La disparition de Chuck Norris cette semaine remet en lumière quelques-unes des séquences de combat les plus mythiques du cinéma. Et parmi elles, impossible de ne pas citer son face-à-face d’anthologie avec Bruce Lee dans La Fureur du dragon.
Tourné en Italie, le film marque un tournant dans la carrière de Bruce Lee : il en est à la fois l’acteur principal, le scénariste, le réalisateur et le producteur. La célèbre scène du combat final dans le Colisée est un sacré morceau de cinéma.
Même si la production a eu lieu à Rome, l'épilogue crépusculaire entre les deux légendes de la baston a été tourné sur plusieurs jours en studio, sous l’égide de la Golden Harvest. Et pour beaucoup de professionnels comme de fans, cet affrontement reste encore aujourd’hui l’un des plus grands combats jamais filmés.
À l’époque, Chuck Norris n’est pas encore la star hollywoodienne qu’il deviendra. Il n’a pas encore tourné dans Delta Force ou Le Commando des tigres noirs. Ancien membre de l’US Air Force, il s’est imposé dans les arts martiaux en remportant de nombreux titres, avant de fonder sa propre discipline, le Chun Kuk Do. Il devient ensuite entraîneur pour des célébrités… dont Bruce Lee lui-même.
Des années plus tard, Chuck Norris se souvenait de la genèse de ce combat dans une émission de Conan O'Brien (voir ci-dessous) : "Je me suis beaucoup entraîné avec Bruce Lee, et un jour, il m’a appelé pour me dire qu’il voulait faire une scène de combat dont tout le monde se souviendrait." Avant d’ajouter, non sans humour :
"Il m’a demandé de la faire avec lui. Je lui ai dit : ‘Je vais devoir perdre ?’ Il m’a répondu oui. Alors j’ai dit : d’accord, allons-y."
Oui, Chuck Norris accepte de perdre. Mais pas sans livrer bataille. L’acteur raconte même avoir suggéré d’équilibrer le combat :
"Je trouvais que dans ses films précédents, il manquait de dramaturgie, parce que ses adversaires ne pouvaient même pas le toucher. Là, on s’est mis d’accord pour que ce soit un combat plus équilibré, qui bascule d’un côté puis de l’autre."
Une décision que Bruce Lee accepte, notamment par respect pour Norris, alors champion du monde de karaté poids mi-lourds - un titre qu’il conserve plusieurs années au début des années 1970.
Face à lui, Bruce Lee a déjà développé sa propre philosophie martiale, le Jeet Kune Do. Mais contrairement à Norris, il n’est pas un compétiteur de ring. Ce que l’acteur américain ne manque pas de rappeler avec franchise :
"J’étais un combattant professionnel. Lui n’est jamais monté sur un ring. Frapper un sac de frappe et monter sur un ring, ce n’est pas la même chose."
Mais dans La Fureur du dragon, Lee ne cherche pas tellement à prouver qu’il est le plus fort : il redéfinit le combat au cinéma. Dans l’arène du Colisée, son personnage Tang Lung affronte Colt dans un duel qui dépasse la simple démonstration physique (voir le combat dans la vidéo ci-dessous).
D’un côté, Bruce Lee, fluide, instinctif, en perpétuelle adaptation. De l’autre, Chuck Norris, massif, méthodique, incarnation d’une puissance brute. Le combat commence comme un choc de styles : Colt domine, Tang Lung encaisse. Puis Lee observe, comprend, évolue et impose progressivement son rythme. La mise en scène, d’une précision chirurgicale, joue avec les silences, les regards, la respiration des corps. Chaque coup compte. Chaque mouvement raconte quelque chose. Et surtout, la scène bascule dans une dimension tragique : Colt refuse d’abandonner, même brisé, obligeant Tang Lung à aller jusqu’au bout. La victoire devient alors presque mélancolique, scellée par un geste de respect envers son adversaire vaincu.
Cette séquence prend place dans le cinéma des années 70, encore dominé par des combats plus figés, Bruce Lee impose une nouvelle grammaire : plus nerveuse, plus réaliste, mais surtout plus incarnée. La Fureur du dragon sera le dernier film sorti du vivant de Bruce Lee.