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17 juin 2026

Le Baiser de la femme araignée : voici l'histoire d'un rôle perdu pour Burt Lancaster dans les années 80

Inoubliable aristocrate sicilien voyant son monde disparaître dans le Guépard de Luchino Visconti; génialement ambigu dans Elmer Gantry le charlatan où il incarne un prédicateur manipulateur; auteur d'un puissant et mémorable monologue dont l'écho n'a pas fini de résonner dans le film fleuve Jugement à Nuremberg. Magistral Prisonnier d'Alcatraz devant la caméra de John Frankenheimer.

Fabuleux dans les westerns Vera Cruz, Règlements de comptes à OK Corral, Les Professionnels ou Fureur Apache, pour n'en citer qu'une poignée. Merveilleux boxeur perdu dans Les Tueurs de Robert Siodmak. Bouleversant de simplicité dans Atlantic City de Louis Malle. Brillant dans le thriller conspirationniste Sept jours en mai, le film de guerre Le Train…

En 75 films et 47 ans de carrière, Burt Lancaster fut le représentant d'un certain âge d'or hollywoodien. Un charisme et une présence à l'écran immense, hors norme. Un acteur qui a affiché une volonté toujours récurrente de se redéfinir; délivrant au bout du compte des compositions dans des oeuvres majeures - pour ne pas dire des chefs-d'oeuvre- ou parfois des films oubliés.

Dans les années 80, il est apparu dans beaucoup de films, sans plus avoir de premier rôle jusqu’à son dernier film La Boutique de l'orfèvre (1989), qui lui permet une dernière fois de tenir le haut de l’affiche.

Il aurait pourtant pu encore occuper le devant de la scène grâce à un extraordinaire film, sorti il y a 41 ans, et pour lequel il s'était énormément investi avant de jeter l'éponge : Le Baiser de la femme araignée, du réalisateur brésilien Hector Babenco.

L'histoire ? C'est celle Valentin. Journaliste révolutionnaire, il est torturé et incarcéré pour ses convictions politiques dans une prison d'Amérique latine. Molina, décorateur homosexuel, est condamné pour une affaire de moeurs. Tout sépare ces deux hommes qu'on enferme dans la même cellule.

Pour oublier la solitude de leurs nuits, Molina fait partager à Valentin les rêves qu'il imagine d'après les vieux films qui peuplent sa mémoire. Alors que l'animosité des deux détenus se transforme en amitié, une toile de trahison se tisse autour d'eux, inexorablement, mettant à l'épreuve leur confiance mutuelle et leur esprit de sacrifice…

A l'origine de ce récit se trouve un roman signé par un auteur argentin, Manuel Puig. Grandissant dans un petit village de la Pampa, à l'époque de la dictature de Juan Peron, sa presque unique distraction était le cinéma, découvert grâce à sa mère, qu'il fréquentait quasi quotidiennement : "Dès que le film commençait, tout devenait plus pur. J'y retrouvais Jean Harlow, Greta Garbo, Rita Hayworth... Des femmes fatales qui évoluent dans un monde dominé par les hommes, mais parviennent toujours à leurs fins".

Son livre, publié en 1976, ne traite pas des révolutionnaires marxistes, ou des prisonniers politiques, mais de l'oppression sociale, de la soumission exercée par le machisme. Tout son livre est conçu autour de l'archétype de la femme soumise. "Si les personnages de mes romans sont suffisamment réels, ils imposent inévitablement un contexte politique" expliquait le romancier. "Je crois au pouvoir subversif de l'inconscient".

Vu la nature même du sujet du film, ce fut un véritable chemin de croix pour les producteurs et le réalisateur Hector Babenco, de convaincre à la fois les financiers mais aussi les talents d'adhérer au projet.

"Vu les mentalités dans les années 80, traiter d'un tel sujet relevait de la folie" raconte Peter Dekom, avocat de renom et fondateur de l'American Cinematheque, dans l'extraordinaire making of Tangle Web, aussi long que le film. "Un pédé et un communiste sont en taule ensembles. Vous imaginez ? Il n'y avait pas pire cauchemar à Hollywood" lâche sans filtre David Weisman, un des producteurs du film.

"J'ai passé une partie de mon enfance au Brésil, mais j'ai cessé d'y aller en 1968, à cause de la dictature. Fin 1981, parlant couramment le portugais et connaissant bien le pays, j'ai décidé d'y retourner pour tenter ma chance. C'est là, à Rio, qu'on m'a présenté un auteur argentin, Manuel Puig. De retour à Los Angeles, le hasard m'a fait rencontrer Hector Babenco, qui était là pour promouvoir un film".

