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19 mai 2020

Dérapages : Eric Cantona a failli ne pas jouer dans la série

Dérapages et son héros désespéré incarné par Eric Cantona n'en finissent plus de passionner les Français. Après un très beau succès lors de sa diffusion sur Arte fin avril, avec 2,08 millions de téléspectateurs en moyenne réunis devant les trois premiers épisodes et un record d'audience pour la case séries du jeudi de la chaîne depuis sa création en 2012, la série adaptée du roman Cadres noirs de Pierre Lemaitre est disponible sur Netflix depuis le vendredi 15 mai. Et le succès semble une fois de plus au rendez-vous puisque Dérapages figure depuis plusieurs jours tout en haut des tendances et est aujourd'hui encore le deuxième programme le plus regardé sur la plateforme si l'on se fie au top 10 dévoilé quotidiennement par le géant du streaming.

Pourtant, ce polar social, centré sur un homme au chômage qui a tout perdu et qui décide de se retourner contre le système qui l'a détruit lors de l'épreuve finale un peu particulière d'un entretien pour un poste de DRH au sein d'une multinationale, aurait pu être très différent. Et, qui sait, ne pas susciter le même engouement. Car comme l'a révélé le réalisateur Ziad Doueiri (Baron noir) à Première, le choix d'Eric Cantona pour incarner Alain Delambre, l'antihéros au coeur de Dérapages, n'a pas emballé Pierre Lemaitre, l'auteur qui a lui-même adapté en série son roman, ni même Arte qui s'est tout d'abord montrée réticente. "Au départ, il y avait des réticences de la part de la chaîne, vous savez", explique Ziad Doueiri qui confie avoir quant à lui immédiatement su que Cantona était son Alain Delambre en voyant une photo de lui. "Parce qu’il ne remplit pas la case « acteur Arte ». Ils ont donc demandé à être rassuré et nous avons fait des essais avec lui et ils ont étés conquis. Pierre Lemaitre, par contre, était vraiment opposé".

Si la collaboration entre Ziad Doueiri et Pierre Lemaitre s'était très bien passée lors de l'écriture et de la conception de Dérapages, c'est donc au moment du casting que les choses ont pris un tournant délicat qui aurait très bien pu coûter le rôle principal de la série à Eric Cantona. "Pour [Pierre Lemaitre], Alain Delambre ne pouvait avoir le charisme que dégage Cantona", poursuit le réalisateur au micro de Première. "Selon lui, le personnage est un homme faible. Il m’a dit : "Un homme en prison, comme Cantona, ce n’est pas lui qui prend les coups, c’est lui qui les donne". Nous avons eu des semaines de discussion avec Pierre. On lui expliquait qu’en prison, même une montagne de muscles pouvait être fragilisé par un nain. La force, surtout en prison, c’est un état d’esprit. Il ne voulait rien savoir. Et à un moment, nous sommes devenus incompatibles".

Face à la conviction de Ziad Doueiri d'avoir trouvé le comédien parfait pour le rôle, Arte a soutenu le choix de Cantona et c'est finalement Pierre Lemaitre qui a préféré quitter le navire et laisser l'adaptation de son roman Cadres noirs se tourner sans lui : "J’ai dû dire à Arte et aux producteurs que je ne ferais pas la série sans Cantona et Pierre n’a donc plus voulu être impliqué dans le projet. Très poliment et très diplomatiquement, je dois le dire, il s’est retiré. Et c’est l’une des raisons pour laquelle il n’y aura malheureusement pas de saison 2". Finalement, Eric Cantona a pu livrer une prestation impressionnante face à Suzanne Clément et Alex Lutz, mais le désaccord qui a opposé Pierre Lemaitre à la chaîne et au réalisateur de la série semble donc compromettre les chances de voir une saison 2 arriver un jour à l'antenne.

30 avril 2020

Dérapages (Arte) : l'histoire vraie de fausse prise d'otage qui a inspiré la série

Dans Dérapages, mini-série en 6 épisodes diffusée sur Arte, Alain Delambre (Eric Cantona) est un homme que le chômage a détruit. Contre toute attente, sa candidature est retenue pour un poste de DRH. Alain veut y croire à tout prix, quitte à mettre sa famille en danger. Quand il comprend qu’il n’est qu’un faire-valoir pour conforter une candidature déjà retenue, il profite de l’épreuve finale pour dynamiter le système. Alain n’a alors plus rien à perdre... A l'origine adaptée du roman de Pierre Lemaître Cadres noirs, elle est inspirée, aussi étonnant que cela puisse paraître, d'une affaire de fausse prise d'otage qui a vraiment eu lieu en 2005 et qui sert donc ici d'"épreuve finale" pour tester la résistance au stress des collaborateurs.

Les faits se sont déroulés le 25 octobre 2005 au château de Romainville à Ecquevilly dans les Yvelines et sont racontés dans une enquête détaillée de Médiapart. À l’initiative du directeur général de la régie publicitaire de France Télévisions de l'époque, une douzaine de personnes qui constitue le comité de direction est réunie pour un séminaire. C'est alors qu'un commando de 9 personnes cagoulées, lourdement armées, fait irruption dans la salle de réunion et prend en otage les cadres apeurés. Ce sont en réalité des agents du GIGN venus arrondir leur fin de mois. 

Pendant plus d'une heure, les salariés sont ainsi sequestrés, menottés, cagoulés, malmenés, tandis que l'un des preneurs d'otage leur annonce qu'ils exigent qu'on leur remette la somme d'un million d'euros ainsi que la diffusion d'une vidéo lors du journal de 20h de France 2 du soir-même. La pression monte et la directrice commerciale présente, en état de choc, doit être évacuée. On finit par leur révéler que ce qu'ils viennent de vivre n'était en réalité qu'une mise en scène pour tester leur résistance, laquelle a été imaginée par leur directeur général, Philippe Santini.

Ce qui a été vécu comme un "véritable acte terroriste" par les victimes laisse évidemment des traces au sein de l'entreprise, conduisant à des départs, volontaires ou non, de plusieurs collaborateurs et à des dégâts psychologiques importants. Il faut attendre un mois avant que Le Canard Enchaîné ne révèle l'affaire au grand public, une affaire qui ne fera finalement que peu de bruit puisque passée sous silence par les grands médias.

En 2009, la plainte au pénal d'un collaborateur licencié aboutit à la condamnation de Philippe Santini, ainsi que celle du chef du faux commando, pour “complicité de violences volontaires aggravées, avec préméditation et usage ou menace d’une arme et séquestration”. Il ne quittera toutefois ses fonctions chez France Télévisions que trois ans plus tard...

Ce type de méthodes de recrutement et de management semble heureusement rester rarissime et on ne recense pas d'autres cas similaires en France, ni avant ni après cette affaire.