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25 février 2026

5 centimètres par seconde : découvrez l’adaptation du chef-d’oeuvre d’animation de Makoto Shinkai

2008. Takaki (Hokuto Matsumura), jeune informaticien bientôt trentenaire, vit une existence banale et monotone à Tokyo. Parfois lui reviennent les bribes d’un temps où il était différent, enjoué, passionné par l’espace, curieux de la vie et des autres. 

Il se souvient de l’année 1991 et de sa rencontre à l’école avec celle qui devient très vite son alter ego, Akari (Mitsuki Takahata). La vie les éloigne mais malgré la séparation et les années, malgré les occasions ratées, un lien invisible les unit…

À l’origine, 5 centimètres par seconde est un moyen métrage d’animation du célèbre Makoto Shinkai, à qui les cinéphiles doivent notamment Your Name – véritable phénomène de société qui lui a valu le prix du Meilleur Réalisateur et le prix du Meilleur Scénario lors de la 40e cérémonie des Japan Academy Awards, une première pour un film d’animation – et plus récemment Suzume. Dix-huit ans après sa sortie, c’est Yoshiyuki Okuyama qui s’empare du projet pour le transformer en long métrage, toujours aussi poétique et empli de nostalgie. Son regard, sensible et contemplatif, semble naturellement prolonger l’univers de Makoto Shinkai tout en lui offrant une nouvelle matérialité plus incarnée. 

C’est la première fois que Makoto Shinkai donne son accord plein et enthousiaste à l’adaptation en prises de vues réelles d’une de ses œuvres, témoignant de la confiance qu’il accorde au jeune réalisateur. Un geste fort, qui souligne la singularité du projet et l’envie de réinventer l’émotion du film original sans en trahir l’essence. 

Pour cette adaptation, Takaki est interprété par Hokuto Matsumura, talent en qui Makoto Shinkai a entièrement confiance depuis qu’il a prêté sa voix au personnage de Sōta Munakata dans son œuvre Suzume. Ce chanteur et acteur japonais, principalement connu en tant que membre du groupe de J-pop SixTONES, prête ses traits à un jeune homme rêveur et doux. Employé modèle, absorbé par son travail, il semble avoir troqué ses élans de jeunesse contre une efficacité silencieuse et une solitude qu’il ne questionne plus vraiment. 

Le jeune comédien est accompagné de Mitsuki Takahata, dont le talent est déjà largement reconnu à l’international grâce à ses rôles dans L’Innocence de Hirokazu Kore-eda, Le Maître du Kabuki de Lee Sang-il – candidat japonais pour l’Oscar du meilleur film international –, mais aussi à sa voix, prêtée au personnage principal de Hirune Hime, Rêves éveillés. Dans le rôle d’Akari, elle compose un personnage tout en retenue et en profondeur, une jeune femme sensible et déterminée, qui apprend à évoluer avec l’absence et à tracer son propre chemin.

À la fois original et énigmatique, le titre de l'œuvre renvoie à la vitesse de chute d’un pétale de cerisier : 5 centimètres par seconde. Cette donnée quasi scientifique se transforme en une image d’une grande poésie, qui irrigue tout le récit, évoquant l’éloignement progressif des êtres, non pas dans la rupture brutale, mais dans un glissement silencieux et inévitable. Comme ces pétales emportés par le vent, les souvenirs dérivent et le temps poursuit sa course, laissant derrière lui une tendre et amère mélancolie.  

Cette douce poésie se déploie également à travers la musique : la chanson-thème du film, “1991”, a été composée par Kenshi Yonezu, figure majeure de la pop culture japonaise, à qui l’on doit notamment la sublime musique du Garçon et le Héron, de l’incontournable Hayao Miyazaki. Avec ce titre, il participe à la beauté et à la nostalgie du long métrage de Yoshiyuki Okuyama, avec qui il avait déjà collaboré sur de nombreux clips. “C’est un honneur pour moi de faire partie du projet avec cette chanson écrite spécialement pour le film mais qui est aussi très personnelle. J’ai choisi 1991 comme titre car c’est l’année de la rencontre entre Tataki et Akari, mais c’est aussi l’année de ma naissance.”  s’enthousiasme-t-il. 

Dans cette version en prises de vues réelles, Takaki apparaît comme un homme partagé entre ses ambitions professionnelles et un passé qui ne cesse de le hanter : derrière l’image d’un employé consciencieux et performant se devine un adolescent qui n’a jamais totalement renoncé à ses rêves. Cette dualité entre pragmatisme et sensibilité fait écho au cœur même de l'œuvre, qui interroge la manière dont le temps transforme les aspirations sans jamais les effacer complètement. 

Eurozoom

Cette coexistence se ressent également à l’écran : pour capturer l’atmosphère légère de son enfance et de son adolescence, l’équipe technique a opté pour une caméra portée, instaurant un sentiment de proximité et de spontanéité. À l’inverse, l’âge adulte est filmé en caméras fixes, traduisant l’enfermement progressif du personnage dans une routine maîtrisée. De même, pour exprimer son isolement, les plans sont dans un premier temps majoritairement serrés avant que les cadres ne s’élargissent à mesure que Takaki rencontre d’autres personnes, suggérant subtilement une possible ouverture au monde. 

Quant à Akari, loin d’être une simple figure idéalisée du passé, elle apprend à grandir avec cette absence et à tracer son propre chemin. La comédienne Mitsuki Takahata lui apporte une présence lumineuse, presque apaisante, qui contraste avec sa mélancolie intérieure. Par cette interprétation nuancée, la jeune actrice donne au récit une dimension plus équilibrée : l’histoire n’est pas seulement celle d’un homme hanté par ses souvenirs, mais aussi celle d’une femme qui avance, avec douceur et lucidité, avec le mouvement irréversible du temps. Naît alors entre les deux personnages une relation d’une rare intensité, faite de regards complices, de correspondances soignées et d’une promesse tacite de ne jamais s’oublier.

Le cinéaste Yoshiyuki Okuyama considérait important que chaque membre de l’équipe puisse apporter ses propres expériences à l’histoire, convaincu qu’en intégrant dans le projet des sentiments réels, il pourrait créer une œuvre à la fois personnelle et universelle qui toucherait profondément un large public. Il explique : “Bien que le personnage principal soit un homme de 30 ans, ce film ne se limite pas à une simple histoire de premier amour. C’est un récit qui interroge sur le sens de nos vies et qui peut toucher un large public, sans distinction de sexe ou d’âge. Dans la vie, on ne comprend pas toujours la raison de nos angoisses, mais j’espère que ce film pourra donner un peu d’espoir. S’il peut apporter un peu de réconfort, j’en serais le plus heureux.” 

Cette adaptation de 5 centimètres par seconde ne se contente pas de transposer un classique de l’animation : elle en explore les silences, en approfondit les émotions et en révèle toute l’universalité. Entre poésie visuelle et réalisme sensible, cette œuvre promet de toucher à nouveau le cœur des spectateurs, dix-huit ans après l'œuvre originale, dès maintenant au cinéma.