À la fin des années 1970, Clint Eastwood s’est imposé comme une figure incontournable du cinéma d’action et des rôles sombres, notamment grâce à L’Inspecteur Harry. Son image est alors solidement associée à des personnages durs, taciturnes et violents.
C’est dans ce contexte qu’il s’engage en 1978 dans un projet pour le moins inattendu : Doux, Dur et Dingue. Sorti fin 1978 aux États-Unis puis au printemps 1979 en France, le film détonne complètement avec le reste de sa filmographie. Très peu de gens misent sur son succès… sauf lui.
Le film suit Philo Beddoe, un mécanicien bagarreur qui gagne sa vie en participant à des combats à mains nues. Sa vie bascule lorsque Lynn, la femme dont il est amoureux, disparaît. Il part alors à sa recherche, accompagné de son meilleur ami Orville… et surtout de Clyde, un orang-outan pas comme les autres.
Ce mélange d’action, de comédie et d’aventure donne un résultat totalement atypique pour l’époque, presque en décalage avec les standards hollywoodiens.
Dans une interview accordée en 2003 au Guardian, Clint Eastwood revient sur les nombreuses réticences autour de ce projet.
“Oui, j’ai fait des choix étranges au cours de ma carrière. Ce film, mon agent, tout le monde même, m’a supplié de ne pas le faire. C’était après L’Inspecteur Harry, j’avais fait beaucoup de films d’action et d’aventures et ils m’ont dit : ‘Ça ne te ressemble pas’ et j’ai répondu : ‘Alors, qu’est-ce qui me ressemble ? Je n’en sais rien.’”
Ce qui l’attire finalement, c’est l’idée de sortir de son image habituelle et d’explorer autre chose, notamment un cinéma plus accessible.
“Selon moi, ça me permettait de toucher une génération plus jeune, de faire un film que les enfants pourraient voir (...). Et il y avait quelque chose d’étonnamment ‘branché’ avec ce film – ce type étrange se confie à un orang-outan et se fait enlever sa copine : tout est un petit peu différent [des films habituels]. Ça me semblait à faire, à l’époque.”
L’un des éléments les plus marquants du film reste bien sûr la présence de Clyde, l’orang-outan. Une expérience de jeu dont Clint Eastwood garde un souvenir assez singulier…
“C’était génial, c’était comme travailler avec un enfant de six ans. Ils sont censés atteindre le niveau d’un enfant de sept ans et n’ont que la capacité d’attention d’un enfant, alors il faut tout donner dès la première prise.”
Contre toute attente, le pari se transforme en triomphe commercial. Doux, Dur et Dingue dépasse les 100 millions de dollars de recettes mondiales, un score impressionnant pour l’époque et encore plus pour une comédie jugée risquée.
Fort de cet engouement, une suite voit le jour deux ans plus tard : Ça va cogner. Le film rencontre lui aussi un large succès avec environ 70 millions de dollars de recettes.
Ces deux œuvres figurent aujourd’hui parmi les plus gros succès commerciaux de la carrière de Clint Eastwood dans les années 1980, preuve qu’un choix jugé insensé peut parfois s’avérer décisif.
