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13 mai 2020

Hollywood sur Netflix : qu'est-ce qui est faux dans la série de Ryan Murphy ?

Pour pleinement apprécier Hollywood, la série de Ryan Murphy et Ian Brennan, il faut accepter son postulat de départ : retracer une partie de l'âge d'or du cinéma hollywoodien en réécrivant l'histoire. Un moyen de réparer les erreurs du passé et de rendre justice aux minorités de l'époque. Les téléspectateurs qui s'attendent à voir un biopic sur les visages qui ont rythmé ces grandes années seront certainement déçus, mais la série trouve, au contraire, tout son intérêt lorsqu'elle s'éloigne de la réalité pour offrir une uchronie optimiste et inspirante. Si de nombreuses informations sont bien réelles, comme le destin tragique de Peg Entwistle ou encore le racisme dont fut victimes les actrices Hattie McDaniel et Anna May Wong, d'autres sont purement fictives. C'est le cas des quatre faits ci-dessous qu'il est important de resituer.

Ernie, le proxénète de la station-service

Dans la série : C'est à la station-service d'Ernie (Dylan McDermott) que Jack Castello (David Corenswet) rencontre Avis Amberg (Patti LuPone), la femme du grand patron des Ace Studios. Le jeune acteur n'est pas seulement engagé pour servir de l'essence, mais aussi pour charmer les hommes et les femmes venus chercher de la compagnie. Après chaque passe, le gérant de la station, Ernie, récupère 50 % des bénéfices et encourage ses employés à combler davantage les visiteurs.

Dans la réalité : La station-service qui servait de maison close a bien existé, même si cela paraît difficile à croire. L'homme derrière ce business n'était, en revanche, pas nommé Ernie, mais Scotty Bowers et cumulait de nombreuses différences avec le personnage de la série. Ancien Marine, le proxénète était beaucoup plus jeune puisque c'est à l'âge de vingt-trois ans, en 1946, qu'il décide de se lancer dans la prostitution. De plus, Scotty Bowers ne prenait aucun pourcentage sur les revenus de ses employés et n'a jamais été atteint d'un cancer. Quatre ans après ses activités à la station, il poursuivra son business en tant que barman dans des soirées branchées d'Hollywood. En 2012, il publie un livre autobiographique passionnant, intitulé Full Service, dans lequel il raconte ses folles années et de nombreuses anecdotes sur des stars du grand écran. Il décède en octobre 2019, à l'âge de 96 ans.

Ace Studios, le plus grand monstre d'Hollywood ?

Dans la série : La majeure partie de l'intrigue se passe entre les murs des Ace Studios, présentés comme la plus grande société de production de la ville et dirigés par son créateur, Ace Amberg (Rob Reiner). Ce dernier décide de la mise en chantier des prochains projets et dispose d'un droit de regard sur absolument toutes les productions. Lorsqu'il succombe à une attaque cardiaque, c'est son épouse, Avis Amberg, qui reprend le contrôle de la machine, au grand dam de certains collaborateurs. 

Dans la réalité : Les Ace Studios n'ont jamais existé, tout comme le grand patron Ace Amberg. Néanmoins, les grilles de la firme ressemblent beaucoup à celles de la Paramount Pictures et le personnage joué par Rob Reiner semble inspiré de Jesse L. Lasky et Adolph Zukor, les deux créateurs du célèbre studio américain. Contrairement à ce que montre le programme, aucune femme n'a eu la possibilité de prendre la place de son mari et de diriger elle-même la société. Il faudra attendre 1980, soit plus de trente ans après, pour voir une figure féminine occuper un poste aussi important. C'est Sherry Lansing qui présidera la Twentieth Century Fox à l'âge de 35 ans seulement.

