À 91 ans, Pierre Perret vient de raconter ce qu’il n’avait encore jamais dit : la scène précise qui a coûté la vie à Rebecca, l’épouse qu’il appelait "sa Rebecca". Le chanteur, figure populaire de la chanson française, a perdu en janvier celle qui partageait sa vie et sa carrière depuis plus de soixante ans.
Pendant deux mois, l’artiste est resté presque silencieux, se contentant d’un message pudique pour annoncer que Rebecca était partie. Il a réservé ses confidences à un entretien, où il a décrit un banal petit-déjeuner dans un hôtel parisien, puis un escalier et quelques minutes fatales.
Se souvenant du jour du drame, Pierre Perret résume cette matinée avec des mots qui frappent. "On venait de terminer notre repas. Rebecca m’a dit : 'J’en ai pour cinq minutes.' Elle a lâché la rampe à la première marche, je l’ai retrouvée en bas dans une mare de sang. Elle s’est éteinte trois semaines plus tard.", a-t-il raconté à "Paris Match". L’accident est survenu en décembre, au sortir du petit-déjeuner, alors que le couple séjournait dans la capitale.
Dans cet hôtel, il avait pourtant déconseillé à son épouse d’emprunter un escalier "en marbre et en colimaçon" pour se rendre aux toilettes. Rebecca a tout de même lâché la rampe presque en bas des marches, avant de s’effondrer au pied de l’escalier. Pour le chanteur, la brutalité de cette disparition, sans maladie annoncée, reste difficile à accepter tant la scène lui paraît encore irréelle.
Rebecca, de son vrai nom Simone Mazaltarim, n’était pas seulement la femme de sa vie : elle était aussi sa manageuse, sa comptable, sa patronne, présente dans chaque tournant de sa carrière. Le couple avait affronté ensemble la mort de leur fille Julie, disparue à 32 ans, une épreuve dont il parle très peu. "La famille est un domaine privé. La seule chose que je peux dire, c’est qu’avec Rebecca, c’était très difficile de s’écarter l’un de l’autre.", confie-t-il encore.
Face à ce nouveau deuil, plus tardif mais tout aussi violent, le chanteur ne cache pas le vide laissé par celle qu’il appelait aussi sa moitié. Il résume son état dans une formule simple : "L’écriture, c’est ce qui me tient, enfin plutôt ce qui me maintient en vie actuellement. Aujourd’hui, mes nuits sont abominables, alors j’essaie de tourner mes pensées vers la création, parce que ce qui vient de m’arriver est insupportable."
Pour tenir, Pierre Perret s’accroche au travail : un livre-CD, un ouvrage intitulé Mémé Anna et un nouvel album déjà écrit. Il a pris une décision radicale, celle de ne plus monter sur scène "par élégance envers le public". "Tout le monde sait que la fin est inéluctable. Ce qui me foutait la trouille, c’était la dégradation physique, la souffrance pour les gens autour de moi. Mais être privé de celle que tu aimes, c’est beaucoup plus douloureux que tout le reste.", confie-t-il, avant de promettre : "Je n’ai jamais cessé de bosser et je n’arrêterai jamais".








