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28 mai 2020

Mrs. America : pourquoi l'activiste féministe Gloria Steinem n'aime pas la série

Inspirée de faits réels, Mrs. America, diffusée sur Canal+, retrace le combat de Phyllis Schlafly (Cate Blanchett), une militante conservatrice américaine devenue une figure du mouvement antiféministe dans les années 1970 contre la ratification de l’Equal Rights Amendment. Cet amendement, qui visait à reconnaître et inscrire l’égalité des droits entre les sexes dans la Constitution des États-Unis, a soulevé de nombreux débats à l’époque. La série de Dahvi Waller, scénariste de Mad Men, s’attache à raconter le soulèvement politique de Phyllis Schlafly, avec l’appui d’images d’archives, tout en dressant les portraits de femmes, féministes ou conservatrices, qui ont marqué ce débat socio-politique. Parmi elles, on retrouve la célèbre journaliste et activiste Gloria Steinem, campée par Rose Byrne.

Si l’on en croit The Guardian, Gloria Steinem n’est pas convaincue par Mrs. America qui est, selon elle, "ridicule, dégradante et pas très bonne". C’est lors de la version en ligne du Hay Festival que la journaliste et activiste américaine s’est exprimée sur la série face à l’écrivaine Laura Bates. Selon Gloria Steinem, le parti pris de Mrs. America altère la réalité : "Elle vous donne l’impression que [Phyllis Schlafly] est la cause du rejet de la ratification de l’amendement. En réalité, je ne pense pas qu’elle ait changé le vote. Personne ne peut affirmer qu’elle a eu un quelconque impact sur les votes. C’est le secteur de l’assurance qui s’est fortement opposé à l’amendement sur l’égalité des droits car ça lui aurait coûté des millions et des millions de dollars de ne plus séparer ses tables de mortalité".

Pour Gloria Steinem, Phyllis Schlafly n’était qu’un élément perturbateur de dernière minute pour faire croire que les femmes étaient opposées à l’amendement alors qu’une grande majorité était pour : "La série donne l’impression que les femmes sont nos pires ennemies, ce qui nous empêche de connaître nos réels ennemis. Non pas que nous ne soyons pas en conflit, nous le sommes, mais dans l’ensemble, nous n’avons pas le pouvoir d’être nos pires ennemies". Si Gloria Steinem ne remet pas en cause le talent du casting de Mrs. America, elle pointe du doigt la véracité du propos de la série. L’activiste féministe profite également de son interview pour rappeler l’importance de tous les féminismes, quels que soient l’âge, la couleur de peau ou la sexualité. Mrs. America met aussi en scène d’autres activistes telles que Shirley Chisholm (Uzo Aduba), la première femme Afro-Américaine élue au Congrès et Betty Friedan (Tracey Ullman), l’autrice de La Femme mystifiée.

16 avril 2020

Mrs. America : qui était la militante anti-féministe jouée par Cate Blanchett ?

À Hollywood, elle est l'une des figures les plus engagées dans la cause féministe. Auréolée de deux Oscars, Cate Blanchett utilise, depuis de nombreuses années, sa notoriété pour combattre, en première ligne, les inégalités qui subsistent dans l'industrie. En 2018, alors présidente du Jury du 71e Festival de Cannes, l'actrice australienne, entourée de 82 artistes féminines, prononçait, sur les marches du Palais, un discours historique qui pointait du doigt les nombreuses disparités du métier.

Deux ans plus tard, elle est la star de la nouvelle série Mrs. America, diffusée sur Canal+ Séries en France. Le programme, composé de neuf épisodes, revient sur la lutte des féministes en faveur de l'Equal Rights Amendment (ERA), une proposition d'amendement de la Constitution des États-Unis, qui vise à garantir l'égalité des droits entre les sexes. Devant la caméra, Cate Blanchett change de camp et incarne Phyllis Schlafly, une activiste controversée et ennemie de la cause féministe.

Retour dans le temps

1972. Depuis près de dix ans, la société américaine évolue en faveur des femmes. Ce changement, les citoyennes le doivent à la seconde vague du féminisme, qui a débuté dès la publication de l'essai de Betty Friedan, La Femme mystifiée, en 1963. Des petites batailles ont déjà été gagnées, comme l'extension de la discrimination positive aux femmes ou encore la loi sur l'égalité dans l'éducation. Alors que beaucoup luttent pour la ratification de l'ERA, une écrivaine et ancienne chercheuse pour l'American Enterprise Institute monte au créneau.

Elle s'appelle Phyllis Schlafly et elle décide, à 48 ans, de créer le contre-mouvement STOP ERA. Épouse d'un riche avocat, John Fred Schlafly, l'activiste aux valeurs ultra-conservatrices voyait d'un mauvais œil cet amendement. La raison ? Lors d'une interview donnée à la célèbre journaliste Barbra Walters en 1972, elle explique : "Cela retirera les privilèges que les femmes ont actuellement, comme celui, par exemple, d'avoir le droit de rester à la maison." Phyllis Schlafly ne supportait pas l'idée que des femmes puissent s'épanouir ailleurs qu'au sein de leur foyer familial.