Le cas Rock Hudson

Dans la série : Rock Hudson (Jake Picking) débarque dans l'usine à rêves sous son vrai nom, Roy Fitzgerald, et devient l'un des précieux talents de l'agent Henry Willson, qui n'hésite pas à lui demander des faveurs sexuelles. D'abord hésitant et maladroit devant la caméra, il finit par décrocher un rôle mineur dans Meg, le film réalisé par Raymond Ainsley (Darren Criss). Le destin de l'acteur change brusquement lorsqu'il rencontre Archie Coleman (Jeremy Pope), un scénariste afro-américain, avec qui il entretiendra une relation amoureuse assumée.

Dans la réalité : Hollywood parvient à aborder de nombreux points bien réels sur l'icône glamour, comme sa collaboration complexe avec Henry Willson. Mais deux différences importantes séparent le personnage de la série au véritable acteur. Tout d'abord, son talent de comédien. Si les premiers essais de Rock Hudson n'avaient rien de flamboyants, ceux-ci n'étaient pas aussi désastreux que la fiction de Ryan Murphy le laisse entendre. Le comédien était également beaucoup moins crédule que dans le programme. Quant à son homosexualité, Rock Hudson n'a malheureusement jamais pu vivre ces histoires d'amour devant les flashs des photographes. Pour tromper le public, il avait d'ailleurs épousé l'assistante de son agent, Phyllis Gates. Cette dernière restera sa femme - du moins, aux yeux des médias - pendant trois ans. La sexualité de la star ne sera pas connue avant 1985, année durant laquelle il annoncera être atteint du VIH. Il décédera quelques mois plus tard, le 2 octobre 1985.

La révolution des Oscars

Dans la série : Intitulé Une fin Hollywoodienne - A Hollywood Ending, en V.O. -, le dernier épisode de la fiction s'attarde principalement sur la cérémonie des Oscars, durant laquelle le film Meg remporte tous les plus grands prix de la soirée et révolutionne l'histoire de l'industrie. Camille Washington (Laura Harrier) devient la première femme Noire à recevoir l'Oscar de la meilleure actrice dans un premier rôle ; Archie Coleman, le premier homme Noir à recevoir l'Oscar du meilleur scénario ; Anna May Wong (Michelle Krusiec), la première femme asiatique à recevoir la statuette du meilleur second rôle ; Avis Amberg, la première femme productrice recevoir le Graal : l'Oscar du meilleur film.

Dans la réalité : Malheureusement, aucun de ces exploits n'a été réalisé en une soirée. Ce n'est qu'en 2002, pour le film À l'ombre de la haine, que l'Oscar de la meilleure actrice dans un premier rôle est décerné à une femme Noire. Et c'est Halle Berry qui a l'occasion de marquer l'histoire. Le premier scénariste Noir Oscarisé n'est autre que Jordan Peele, récompensé pour Get Out en 2018. La première femme asiatique Oscarisée est l'actrice japonaise Miyoshi Umeki, qui reçoit le prix en 1958 pour le film Sayonara. Quant à la première femme productrice, c'est Julia Phillips pour le film L'Arnaque, avec Paul Newman et Robert Redford, en 1974.

09 mai 2020

Hollywood sur Netflix : la station-service/maison close a bel et bien existé !

Il était le pompiste le plus célèbre d'Hollywood. Le plus sulfureux aussi. Scotty Bowers connaissait les secrets et les désirs inavoués des plus grandes stars de la ville comme personne. Employé à la station-service Richfield Oil, située au 5777 sur Hollywood Boulevard, il se servait de son lieu de travail comme d'un point de ralliement pour des clients très spéciaux. Ces derniers, des figures de l'industrie, se succédaient pour s'offrir les services de jeunes hommes, prêts à tout pour gagner de l'argent. Étonnamment, cette histoire, aussi folle qu'elle n'y paraît, n'avait jamais été transposée à l'écran jusqu'à ce que Ryan Murphy s'en saisisse. Dans sa série Netflix, Hollywood, le scénariste et réalisateur revient sur le business caché de ce proxénète, sans ne jamais citer son véritable nom.

