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18 avril 2024

Les Studios Ghibli vont recevoir la Palme d’or d’honneur à Cannes

Depuis sa création en 1985, les studios Ghibli ont réalisé plus d’une vingtaine de films – tous devenus des classiques d’animation. De Nausicaä de la Vallée du Vent à Porco Rosso, en passant par Le Château dans le ciel et et Mon Voisin Totoro, les films de Hayao Miyazaki et d’Isao Takahata – décédé en 2018 – sont emblématiques et rassemblent les générations.

Le dernier en date, Le Garçon et le Héron, sorti fin 2023 a battu tous les records. En France, notamment, il a enregistré un million et demi d'entrées. Le film remporte également le Golden Globes ainsi que l’Oscar du meilleur film d’animation. Une deuxième statuette pour les studios Ghibli qui était déjà reparti vainqueur en 2003 pour Le Voyage de Chihiro.

Comme la conclusion de quarante ans de passion et de loyaux services rendus au septième art, le Festival de Cannes a annoncé que pour la première fois de son histoire, la Palme d’Or d’honneur récompenserait non pas un individu, mais une institution : les studios Ghibli.

Dans son communiqué de presse, le festival a souligné son intérêt constant depuis sa création pour l’animation en projetant notamment des long-métrages Disney et a rappelé sa collaboration avec les studios japonais en 2016 pour La Tortue Rouge projeté dans la sélection Un Certain Regard.

"Venu se placer aux côtés des grands d’Hollywood, incarné par deux merveilleux conteurs, Hayao Miyazaki et Isao Takahata, et une multitude de personnages cultes, le studio japonais fait souffler un vent sur le cinéma d’animation depuis quatre décennies."

De son côté, Toshio Suzuki, le co-fondateur des studios Ghibli a tenu à remercier le festival :

"Je suis vraiment honoré et heureux que le studio reçoive la Palme d’or d’honneur. […] Nous avons fait du chemin pour que le Studio Ghibli devienne aussi important. Bien que Miyazaki et moi ayons pris de l’âge, je suis certains que le Studio Ghibli continuera à relever de nouveaux défis, sous la houlette d’équipes qui perpétueront l’esprit de l’entreprise."

Véritables odes à la vie et à la nature, les films de Miyazaki transportent le public dans un univers semi réel semi imaginaire aux couleurs aquarelles, accompagné d’une musique que tous fredonnent. Poétique, la légèreté du dessin ne fait que renforcer les messages essentiels véhiculés notamment autour de l’environnement. Ainsi, dans Ponyo sur la falaise, on peut y voir une critique de la pollution marine dans un décors pourtant sublimé. Dans la Princesse Mononoké, c’est l’équilibre entre l’Homme et la Nature qui est évoqué.

Inspirés et surtout inspirants, les Studios Ghibli ont suscité l’admiration de nombreux artistes. Au cinéma, le réalisateur d’Elementaire, Peter Sohn parle de son admiration pour Miyazaki.

Etrange coïncidence, le jour même de l’annonce de la Palme d’or d’honneur, le magazine américain TIME a fait de Miyazaki l’une des cent personnalités les plus influentes de 2024. En son honneur, le réalisateur Guillermo Del Toro (Le Labyrinthe de Pan, La Forme de l’eau) a écrit un article dans lequel il évoque ses souvenirs d’enfance mêlés aux films des studios Ghibli et explique son émerveillement :

"Le travail de Miyazaki provoque cette émotion rare – le frisson lorsqu’on reconnaît un genre de beauté impossible à imaginer dans le monde réel et qui n’existe donc que dans ses films. Pourtant, il est aussi un implacable réaliste en ce qui concerne l’avidité, la guerre et la rage humaine. Il sait que nous façonnons et détruisons notre planète et que les humains sont aussi bien ce qu’il y a de meilleur et de pire dans notre monde."

Cette année, pour la 77ème édition du festival cannois, les Studios Ghibli recevront la Palme d’or d’honneur aux côtés de George Lucas (Star Wars, Indiana Jones) pour l’ensemble de sa carrière. Ces prix seront remis à la clôture du festival, qui se tiendra du 14 au 25 mai. La sélection officielle est par ailleurs déjà annoncée.

