Entre les extraits de films et interviews, le documentaire réussit à capturer la vérité d’une comédienne qui ne se laisse pas souvent voir…
Si le dernier documentaire consacré à une actrice d’Arte avait rompu avec sa forme initiale - on retrouvait Stéphane Audran, la complice de Chabrol qui narrait, sans voix off, l’histoire d’une comédienne, muse et femme de Chabrol - avec Shirley MacLaine, comme un torrent, la plateforme renoue avec son format habituel, un peu classique... Ici, il y a bien une voix off qui prend le spectateur par la main et le guide. Mais si le film raconte MacLaine, il ne fait pas disparaître sa voix.
Un coup elle danse, celui d’après elle chante, de pirouettes en pirouettes, le documentaire révèle l’étendue de son talent mais aussi de sa personnalité.
Le rose aux joues, le soleil dans la tête, les yeux entourés de bleu et les lèvres maquillées de rouge : bondissant comme un fauve, de film en film, Shirley MacLaine, actrice insaisissable, a dévoré Hollywood sans jamais se conformer. Dans Mais qui a tué Harry ? on la retrouve les cheveux courts, roux, à la garçonne, les jambes écartées sur un porche, dans Can-Can, elle jure avec cette même posture masculine, dans Comme un torrent, plus fardée que jamais, MacLaine est tout sauf discrète… C’est l’histoire d’une femme qui a su s’imposer dans un paysage cinématographique masculin, sans jamais intégrer les codes de la féminité.
“Vous voyez ces danseurs là-bas ? Ce sont des danseurs de revue. Dans le showbiz, on les appelle les gitans.[...] Je crois qu’on peut dire que je suis une gitane dans l’âme” lâche l’actrice, le sourire aux lèvres, les cheveux ébouriffés, transpirante de vie. A l’écran, Shirley n’est jamais figée. Selon Hitchcock, elle a “le culot d’un braqueur de banque”. Au milieu des figures féminines blondes et froides du cinéaste, MacLaine dénote.
Savamment orchestré, le film alterne entre son rôle à l’écran et celui de sa vie, sans jamais s'essouffler. De temps à autre, au milieu de ses performances, le documentaire marque des pauses et montre une Shirley sincère, brute : parfois blessée, parfois débordante de confiance. Face caméra, elle se livre: “J’aime être moi-même. [...] J’aime ça et j’espère que je ne blesse personne en étant franche et trop honnête.” Trop cash, trop brut, une présence qui parfois lui coûte cher. Pour le réalisateur Don Siegel, avec qui elle a tourné Sierra Torride, “[...] elle n’est pas féminine, elle en a de trop grosses”... Des paroles acerbes reflétant une époque toute aussi dure avec les actrices… Pourtant, c’est cette originalité qui fait son succès.
Blonde ou brune, les cheveux roses pastel, excentrique, rageuse ou aguicheuse, l’arc-en-ciel MacLaine a illuminé Hollywood et l’a bousculé. Avec ses légendaires jeux de jambes, l’actrice a envoyé valser les conventions du cinéma. Ni blonde hypersexualisée comme Marilyn, ni brune à l’élégance très maîtrisée à la façon d’Audrey Hepburn. Elle n’est rien de tout cela, Shirley MacLaine est un produit à part, qui n’a jamais suivi que ses propres règles.
A travers son histoire, le documentaire de Jean Lauritano raconte celle d’une génération de comédiennes sous le feu des projecteurs et du patriarcat…
Mais le réalisateur choisit une forme bien classique pour une actrice toute singulière…
Le fil de sa carrière et de son existence est raconté dans le bon sens, du début à la fin, respectant un ordre bien codifié alors que la comédienne a toujours navigué à contre-courant…
Mis à part le témoignage de Jennifer Aniston, avec qui elle a tourné La rumeur court, l’influence de la vedette de Mais qui a tué Harry ? sur les nouvelles générations d’actrices n’est pas visible. C’est aussi à cet endroit que le documentaire pêche…
Pourtant, bien des comédiennes pourraient se réclamer de sa légende. MacLaine, avec son air renfrogné et son humour assassin, a ouvert la voie de la singularité. On pourrait penser à Diane Keaton avec son look masculin, sa posture désinvolte, son refus de se conformer au cinéma comme dans la vie. Ou encore à Michelle Pfeiffer qui, malgré le caractère fatal de sa beauté ne s’est jamais laissée enfermée dans l’archétype de la blonde. Entre rôle de composition et star power, l’actrice s’inscrit dans la continuité des figures féminines fortes d’Hollywood…
Ces comédiennes avec leur liberté criante ont envoyé valser comme Shirley le modèle de la pin-up, pour en faire exister une autre : plus vivante, qui n’existe que par ses propres codes…
Shirley MacLaine, comme un torrent sera diffusé le dimanche 12 avril sur Arte et disponible en streaming jusqu’au 23 juillet.








