Des commentaires de ce type, il y en a des tonnes sur X et Instagram. Ils visent tous l’actrice Lana Condor, vue dans X-Men : Apocalypse et A tous les garçons que j’ai aimés. Le 7 avril, l’Américaine est apparue sur le tapis rouge des Fashion Trust U.S. Awards dans une robe au décolleté plongeant, laissant deviner sa poitrine (naturelle). Une tenue qui a « choqué » certains internautes, critiquant ses « seins flasques » qu’ils auraient préféré voir - a minima - dans un push-up.
Le « body positivisme », tout comme les campagnes dédiées à l’estime de soi, notamment à destination des adolescent(e)s, semblent loin. Ils n’ont en tout cas pas encore atteint leur but. En 2026, exhiber, commenter et critiquer la poitrine d’une femme semble banal pour certains internautes. Pas tous, bien sûr, mais assez pour voir défiler un flot de publications sexistes, montrant l’impact des filtres, photos retouchées - et plus globalement des standards de beauté - sur les mentalités.
Cette salve de commentaires acerbes aurait pu passer inaperçue si une journaliste australienne, Natalie Reilly, n’avait pas décidé d’en faire une tribune. Publié dans le média Mamamia, et intitulé « Je crois qu’on a tous oublié à quoi ressemblent de vrais seins », ce billet rappelle que le corps des femmes ne devrait (toujours) pas faire débat.
« Ce genre de commentaires est préjudiciable, non seulement pour la célébrité, qui est une personne à part entière, mais aussi pour les millions de femmes qui ont un corps tout à fait normal et magnifique, et à qui on fait croire qu’elles sont en quelque sorte obscènes. »
Natalie Reilly
La journaliste met en parallèle les commentaires destinés à Lana Condor et ceux attribués à la tenue d’Olivia Wilde, qui portait un soutien-gorge en guise de top. Des critiques pour la première, des émojis flammes pour la seconde. « Le message est clair : si vous êtes mince, vous avez le droit de montrer votre corps ? », interroge Natalie Reilly. Cette dernière évoque également Sydney Sweeney, à laquelle Lana Condor est comparée sur les réseaux sociaux (oui, en raison de la taille similaire de leur poitrine).
« Mais personne ne réclame le licenciement de son styliste parce que… Parce que ses seins sont parfaitement ronds et bien fermes. Ce qui est une bonne chose pour Sydney, mais ce n’est pas l’anatomie de la femme moyenne. »
Célébrité ou pas, Lana Condor est « une personne à part entière », comme l’a souligné Natalie Reilly sans sa tribune. Ces commentaires déplacés ne sont pas sans conséquences. « Ça s’apparente à du harcèlement en ligne, qui peut provoquer un traumatisme chez la personne directement concernée », explique Aurore Malet-Karas, docteure en neurosciences et sexologue. Cela peut entraîner « des troubles du sommeil, des symptômes dépressifs, des comportements à risque ou des troubles du comportement alimentaire ». Des conséquences d’autant plus importantes que l’actrice n’a pas été épargnée par le passé. « Je sais ce que c’est que de souffrir d’un trouble alimentaire et de dysmorphie corporelle », a-t-elle confié à Elle Canada en 2019.
C’est loin d’être la première fois que les internautes critiquent le corps d’une femme. La créatrice de contenus Justine Accessible en a récemment fait les frais. Lauren Fryer, la compagne du footballeur Declan Rice, également, au point d’avoir supprimé ses publications sur Instagram. Lena Situations, aussi, en plein Festival de Cannes, en 2023. Des cas qui se comptent par dizaines, en ne listant que les célébrités.
« Avec les filtres et l’accès très démocratisé aux interventions esthétiques, on ne sait plus ce que sont un corps et un visage non retouchés, avec des boutons ou de la cellulite, alors que c’est normal. »
Aurore Malet-Karas, docteure en neurosciences et sexologue.
Ce qui est problématique, pour les personnes visées, mais aussi pour celles qui en sont témoins. « Toutes les femmes peuvent se sentir attaquées, en particulier les jeunes filles qui voient leur corps se développer », ajoute Aurore Malet-Karas. « Chez les nouvelles générations, on commence à voir une augmentation de la consommation de médecine esthétique, mais aussi de la dysmorphophobie (qui se traduit par le fait de ne pas voir son corps tel qu’il est et de se focaliser sur un défaut imaginaire ou exagéré). Ce qui peut engendrer des problèmes de santé mentale plus tard », regrette la spécialiste.