17 juin 2022

Ghibli : l'anecdote folle qui a fait basculer la carrière de Mamoru Hosoda

Considéré comme le digne successeur du maestro Hayao Miyazaki, Mamoru Hosoda est sûrement le nouveau maître du cinéma d’animation japonais avec Makoto Shinkai.

Cofondateur du Studio Chizu, l'un des plus importants du Japon, titulaire de nombreuses récompenses à travers le monde, ce scénariste, animateur et réalisateur d’exception se dévoile comme jamais dans "Tout l'art de Mamoru Hosoda", ouvrage paru le 17 juin.

Comprenant des interviews exclusives, des centaines d’images inédites (croquis préparatoires, storyboards, peintures d'arrière-plan, etc.), cet artbook raconte toute la création d’un univers réaliste et sensible cher à l'artiste.

La Traversée du Temps (2006), Summer Wars (2009), Les Enfants Loups (2012), Le Garçon et la Bête (2015), Mirai, ma petite soeur (2008) et Belle (2021), et de nombreux autres oeuvres sont à découvrir grâce à ce véritable voyage dans l'esprit de l'homme qui animait la vie.

Charles Solomon est un célèbre critique d'animation et historien. Chez Huginn&Muninn, il est également l'auteur de La Belle et la Bête, l'histoire éternelle d'un chef-d’oeuvre, Les princesses Disney, histoires et destinées des plus grandes héroïnes et de Dans les coulisses de Disney : La Reine des Neiges.

  • Une iconographie exceptionnelle, qui plonge le lecteur dans les coulisses de la création de chacun des 8 films du réalisateur
  • Mamoru Osoda possède un palmarès de récompenses impressionnant : Miraï, ma petite soeur a été nommé à l'Oscar du meilleur film d'animation 2019 ; cinq de ses films ont été couronnés par le Japan Academy Prize du meilleur film d'animation ; Les Enfants loups a reçu le Prix Mainichi du meilleur film d'animation...
  • Une préface de Don Hahn, réalisateur, producteur et scénariste chez Disney


Dans le livre, l'auteur nous livre une anecdote savoureuse, qui a fait basculer la carrière de Mamoru Hosoda !

Au début des années 2000, le talent de l'artiste résonne jusqu'aux bureaux du studio Ghibli et un certain Hayao Miyazaki.

La célèbre firme japonaise d'animation propose alors au cinéaste de réaliser son premier gros film de studio : Le Château ambulant !

Mamoru Hosoda se met alors au travail. Malheureusement, des divergences artistiques entre le metteur en scène et les fondateurs de Ghibli, Hayao Miyazaki et Isao Takahata, se font rapidement sentir.

Hosoda reproche aux deux légendes de l'animation japonaise de brider son imagination et sa sensibilité. Très vite, le cinéaste comprend qu'il ne pourra pas s'exprimer comme il le souhaite au sein de Ghibli.

La mort dans l'âme, le japonais décide de claquer la porte du studio et de laisser Le Château ambulant à Miyazaki.

24 avril 2020

Le Chateau ambulant sur Netflix : un voyage plein de magie signé Miyazaki et Ghibli

La jeune Sophie, âgée de 18 ans, travaille sans relâche dans la boutique de chapelier que tenait son père avant de mourir. Lors de l'une de ses rares sorties en ville, elle fait la connaissance de Hauru le Magicien. Celui-ci est extrêmement séduisant, mais n'a pas beaucoup de caractère... Se méprenant sur leur relation, une sorcière jette un épouvantable sort sur Sophie et la transforme en vieille femme de 90 ans. Accablée, Sophie s'enfuit et erre dans les terres désolées. Par hasard, elle pénètre dans le Château Ambulant de Hauru et, cachant sa véritable identité, s'y fait engager comme femme de ménage. Cette "vieille dame" aussi mystérieuse que dynamique va bientôt redonner une nouvelle vie à l'ancienne demeure. Plus énergique que jamais, Sophie accomplit des miracles. Quel fabuleux destin l'attend ? Et si son histoire avec Hauru n'en était qu'à son véritable commencement ?