Tout commence en 1946, après la fin de la Seconde Guerre mondiale. George Albert Bowers, surnommé "Scotty", a vingt-trois ans. L'ancien Marine, qui vient de perdre son frère durant la bataille d'Iwo Jima, en 1945, tente de laisser derrière lui les traumatismes du front. Désireux de commencer une nouvelle vie, il quitte son Illinois natal pour Hollywood. À ce moment-là, la production automobile explose et les stations-service fleurissent de part et d'autre de la ville. Pour se loger, le jeune homme enchaîne les heures de travail aux pompes à essence et se charge d'accueillir les clients, de remplir leur réservoir, de nettoyer la carrosserie et de vérifier la pression des pneus.

Le premier client

Son destin bascule lorsque, pour rendre service à un ami, il se rend dans un garage voisin, situé sur Wilshire Boulevard. Une voiture de luxe s'arrête, le pompiste fait le plein, et croise le regard du conducteur, l'acteur Walter Pidgeon - apparu, entre autres, dans Les Ensorcelés et Planète Interdite. Après quelques mots échangés, la star, visiblement séduite par le charisme de l'employé, lui propose vingt dollars pour monter à bord de son véhicule et l'emmener dans sa propriété. Le jeune homme accepte et réalise, sans le savoir, sa première passe.

Les jours se succèdent et Scotty Bowers s'affaire à son poste. Après avoir laissé les coordonnées de sa station-service au bureau des anciens combattants, il reçoit la visite quotidienne de ses camarades de guerre. L'amas de jeunes hommes attire le regard de quelques curieux, qui s'arrêtent pour s'offrir de l'essence et réclamer de la compagnie. Scotty Bowers joue un rôle d'intermédiaire entre les clients et ses copains. Ces derniers, d'abord réticents, comprennent vite que ces prestations sont de belles opportunités pour se faire de l'argent facile. L'appât du gain finit par attirer d'autres soldats et les demandes affluent. Le bouche à oreille se propage, la machine se met en route, et le simple employé devient le proxénète de la Richfield Oil.

Située à quelques pas des plus grands studios de cinéma, le garage est prisé par des personnalités influentes dans le milieu : des producteurs, des costumiers, des chefs décorateur, comme le célèbre Edwin B. Willis. Dans son livre, intitulé Full Service et publié en 2013 aux éditions Hugo & Cie en France, Scotty Bowers explique que la station dans laquelle il travaillait "était devenue le centre névralgique de tous ceux qui recherchaient des aventures un peu corsées, le carrefour des rendez-vous secrets du sexe." Le succès est tel qu'une caravane, équipée de deux grands lits séparés par des rideaux, est installée à l'arrière de la station-service pour recevoir des clients sur place.

Des stars de l'écran, des hommes comme des femmes, commencent également à louer les services des anciens soldats. Scotty Bowers croise alors la route de véritables légendes, comme Cary Grant, Randolph Scott, Rock Hudson, Tyrone Power, ou encore George Cukor, l'immense réalisateur de My Fair Lady et Une étoile est née, qui organise de nombreuses soirées endiablées dans sa villa. C'est d'ailleurs au cours de ces grandes réceptions que le pompiste rencontre Katharine Hepburn et Vivien Leigh, deux actrices qui deviendront ses clientes.

Vivre caché 

Pour beaucoup, les passes de Scotty Bowers symbolisaient de véritables moments de liberté. Une chance de pouvoir être soi-même, de vivre sa sexualité sans craindre la censure des studios et les oppressions de l'époque. De nombreuses stars n'hésitaient à dépenser de l'argent pour éviter que leurs noms ne finissent sur les premières pages des magazines à scandale, comme Confidential. "La brigade des mœurs a continué à pouchasser, persécuter et harceler tous ceux et celles qui osaient franchir la ligne de ce que la société et la loi considéraient comme la normalité acceptable", raconte-t-il dans son ouvrage.

