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09 mars 2026

Il y a 41 ans, Lino Ventura défendait Jean Gabin dans une émission de télévision

En 1985, lors d’une apparition à la télévision suisse, Lino Ventura a montré toute l’intensité de son franc-parler et de sa loyauté en défendant la mémoire de Jean Gabin contre des critiques injustes.

Invité de l’émission Gros plan, Ventura découvre un extrait lu par Claudette, co-présentatrice de l’émission, tiré d’un article de 1959 signé François Truffaut dans la revue Arts. Ce dernier n’était alors qu’un jeune critique et écrivait à propos de Jean Gabin et Gérard Philipe : “Ce sont des artistes trop dangereux qui décident du scénario ou le rectifient s’il ne leur plaît pas. Ils influencent la mise en scène, exigent des gros plans. Ils n’hésitent pas à sacrifier l’intérêt du film à ce qu’ils appellent leur standing et portent selon moi la responsabilité de nombreux échecs.”

À cette lecture, Lino Ventura n’a pu contenir son indignation.

“C’est faux, c’est ignoble. Pour écrire ce que ce monsieur vient d’écrire, c’est qu’il ne connaissait pas Gabin et qu’il n’a jamais travaillé avec Gabin. [Ce] que vous venez de lire ‘Il exigeait des gros plans’ (...) Je ne comprends pas qu’on écrive des choses comme ça, aussi injustes, aussi bêtes.”

L’échange se poursuit lorsque Christian Defaye, l’autre présentateur, souligne que les grandes stars sont souvent attentives aux scénarios des films dans lesquels elles jouent. Ventura clarifie alors sa position avec une franchise toute personnelle.

“Bien sûr, mais je n’exige rien du tout. Je donne mon point de vue. Par exemple, je sais que je ne peux pas supporter [les directives] : ‘À ce moment-là, tu prends le verre et tu bois’, non, si je ne le sens pas, il faut que je le dise, je sais que je ne serai pas bon. Mais ce n’est pas une exigence, chacun peut donner son point de vue, on se rallie au point de vue du metteur en scène. Chacun apporte son petit grain de sable dans l’histoire.”

Lino Ventura et Jean Gabin avaient partagé l’écran à six reprises, de 1954 avec Touchez pas au grisbi (disponible en VOD), où Ventura n’était qu’un petit truand, à 1969 avec Le Clan des Siciliens (disponible sur Disney+).

Au-delà du cinéma, leur amitié s’était profondément enracinée, fondée sur des valeurs communes et une vision partagée de la vie. La disparition de Gabin en novembre 1976 a profondément marqué Ventura, qui s’éteindra 11 ans plus tard, le 22 octobre 1987.

20 mai 2020

Lino Ventura : dans quel accident tragique sa fille Mylène est morte ?

Acteur italien, Lino Ventura a réalisé la plus importante part de sa carrière cinématographique en France. Devenu comédien par hasard aux côtés de Jean Gabin dans Touchez pas au grisbi, c'est après avoir été un habitué des seconds rôles d'hommes de main ou de brutes que Lino Ventura devenait une véritable vedette dès la fin des années 1950. Père de quatre enfants, dont une fille handicapée, le comédien et sa femme Odette étaient les fondateurs de l'association Perce-Neige, destinée à venir en aide aux personnes handicapées mentales. Le cœur sur la main, c'est pourtant d'une crise cardiaque qu'a été emporté Lino Ventura le 22 octobre 1987. Onze ans plus tard, c'est sa fille aînée qui est morte dans un accident tragique.

Née en 1946, Mylène Lasserre est décédée le 12 mai 1998 à 52 ans. Ainsi, c'est lors d'un tragique accident d'avion privé que la jeune femme ainsi que quatre autres personnes ont perdu la vie. D'après les informations du Parisien, le Cessna 172 qui transportait Mylène Lasserre, son époux, Claude Lasserre, ainsi qu'un couple d'amis, effectuait un trajet depuis Bilbao, en Espagne, jusqu'à Belvès, en Dordogne. Si l'avion avait initialement prévu de se poser à Biarritz pour une escale douanière, le pilote avait décidé de renoncer à cet atterrissage en raison de mauvaises conditions météorologiques. L'appareil s'est alors écrasé en pleine mer, près des côtes landaises.

Le lendemain de l'accident, des morceaux de l'avion, son train d'atterrissage ainsi que deux de ses sièges ont été retrouvés sur une plage de la commune de de Lit-et-Mixe. Après avoir lancé une expédition de recherches, une aile de l'appareil a été retrouvée en pleine mer. Cependant, malgré que les gendarmes, les pompiers, la marine et l'armée de l'air ai fait tout leur possible, les dépouilles des passagers n'ont jamais été retrouvés.