Au début du XXIe siècle, Ghibli et Hayao Miyazaki sont au sommet de leur art : lauréat du prestigieux Ours d'Or au Festival de Berlin en 2002, puis de l'Oscar du Meilleur Film d'Animation l'année suivante, Le Voyage de Chihiro attire 1 436 845 spectateurs en France (deuxième meilleur score de l'Histoire du studio juste derrière Ponyo) et devient, avec 275 millions de dollars cumulés entre 2001 et 2004, le plus gros succès animé japonais dans le monde, titre que lui ravira Your Name en 2018. Un palmarès vertigineux qui témoigne d'un changement de statut hors du Japon et accroît l'attente autour du prochain opus du réalisateur. Lequel, contrairement à ce que peuvent laisser penser les dates de sortie dans l'Hexagone, n'est pas Le Château dans le ciel, produit en 1986 et inédit dans les salles hexagonales jusqu'en 2003. Mais nous n'en sommes pas vraiment loin au niveau du titre.

Car à cette sortie succède, le 12 janvier 2005 en France, celle du Château ambulant, qui ne met pas longtemps à nous rassurer sur un point : l'imagination d'Hayao Miyazaki est intacte et paraît même plus riche que jamais, tant le long métrage fourmille de trouvailles avec un rythme plus soutenu que dans d'autres films, plus lents. Malgré une durée (1h59) qui peut nécessiter une visionnage en deux parties pour les plus jeunes, celui-ci reste l'un des plus accessibles pour le grand public. Et il constitue une belle porte d'entrée sur l'œuvre du studio et de son réalisateur iconique, que vous aurez sans aucun doute envie d'explorer davantage après avoir vibré aux côtés de Sophie et Hauru, le temps d'un récit qui rappelle autant Le Magicien d'Oz (avec son épouvantail, sa sorcière, son illusionniste, son histoire de cœur, son voyage…) qu'il s'avère être du pur Ghibli, alors qu'il s'agit de l'adaptation d'un roman de la britannique Diana Wynne Jones paru en 1986.

L'heroic fantasy s'y marie toujours avec le steampunk et le fond de l'histoire est pacifiste, comme si Miyazaki voulait répondre aux guerres alors menées par les États-Unis contre l'Afghanistan et l'Irak. De la même manière que chez Chihiro, il est question d'un voyage, physique et psychologique, peuplé de créatures inquiétantes et aux formes parfois grotesques. Mais il y a davantage de folie et, non content d'être très drôle grâce au démon enflammé Calcifer et à l'épouvantail à tête de navet, Le Chateau ambulant se révèle être à l'image de la bâtisse d'Hauru qui donne son titre au long métrage et apparaît dès la première image : l'ensemble peut paraître surchargé, déséquilibré et fouillis, mais il n'en est rien malgré un récit qu'un twist vient complexifier dans le dernier acte. Le cinéaste, que l'on a connu plus pessimiste, paraît ici libéré et en pleine possession de ses moyens avec ce projet qu'il a mûri pendant de nombreuses années.

C'est peut-être grâce ce long temps nécessaire à sa gestation que Le Chateau ambulant paraît aussi abouti, jamais écrasé par une richesse visuelle, narrative et thématique qui peut demander plusieurs visionnages pour en saisir la totalité. Ou nous parler différemment au gré de l'évolution de notre sensibilité. Déconseillé aux moins de 10 ans, le long métrage est un feu d'artifice qui peut émerveiller enfants, adolescents et adultes, à des degrés divers. Quinze ans après sa sortie, il n'a rien perdu de sa puissance ni de sa magie, et Calcifer reste l'un des personnages les plus réussis d'un studio qui n'en manque pas, de Totoro à Ponyo en passant par le chat de Kiki la petite sorcière. S'il ne fait que trop rarement partie des opus les plus cités du studio aux côtés du Voyage de Chihiro, de Princesse Mononoké ou du Tombeau des lucioles, il s'agit pourtant de l'un de ses joyaux. Une machine merveilleuse mûe par le cœur de son créateur, sur l'écran comme en-dehors, et qui ne semble pas prête de rouiller ni de voir son éclat se ternir.

Le Chateau ambulant est visible sur Netflix