En 1950, quatre ans après le début de ses activités, il quitte les pompes à essence de la Richfield Oil et devient barman pour des événements mondains grâce à Randolph Scott. Il continue de fréquenter les grands noms de l'industrie et de jouer de ses relations pour satisfaire ses clients, et ce, pendant plus de trois décennies. Au milieu des années quatre-vingt, les passes se raréfient dès l'apparition du VIH, appelé, à cette époque, "le cancer gay". Dans le dernier chapitre de son livre, Scotty Bowers se souvient que la maladie avait "donné un coup de frein brutal à la liberté des mœurs qui réglait dans une large mesure la vie publique et privée de cette ville étincelante de tous les feux du cinéma (...)."

Bien qu'il ait été mis en doute de nombreuses fois, le récit de l'ancien pompiste a également inspiré un documentaire, intitulé Scotty and the Secret History of Hollywood, sorti en 2017. L'homme, quant à lui, s'est éteint le 13 octobre 2019, à l'âge de 96 ans, en emportant avec lui les fantasmes de la fine fleur de l'âge d'or hollywoodien.

08 mai 2020

Hollywood sur Netflix : le destin tragique de Peg Entwistle, qui s'est jetée du haut du panneau Hollywood

"J'ai peur, je suis une lâche. Je suis désolée pour tout. Si j'avais fait ça avant, cela aurait évité beaucoup de souffrance." C'est à travers cette lettre, trouvée dans un sac par la police locale, que Peg Entwistle tourne le dos à la vie. Le 16 septembre 1932, l'actrice se suicide du haut de la lettre H du célèbre panneau Hollywoodland. Elle avait vingt-quatre ans. Depuis, son histoire continue de hanter l'industrie et de passionner le plus grand nombre. Et pour cause, le créateur Ryan Murphy fait de son destin l'une des intrigues de sa nouvelle série Netflix. Dans Hollywood, un jeune scénariste afro-américain, interprété par Jeremy Pope, frappe aux portes des studios pour présenter son script : un biopic, intitulé Peg, qui s'intéresse à la carrière tragique de la comédienne. Si la série est en partie fictive, l'histoire qui entoure Peg Entwistle est bien réelle.

Née le 5 février en 1908 au pays de Galles, Peg Entwistle avait pour vrai nom Lillian Millicent Entwistle. À l'âge de deux ans, ses parents divorcent. Dans l'espoir de poursuivre sa carrière à Broadway, son père, Robert Entwistle, lui-même acteur et régisseur pour le grand Charles Frohman, déménage avec sa fille à New York, en 1912, avant de se remarier. Passionnée par le théâtre, l'enfant grandit dans les coulisses et suit les traces de son paternel. Ce dernier, un an après la mort de sa nouvelle femme, décède en 1922, fauché par une voiture qui prend la fuite.

Désormais orpheline, la jeune fille est recueillie par la famille de sa belle-mère et poursuit ses rêves sur les planches. Elle enchaîne plusieurs productions à Broadway, avant de rejoindre en 1925 la Theatre Guild de New York, pour laquelle elle jouera une dizaine de pièces. Sur scène, Peg Entwistle fait déjà son effet. Dans Le Canard Sauvage, elle joue, sans le savoir, devant Bette Davis, alors âgée de dix-sept ans. Plus tard, l'icône du grand écran déclarera que c'est en voyant Peg Entwistle lors de cette représentation que sa vocation est née.

La vie de la jeune star de Broadway prend une autre tournure lorsqu'elle épouse, en 1927, Robert Lee Keith, un acteur de dix ans son ainé. Violent et alcoolique, il traîne derrière lui une réputation sulfureuse qui entache également la carrière de sa femme. Après leur divorce en 1929, Peg Entwistle doit faire face à la Grande Dépression qui frappe de plein fouet l'industrie du théâtre. Prête à tout pour réussir, elle décide d'abandonner New York et de se tourner vers le cinéma en s'installant chez son oncle à Los Angeles.