02 avril 2020

L'Emmerdeur sur France 2 à 14h : Lino Ventura, un acteur compliqué. Francis Veber se souvient

 François Pignon, personnage emblématique créé par Franer dans sa pièce Le Contrat, voyait le jour pour la première fois au cinéma dans L'Emmerdeur d'Edouard Molinaro. Interprété par Jacques Brel, Pignon est entré au panthéon des personnages les plus appréciés du cinéma français. De Brel à Pierre Richard en passant par Daniel Auteuil, Jacques Villeret ou Gad Elmaleh, Pignon a traversé les âges, campé par ces différents acteurs. Mais Pignon n'est rien s'il n'a personne à emmerder ! Et dans ce film, il va coller aux basques d'un monstre sacré, Lino Ventura.

Au début des années 70, Francis Veber se fait connaître au théâtre avec sa pièce Le Contrat. Gaumont le sollicite alors pour mettre en scène un film d'espionnage, La Couverture, d'après un synopsis de l'auteur lui-même. Surpris, Francis Veber accepte d'aller rencontrer Lino Ventura pour lui proposer le rôle principal. Impressionné par le comédien, Veber lui raconte son histoire. Ventura s'énerve : "On va m'emmerde longtemps avec ce rossignol ?", lance-t-il à Veber.

Ce dernier se rend compte que Gaumont avait déjà proposé ce rôle à l'acteur, qui avait refusé. Le studio a ensuite envoyé Veber au casse-pipe pour essayer de convaincre à nouveau Ventura. L'artiste finit par s'amuser de la situation et les deux hommes commencent à tisser des liens. Veber lui parle alors de sa pièce, Le Contrat, qu'il souhaiterait adapter au cinéma. Ventura se montre intéressé et le scénariste promet de lui envoyer la pièce par courrier. Veber dépose alors le manuscrit chez le comédien et un coup de téléphone retentit le lendemain. "Ça, je veux bien le jouer !", s'exclame Lino Ventura, en parlant du rôle du tueur à gages Ralf Milan dans L'Emmerdeur.

Abasourdi, Francis Veber n'en croit pas ses oreilles. Il retourne voir Gaumont et le producteur Alain Poiré. Le studio accepte de financer le film. L'auteur retourne alors voir Lino Ventura, qui se révèlera être aussi "chiant que François Pignon". "Parler de Lino Ventura n'est pas facile", explique le réalisateur dans sa biographie. "Il a laissé une image sans tâche dans la mémoire collective, et la remettre en question peut paraître sacrilège. Je suis pourtant obligé de dire que cet homme exceptionnel pouvait être incroyablement chiant."

En effet, Ventura était notamment très exigeant au niveau de l'écriture. Tellement méticuleux que Francis Veber s'est arraché les cheveux pour certaines scènes. "Ce n'est pas dans ma morphologie", ripostait souvent l'acteur quand il ne se sentait pas d'interpréter une situation. Très soucieux de son image, il ne souhaitait pas l'associer à un sujet scabreux. "Je l'ai vu passer à côté de sujets exceptionnels parce que ce n'était pas dans sa morphologie", se désole Francis Veber. Par exemple, après L'Emmerdeur, le metteur en scène lui propose le rôle principal d'Adieu poulet, celui d'un flic corrompu se faisant entretenir par une prostituée. Ventura rechigne à jouer le rôle car selon lui : "Lino ne se fait pas acheter par une pute."

Veber a beau lui expliquer que ce n'est pas lui qui se fait acheter mais son personnage, Ventura n'en démord pas, il ne le jouera pas. L'auteur a dû remanier le scénario pour l'acteur pour qu'il revienne finalement sur sa décision. Ventura n'était pas seulement minutieux sur l'écriture, il était aussi très difficile sur les tournages. "Il pouvait être merveilleux quand il était en confiance, mais se montrait infernal s'il se braquait contre quelque chose ou quelqu'un. Lui qui avait tant de charme dans la vie, devenait brusquement caractériel", révèle Veber.

Agacé par le comportement de Ventura, le cinéaste se plaint un jour à la femme d'Alain Poiré, Yvette : "Il est capricieux comme un enfant", déclare Veber. "Non, il est capricieux comme une femme", rétorque Yvette Poiré. "Voilà qui risque de choquer ceux qui considéraient Lino comme un modèle de virilité, mais à la réflexion, je trouve que c'est un compliment. Le Lino que j'ai connu était plus complexe, plus ambigu que l'image de macho aux gros bras et au grand coeur de la mémoire collective. Lui imaginer une composante féminine ne me paraît pas l'amoindrir, mais au contraire l'enrichir.", confie le metteur en scène. Selon ce dernier, Ventura était un homme inquiet, stressé par son perfectionnisme jusqu'à s'en rendre malade et à mourir trop jeune.

Source : Que ça reste entre nous de Francis Veber publié chez Robert Laffont