Après la sortie de Marnie qui fut un gros échec critique et commercial, Alfred Hitchcock dut se résoudre à tourner en 1966 un nouveau film d'espionnage, Le Rideau déchiré, emmené par le tandem Paul Newman et Julie Andrews. Nouvel échec. Il fallait un nouveau succès pour le maître. Et vite.
Après avoir tenté de mettre sur pied un thriller d’un type nouveau, connu sous le nom de Kaléidoscope, qui devait comporter des scènes sexuellement très explicites, tourné avec des comédiens inconnus pour un petit budget dans des décors naturels, et dont la technique (pellicules rapides, caméra portée) s’inspirait des films européens, Hitchcock parviendra finalement à signer en 1972 son 52e et avant-dernier film : Frenzy.
Cette recherche de nouvelles têtes d'affiches pour ses oeuvres en devenir aurait pu s'incarner avec l'actrice britannique Helen Mirren. Débutant sa carrière au sein de la fameuse Royal Shakespeare Company, elle avait fait ses premiers pas au cinéma en 1966 dans une comédie signée Robert Asher, Press For Time. La beauté lumineuse de l'actrice aurait pu faire merveille chez le cinéaste.
Leurs chemins se sont justement croisés, à la faveur de la pré production du film Frenzy justement. Adaptation d'une nouvelle d'Arthur La Bern intitulée Goodbye Piccadilly, Farewell Leicester Square, Frenzy évoque l'histoire d'un tueur en série qui viole et assassine des femmes. Le film est resté fameux pour être le seul du cinéaste à avoir reçu une classification X délivré par la BBFC (l'organisme de classification des films en Grande-Bretagne).
La raison ? Précisément la scène du viol et du meurtre par étranglement au début du film, qui révèle la poitrine de l'actrice Barbara Leigh-Hunt. Helen Mirren passa une audition pour le rôle d'une des victimes. Mais elle ne fut pas particulièrement intéressée par le rôle d'une serveuse avenante se faisant violer et étrangler, après avoir eu un rapport sexuel avec le principal suspect. Et, finalement, travailler avec Hitchcock...
"Il n'était tout simplement pas mon genre de réalisateur" racontera-t-elle au journal Daily Express (via Business Standard). "J'étais plus portée sur des cinéastes comme Federico Fellini, Pier Paolo Pasolini, Roberto Rossellini".
Elle poursuit : "Je ne l'aimais pas beaucoup, et je sais qu'il ne m'aimait pas beaucoup non plus". Ajoutant : "Il a jeté vers moi un coup d'œil et s'est exclamé : "Oh, mon Dieu. Elle va être un cauchemar !" Et la comédienne d'envoyer une dernière salve contre le maître : "De toute façon, les rôles proposés par Hitchcock étaient horribles". Le rôle pour lequel elle auditionna fut finalement attribué à Anna Massey.
Non sans une certaine ironie, Helen Mirren a retrouvé Alfred Hitchcock quarante ans plus tard, en quelque sorte. Elle incarnait sa femme, Alma Reville, dans le film Hitchcock.