Le cinéaste se confie à lui : il tente depuis un moment, par tous les moyens, de convaincre Manuel Puig de lui céder les droits de son roman pour l'adapter au cinéma, sans succès : "il a tout le temps essayé de me décourager, sans jamais prononcer le mot "non".

Weissman lui demande alors quels noms il a en tête pour son casting ; Babenco lâche instantanément celui de Burt Lancaster dans le rôle de l'homosexuel Molina. Un tel rôle pour une légende hollywoodienne comme lui ? Impossible, d'autant que l'acteur a 68 ans...

Et pourtant : Lancaster se montre au contraire très réceptif à ce projet de film. Achetant une traduction du roman de Manuel Puig, il commence même à répéter pour son personnage, faisant des essais de maquillage et de costume, comme le montre cette rarissime image de lui, ci-dessous.

C'est là qu'arrive Leonard Schrader, frère du cinéaste Paul Schrader, et scénariste réputé. S'il est brillant, Leonard Schrader travaille lentement, est très méticuleux : il ne livre le script qu'au bout d'un an et demi... Le scénario part pourtant dans une direction qui ne plaît pas du tout à Burt Lancaster, au point que celui-ci décide d'écrire lui même un script de son côté, en 1983.

Les différentes réécritures du script ne séduisent guère davantage Lancaster, qui passe 14 mois sur le projet : "plus le scénario lui déplaisait, plus les autres l'adoraient" raconte Weissman. Babenco, lui, est de plus en plus nerveux à mesure que le projet avance : c'est pour lui le film qui est censé l'aider à percer aux Etats-Unis, et il a le sentiment qu'il lui échappe complètement des mains. "Je me sentais non seulement limité, mais aussi très triste, démoralisé et frustré, parce que j'étais incapable de leur montrer qui j'étais. J'étais frustré au milieu de tous ces anglophones qui m'ignoraient".

Raul Julia, qui doit incarner le personnage de Valentin, arrive très vite sur le projet, emballé par le sujet, et reçoit même l'adoubement de Burt Lancaster. Qui freine encore beaucoup : pas question de s'engager davantage sans scénario valable. La rupture est finalement consommée en 1983 entre Lancaster et l'équipe du film.

"Nous avions des points de vue complètement différents" commente Weissman; "à l'évidence, le projet ne pouvait pas aboutir avec lui". Officiellement, son retrait est dû à des raisons de santé; en l'occurrence un triple pontage coronarien que doit subir l'acteur. Babenco sait malgré tout ce qu'il doit à Lancaster : sans son implication et le prestige de son nom, Le Baiser de la femme araignée n'aurait certainement jamais décollé. Mais "il avait une vision bien arrêtée des rapports de son personnage avec celui de Valentin : lui était une grande dame, tandis que le prisonnier politique était un môme".

Qui donc a hérité du rôle laissé vacant par Lancaster ? Un acteur montant né 35 ans après lui, qui sera couronné par un Oscar cent fois mérité pour sa fabuleuse composition : William Hurt. Ca sera l'objet de la seconde et dernière partie de notre article consacré au Baiser de la femme araignée. A suivre très bientôt !

08 mai 2025

Un film pour l'Histoire avec un Burt Lancaster impérial

Si vous êtes passionné d'Histoire, vous risquez de passer votre journée du 8 mai sur le canapé. Et pour cause, les équipes de France 2 proposeront une émission spéciale 80 ans de la victoire. Ce n'est pas tout, pour votre soirée cinéma, vous aurez le choix entre "Le Concert de la paix", et un grand film historique.

De notre côté, le choix est fait ! En effet, impossible de passer à côté de ce long métrage diffusé sur Arte. Son titre ? Jugement à Nuremberg. Sorti au cinéma en 1961 et réalisé par Stanley Kramer, ce film se déroule trois ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le juge Dan Haywood, désormais à la retraite, est envoyé à Nuremberg afin de présider le procès intenté contre quatre juges accusés de trop complaisance à l'égard du régime nazi. Alors que les trois premiers accusés plaident non coupable, le dernier, Ernst Janning, préfère se taire...

