1,3 milliard de dollars au box-office mondial, 150 millions d’exemplaires vendus à travers le monde : que ce soit en salles ou dans les librairies, le succès de la saga Cinquante nuances créée par la romancière E. L. James donne le vertige.
Huit ans après la sortie du dernier volet au cinéma, et alors que les trois films débarquent sur Netflix, le moment paraît opportun de nous demander si la trilogie Cinquante nuances de Grey n’a été qu’une mode passagère, ou si elle a durablement marqué le cinéma de son empreinte.
L’histoire d’amour entre la jeune Anastasia Steele et le dominateur Christian Grey ne débute pas (contrairement à la légende) au dernier étage d’un building luxueux, mais dans une rame de métro. C’est en effet durant ses trajets quotidiens que la romancière amateure E. L. James rédige patiemment, via l’application Note de son BlackBerry, une histoire d’amour teintée de BDSM qu’elle publie le soir venu sur Internet, chapitre après chapitre.
Repéré par la maison d’édition Vintage Books, le feuilleton numérique, désormais intitulé Cinquante nuances de Grey, est publié en version papier au mois d’avril 2012, et c’est un raz-de-marée. Suivront très rapidement deux suites, Cinquante nuances plus sombres et Cinquante nuances plus claires, puis trois spin-off (racontés cette fois du point de vue de Christian Grey) ainsi qu’une trilogie de films dont le succès dépassera le milliard de dollars.
Si cette histoire vous dit quelque chose, c’est parce que le “miracle 50 Nuances de Grey” a été la base d’une toute nouvelle stratégie économique, maintes fois reproduite par l’industrie depuis. Le modèle est le suivant : une histoire autopubliée sur internet rencontre un énorme succès, les studios achètent les droits, intègrent l’autrice dans le processus créatif pour s’assurer le soutien des fans du livre, tournent plusieurs films simultanément (en “back-to-back”), puis les fans vont massivement les découvrir en salle : succès garanti.
C’est sur ce modèle qu'ont été produites les sagas After (cinq films), À contre-sens (4 films déjà sortis, 6 prévus au total), Dis-le-moi tout bas (3 films prévus), etc. Parmi les exemples cités, qui ont bien évidemment TOUS été des succès, deux ont été récemment produits par la plateforme Prime Video, aujourd’hui passée maître dans l’art de la new romance/romance young adults/dark romance autopubliée, avec une volonté affichée de récupérer un “public jeune et féminin” (sic) via ces adaptations.
Plus qu’une histoire d’amour, plus que des modèles de personnages, plus encore que des choix de mise en scène : c’est un modèle économique complet que la saga Cinquante nuances de Grey a laissé en héritage aux grands studios, et il semblerait qu’Hollywood et les plateformes n’ont clairement pas fini de nous en faire profiter.
La trilogie Cinquante Nuances de Grey est disponible sur Netflix.
