Moïse Santamaria incarne un policier dans Un si grand soleil, pourtant c’est plutôt une situation de marginalité qu’il a connue pendant une période, lorsqu’il était jeune adulte.
Aîné d’une famille d’émigrés espagnols, le comédien né à Madrid a grandi avec un père très jeune et autoritaire, pas avare de violences. « C’était une époque […] où la grosse baffe part très vite et les coups de ceinture peuvent partir très vite aussi », rappelle à Faustine Bollaert et aux téléspectateurs de Ça commence aujourd’hui, l’acteur qui vient d’avoir 47 ans.
Et il y a droit plus souvent qu’à son tour, ce qui « donne beaucoup de colère à gérer », relève-t-il, précisant : « Je voyais rouge très vite ». Cela implique des bagarres en dehors de la maison. « Je me battais énormément puisque je m’étais promis que personne ne me ferait du mal à l’extérieur de la maison », se souvient-il dans l’émission intitulée « Cette blessure d’enfance qui les a poussés sur le devant de la scène ».
Tout cela fait une vie instable, marqué par des deuils d’autant plus douloureux que le gamin et adolescent est mis à l’écart. « L’adolescence a été très compliquée, car il y a eu des pertes chères dans notre famille. J’ai perdu ma tante sans qu’on me le dise, j’ai dû le deviner tout seul… Elle est morte du sida quand j’avais 11 ans, mais je ne savais pas pourquoi », raconte le quadragénaire.
Et c’est les larmes aux yeux et la voix étranglée qu’il évoque un autre drame : la mort de sa grand-mère qui était pour lui « une figure très puissante, forte ». « Et là encore il y a eu du silence, déplore-t-il. Je ne suis même pas allé à l’enterrement. Ils sont partis en Espagne, ils m’ont laissé en banlieue parisienne, où j’ai grandi. »
Moïse Santamaria date de cette époque son « virage complet ».
« J’ai commencé clairement à faire n’importe quoi. Ma mère m’appelait "El jarabe de la calle" (le sirop de la rue). J’ai trainé dehors beaucoup, je me débrouillais et je faisais des conneries. Je rentrais tard. »
Lui qui avait toujours été un bon élève n’allait « plus à l’école ». « Moi, j’étais avec les potes dehors, je faisais les 400 coups, c’était l’école de la vie », se remémore-t-il. Et c’est dans la rue qu’il s’est finalement retrouvé quand ses parents l’ont mis dehors, à l’âge de 19 ans. Malgré le choc, Moïse Santamaria s’en sort, confronté à lui-même. « C’était un moment très dur mais je l’ai beaucoup aimé parce que j’étais face à quelque chose […] C’est un moment durant lequel on n’a pas le choix ».
C’est le théâtre, affirme-t-il sur le plateau de France 2, qui lui a permis de trouver son chemin. Grâce à sa rencontre avec Jessica, la fille de l’acteur Ticky Holgado, il s’inscrit dans une école de théâtre. « Je découvre que je vais pouvoir dire des choses et en plus à travers des personnages », se réjouit celui qui a tant souffert du silence familial.
Sans doute ce père de trois enfants aurait-il gardé le silence sur ses blessures de l’enfance, mais il a compris que son témoignage pourrait « aider des gens ». Et Moïse Santamaria, qui s’était porté au secours d’un piéton accidenté de la route au début du mois de janvier, s’est porté volontaire pour participer à cette émission lourde d’émotions.