Dans la peau du juge Dan Haywood, on retrouve l'acteur Spencer Tracy, tandis que le rôle de l'accusé qui refuse de parler est interprété par l'emblématique Burt Lancaster. Tous les deux offrent une performance remarquable.

Vingt ans avant d'interpréter le personnage d'Ernst Janning dans Jugement à Nuremberg, Burt Lancaster a participé à la Seconde Guerre mondiale en tant que jeune comédien. Affecté au théâtre des troupes, il montait des spectacles pour soutenir le moral des soldats. Un premier pas dans le métier d'acteur.

Bien qu'il douta d'abord de ses talents de comédien, il poursuivit tout de même dans cette voie. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a bien fait de se faire confiance, car Burt Lancaster est aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs acteurs de sa génération.

Les spectateurs d'AlloCiné, qui ont attribué au film Jugement à Nuremberg l'honorable note de 4,1 sur 5, mettent notamment l'accent sur la dimension historique de cette œuvre, ainsi que sur la performance impériale de Burt Lancaster.

Il faut dire que Jugement à Nuremberg est considéré par beaucoup comme l'un des meilleurs films de procès. L'AFI, l'American Film Institute, le classe même à la dixième place du TOP 10 des plus grands films américains du genre, juste derrière Un Cri dans la nuit du réalisateur Fred Schepisi.

Et parmi les nombreux commentaires publiés, celui-ci résume bien tous les aspects du film : "Un scénario d'une exceptionnelle richesse et d'une rare intelligence, des comédiens au sommet de leur talent (la composition de Burt Lancaster est stupéfiante)". Tout est dit !

Ce soir sur Arte à 20h55

06 décembre 2021

Le Vent de la plaine : quand Burt Lancaster se faisait recadrer par Lillian Gish

Le Vent de la plaine est un western dirigé par John Huston et réunissant l'ancien acrobate et athlète Burt Lancaster, l'héroïne d'Ariane Audrey Hepburn et le héros de la Seconde guerre mondiale devenu acteur Audie Murphy. Nous sommes en 1960, et tous les trois sont déjà des stars.

L'histoire est celle d'une famille de fermiers, les Zachary, installée au Texas depuis deux générations. Le père a été tué par les indiens Kiowas en défendant sa maison et un climat de haine contre les indiens s'est depuis installé entre les deux communautés. Un vagabond, Abe Kelsey, vêtu d'une vieille tenue militaire, harcèle les Zachary en les défiant...

En amont du tournage, John Huston et Burt Lancaster décident d'apprendre à tirer au revolver à Lillian Gish, actrice qui joue la mère de la famille Zachary. Cette dernière, 67 ans, se laisse emmener dans le désert pour effectuer l'entraînement mais sur place, remet les deux hommes à leurs places.

Lillian Gish fait preuve d'une maestria dans la maîtrise des armes à feu, laissant bouches bées Lancaster comme Huston. La comédienne, qui a commencé jeune sur les planches puis à 19 ans au cinéma dans L'Invisible ennemi (1912), leur raconte alors qu'elle a appris à tirer il y a bien longtemps en prenant des cours auprès d'Al J. Jennings.

Ce dernier était un avocat devenu un authentique "pistolero" et "desperado" de l'Ouest américain puis, à l'arrivée du cinéma, s'était reconverti en acteur et -comme du reste le vrai Frank James, frère de Jesse- en consultant sur les armes à feu pour les westerns. Sacré parcours ! Jennings verra d'ailleurs son histoire  adaptée au cinéma dans Al Jennings of Oklahoma de Ray Nazarro en 1951.

Burt Lancaster et John Huston, qui s'attendaient à donner une leçon de tir à Lillian Gish, en ont plutôt reçu une.

Pour la petite histoire, le projet devait être réalisé par Delbert Mann et écrit par J.P. Miller, mais tous les deux voulaient un film sombre là où les producteurs -dont Lancaster- souhaitaient un film plus commercial. A l'époque, on parle de Kirk Douglas pour le rôle du frère de Lancaster puis, suite au départ de Mann et Miller pour divergences créatives, les noms de Tony Curtis et Richard Burton circulent.

Le coscénariste John Huston assure finalement la réalisation, et c'est Audie Murphy qui est finalement choisi pour le rôle de Cash Zachary. Là encore, des problèmes apparaîtront entre le metteur en scène (qui veut un film antiraciste) et la production qui souhaite un pur film d'action. Qui a eu gain de cause dans le montage final ? A vous de trancher !