Tête d'affiche de The Rip aux côtés de Ben Affleck, devant la caméra de Joe Carnahan pour le compte de Netflix, Matt Damon s'est laissé aller à quelques confidences au micro du podcast de la plateforme, Skip Intro. Notamment celle-ci : il est tout à fait désireux de retrouver le personnage qui a donné un gros coup de boost à sa carrière, Jason Bourne. Mais il y a un hic...
D’abord pensé comme un film unique, le succès de La mémoire dans la peau, sorti en 2002, a finalement impulsé la naissance d'une trilogie, sous les auspices du chevronné Paul Greengrass. Mais aussi un spin off, Jason Bourne : L'héritage, une série préquelle déjà largement oubliée (Treadstone, en 2019). Et même la reprise pour Matt Damon de son rôle en 2016 dans Jason Bourne, pour lequel il retrouvait encore Greengrass à la réalisation. Une franchise en tout cas devenue une martingale, que Universal a gardé dans son giron en 2025 au terme d'une féroce bataille d'enchères pour conserver la licence.
Le principal problème de la saga des films, selon Matt Damon, c'est le fait que Bourne retrouve la mémoire à chaque fois... "On a toujours fait ces films comme des œuvres uniques. À la base, ce n’était pas pensé comme une trilogie. Dans notre tête, on se disait : "On va déjà réussir celui-là, et ensuite on verra pour le suivant".
Le scénariste Tony Gilroy partait des livres, puis s’en éloignait complètement. Il faisait son propre truc, c’est ça qui était génial. Mais on ne s’est pas vraiment préparés à durer très longtemps, ça n’a jamais été pensé comme un James Bond, un truc éternel où tu peux changer d’acteur, voire de personnage.
J’espère qu’on en refera un. Mais c’est compliqué avec ce concept qu‘est l’amnésie, puisque sur les trois premiers films, en gros, je retrouve la mémoire trois fois ! Chaque film, je dis : “Ça y est, je me souviens de tout”, et au suivant : “Ah non, il y avait encore ça que j’avais oublié. Mais maintenant, c’est bon”. On commençait à arriver au bout du chemin".
Pour aller un peu plus loin dans le propos, Jason Bourne souffre en fait d'amnésie dissociative. De manière intéressante, un psychiatre, le Dr Reef Karim, chercheur à l'Université de UCLA en Californie, fut sollicité pour s'exprimer sur le cas du personnage, dans les suppléments DVD du film.
"Jason Bourne présente tous les symptômes d'un état de dissociation amnésique. Si vous demandez à un psychanalyste ce qu'est une amnésie dissociative, il vous répondra qu'inconsciemment, le patient souffre d'un conflit, qu'il est sous l'emprise d'une forte impulsion. Jason est obsédé par son boulot : tuer quelqu'un. Mais inconsciemment, il sent qu'il ne devrait peut-être par faire cela, que ce n'est pas bien. Dans ce cas, quand on change de comportement, il arrive qu'on oublie ce qui nous a tant traumatisé" explique le scientifique.
Qui ajoute : "S'il s'agit d'amnésie dissociative, on ne se rappelle plus qui on est. C'est quasiment un procédé de défense. Un besoin de se séparer de soi-même, pour qu'il lui soit plus facile de se regarder en face. Dans le film, il s'agit d'une amnésie dissociative sélective. Ils lui font oublier qui il est, mais lui ont laissé une mémoire kinésthésique".
Lorsqu'une personne a une mémoire kinesthésique, les gestes d'un individu doivent primer dans son apprentissage pour stimuler sa concentration. Son corps retient les informations, car en quelque sorte, un kinesthésique se souvient de ce qu'il fait. Pour travailler sa mémoire, le kinesthésique doit effectuer des mouvements.
Et c'est peu dire que, dans ce registre, les gestes transformant Jason Bourne en machine à tuer lui reviennent bien rapidement dans les épreuves qu'il traverse, comme un automatisme...




