Cinéaste vénéré par les cinpéhiles mais totalement méconnu du grand public, Nicolas Roeg, décédé en 2018 à l'âge de 90 ans, fut l’un des cinéastes britanniques les plus influents de son époque. Ancien directeur de la photographie sur des films comme Fahrenheit 451 et Loin de la foule déchaînée, il apporta à la réalisation un sens du cadre et de la couleur exceptionnel dès son passage derrière la caméra.
Avec Performance (1970), La Randonnée (1971), Ne vous retournez pas (1973) et L'homme qui venait d'ailleurs (1976), il signait une série de films fascinants et visionnaires. Sa marque de fabrique : un montage fragmenté, où les scènes ne suivent pas l’ordre chronologique, obligeant le spectateur à reconstituer lui-même le récit — une approche du temps et de la mémoire qui a redéfini la grammaire du cinéma contemporain, au point de rivaliser avec l’héritage d’Orson Welles ou de Stanley Kubrick.
Son goût du risque s’étendit aussi au casting : il révèla des musiciens comme acteurs, notamment Mick Jagger et David Bowie, brouillant les frontières entre cinéma et culture pop. Bien que ses films n’aient que rarement séduit le grand public, ils ont souvent été salués par la critique et sont devenus des classiques culte. Son influence, elle, reste immense : Christopher Nolan, Paul Thomas Anderson, Steven Soderbergh ou Danny Boyle ont tous reconnu leur dette envers lui.
Si La Randonnée et Ne vous retournez pas sont ses films les plus connus (et deux chefs-d'oeuvre, soit dit en passant), Eurêka, sorti en 1984 chez nous (et 1983 aux Etats-Unis), n'a malheureusement pas cette chance, tant l'oeuvre reste totalement méconnue et confidentielle. Elle mérite pourtant une sérieuse découverte.
