Le film d’horreur de William Peter Blatty, L’Exorciste III (1990), est adapté de son propre roman, L’Esprit du mal ou Legion, dans sa version originale, (1983), qui fait suite à son best-seller L’Exorciste (1971). Bien que les deux livres mettent en scène des personnages communs – le détective Kinderman, qui dialogue avec le père Damian Karras, supposé mort – l’intrigue est très différente. Le roman et le film mêlent enquête policière et thriller sombre sur un tueur en série, très inspiré des crimes du Zodiaque, tout en conservant une dimension surnaturelle. Blatty a non seulement écrit, mais aussi réalisé l’adaptation cinématographique de 1990, pensant qu’elle n’aurait qu’un léger lien avec L’Exorciste et qu’elle adopterait une approche similaire, brouillant les frontières du genre.
Comme le rappelle SlashFilm, à sa sortie, L’Exorciste III n’a pas connu un grand succès, mais il a fait l’objet d’une importante réévaluation au fil des ans. Certains cinéphiles le considèrent désormais presque au niveau de l’adaptation originale de 1973 réalisée par William Friedkin. Le rôle de Kinderman est interprété par George C. Scott, qui remplace Lee J. Cobb dans le film de Friedkin, et la suite parvient habilement à mêler enquête policière et mystère surnaturel. Le film comporte également des images fortes et troublantes, dont une fameuse scène d’effroi, et culmine dans une conversation semi-surréaliste explorant les liens entre spiritualité, démons et divin. C’est un film complexe, captivant, ambitieux et, dans l’ensemble, excellent.
À l’instar de son roman, William Peter Blatty espérait que son film de 1990 s’intitulerait également “Legion”, et non L’Exorciste III. Les premières bandes-annonces suggéraient d’ailleurs qu’il avait initialement trouvé un compromis avec les producteurs, puisque le film portait le titre “L’Exorciste III: Legion”. L’auteur voulait en effet que son film se suffise à lui-même, tout en se démarquant de la suite désastreuse de John Boorman, L’Exorciste 2 : L’Hérétique, sortie en 1977. Malheureusement, les dirigeants du studio ont insisté pour que le mot “Exorciste“ figure dans le titre et qu’un exorcisme soit inclus dans le film.
Blatty était convaincu que l’échec commercial de L’Exorciste III serait entièrement imputable à son titre. Selon lui, il était possible de raconter une histoire intéressante et d’attirer un large public sans rappeler le fiasco critique et commercial de Boorman. Il ne souhaitait pas non plus inclure de véritable exorcisme dans le film, ni raconter une histoire centrée sur des exorcistes. Pendant la production, la 20th Century Fox et le studio Morgan Creek ont envisagé différents titres, tels que “L’Exorciste: Legion” et “L’Exorciste: 1990”, mais Blatty a toujours insisté sur le fait que c’était une mauvaise idée.
Sa protestation à ce sujet est consignée dans la biographie de Bob McCabe, The Exorcist: Out of the Shadows (2000) (via SlashFilm) dans laquelle on peut lire :
“Je les ai suppliés, lorsqu’ils cherchaient un titre, de ne surtout pas l’appeler ‘L’Exorciste’ ! ‘L’Exorciste II’ avait été un désastre inimaginable. Impossible de l’appeler ‘L’Exorciste III’, car le public bouderait le film. Et pourtant, ils l’ont appelé ‘L’Exorciste III’. Puis ils m’ont appelé après la troisième semaine, alors que nos recettes commençaient à chuter, et ils m’ont dit : ‘On va te dire pourquoi : ça va faire mal, tu ne vas pas aimer ça – la raison, c’est ‘L’Exorciste II’.’ Je n’arrivais pas à y croire ! Ils avaient complètement oublié mes avertissements !”
Le studio Morgan Creek a donc insisté pour que William Peter Blatty inclue un exorcisme dans le film, un élément absent de son roman original. Blatty a protesté, mais a finalement dû tourner la scène. Jason Miller a été engagé pour reprendre le rôle de Damian Karras pour cette séquence superflue, ce qui a ajouté 4 millions de dollars au budget du film. Cependant, Miller était incapable de jouer en raison d’un alcoolisme extrême, et Brad Dourif a donc incarné le personnage pour le reste du film, toutes ses scènes ayant été tournées a posteriori.
Malgré toutes les remarques et modifications imposées par le studio, L’Exorciste III s’est révélé être une réussite. Les amateurs d’horreur du monde entier ont apprécié son ambition et son audace. Même si la vision originale de Blatty aurait pu être mieux respectée, la version finale reste un film remarquable, fidèle à l’esprit et à l’intelligence de son créateur.
