar du Meilleur second rôle.

Dans un mélange de honte et de culpabilité, à l’ombre des Pères Fondateurs de l’Indépendance et de la Constitution Américaine dont douze d’entre eux faisaient travailler des esclaves dans leurs plantations, les Etats-Unis ont encore bien du mal à évoquer le sujet de l’esclavage. Même s’il ne faut pas occulter le fait que de nombreux artistes ont préféré privilégier l'histoire de la Ségrégation et des Droits Civiques, traitée à de nombreuses reprises au cinéma comme Mississippi Burning ou Malcolm X. Pourquoi ? Parce que la fin de l’esclavage n'a pas pour autant abouti à une égalité réelle, et qu'il a fallu attendre le début des années soixante (du XXe siècle) pour que cette égalité émerge, avec en point d’orgue la grande Marche vers Washington pour le travail et la liberté emmenée par Martin Luther King en 1963, et la signature du Civil Rights Act en 1964.

Machine à fabriquer des mythes et souvent prompt à bâtir de toute pièce un passé idéalisé, Hollywood est (était ?) capable de produire des œuvres suffisamment fortes autour du sujet, même si elles restent le plus souvent prudentes et académiques. Dans Glory, qui relate l’histoire du 54e régiment noir d’infanterie durant la Guerre de Sécession, ce passé est ainsi brutalement revenu à la gorge de l’équipe du film lors du tournage, dans l'Etat de Géorgie.

C'est lors du tournage de la fameuse séquence où Denzel Washington subit la terrible humiliation d'être fouetté devant tout le régiment que le passé a refait surface. Une scène très tendue à tourner. "Les experts nous ont dit qu'en entrant dans ces camps, on voyait parfois des gars attachés à des roues. C'était leur punition. On vous attachait, on vous fouettait, et on vous laissait là. Rien à voir avec la couleur, c'était une punition militaire" expliquait Morgan Freeman.

"Le fait de fouetter un homme en Géorgie, où tant d'autres avaient été fouettés auparavant, ça réveillait des démons" expliquait quant à lui Edward Zwick; "je ne savais pas vraiment ce que ça allait donner. J'ai cherché avec l'accessoiriste un moyen de faire la scène. Il avait une lanière de cuir sur laquelle il a mis de la couleur pour que ça ressemble à du sang. Il a dit : "ça piquera un peu, mais ça ne fera pas mal". Et Denzel, qui un jour pareil est prêt à tout et rentre à fond dans la peau du personnage, ne voulait pas en parler. Je sentais un truc que Denzel n'avait pas envie d'explorer, et c'était l'humiliation la plus profonde, le vol de sa dignité. J'ai dit à l'opérateur de mettre une bobine de 300 m sur la caméra, et j'ai dit au chef opérateur de ne pas s'arrêter, j'ai laissé tourner, jusqu'à ce que Denzel y arrive. Ce qu'il a découvert, c'est la perte de contrôle. Et ce qui s'ensuit est l'un des moments les plus forts que j'ai vu au cinéma".