Sur place, la compétition est rude. Peg Entwistle ne retrouve pas le même succès et doit se battre davantage pour faire sa place. Elle décroche néanmoins un contrat avec RKO Pictures, une grande société de production de l'époque. L'actrice manque le rôle principal du film Héritage aux côtés de John Barrymore - Katharine Hepburn sera choisie à sa place -, mais joue dans Treize femmes de George Archainbaud. Malheureusement, le long-métrage se voit amputé de vingt minutes à cause du code Hays (charte de censure, NDLR), qui lui reproche ses connotations homosexuelles. Le rôle de Peg Entwistle est également réduit, se résumant à quatre petites minutes de temps à l'écran.

Malgré ses efforts, la comédienne doit essuyer de nouveaux échecs : elle perd un rôle dans un film avec Billie Burke et son contrat avec RKO Pictures. Fauchée et découragée, elle quitte le domicile de son oncle un soir de septembre pour se rendre sur la colline du célèbre panneau Hollywoodland. À l'aide d'une échelle, la jeune femme grimpe sur la première lettre, laissant tomber son sac et l'une de ses chaussures. Du haut de la structure, elle saute dans le vide. Dans un article, publié le 19 septembre 1932 dans le Oakland Tribune, une information rapporte que son cadavre fut retrouvé en face de la terre "A" du panneau Hollywoodland. Son corps aurait roulé sur une distance de trente mètres avant de finir en bas de la colline. Encore aujourd'hui, certains habitants prétendent que le lieu est hanté par l'esprit de Peg Entwistle. Son seul et unique film, Treize femmes, sortira le 15 octobre 1932, un mois après sa mort.

05 mai 2020

Hollywood sur Netflix : qui était Oscar Micheaux, pionnier Afro-Américain du cinéma ?

Oscar Micheaux naît en 1884 d'un père né esclave. Ses parents déménagent et s'installent en ville afin que les enfants soient bien éduqués. A ses 17 ans, Micheaux se rend à Chicago et travaille dans la gestion du bétail et par la suite, exécute divers petits boulots. Il monte un commerce de cireur de chaussures et commence à gagner un peu d'argent, ce qu'il continuera à faire en travaillant comme porteurs sur les trains de nuit.

Après une période où il écrit des articles qu'il envoie à la presse et écrit 7 romans dont certains anonymement, et l'un d'eux, The Conquest: The Story of A Negro Pioneer est ce qui se rapproche le plus de son autobiographie. C'est lorsque l'un de ses romans est considéré pour faire l'objet d'une adaptation, The Homesteader, qu'il prend conscience qu'il n'aura pas son mot à dire et qu'il n'écrira pas lui-même le scénario qu'il décide de tourner le film lui-même.

Il est vendu sur son casting "entièrement nègre" (une précision utile à cette époque où les Blancs jouaient les Afro-Américains en se maquillant et en les caricaturant) et comme "la première création de la plume d'un nègre jamais projetée". The Homesteader raconte l'histoire d'un fermier noir qui tombe amoureux d'une jeune fille pâle de peau sans savoir qu'elle est métisse. Croyant leur amour illégal, il se marie avec la fille d'un prêcheur, renonçant à son grand amour. Le film sort en 1919 et il est souvent considéré comme le premier long métrage de cinéma réalisé par un Afro-Américain, même si les sources récentes attribuent tout ou partie de cette réalisation à Jerry Mills, acteur de l'époque, ou à William C. Foster, directeur photo.

Quoi qu'il en soit, la firme de production de Micheaux, basée à Chicago, est vraiment lancée dans l'industrie cinématographique et dès l'année suivante, met en production un film essentiel, Within Our Gates (1920), réponse de Micheaux au racisme de Naissance d'une nation (1915) de D.W. Griffith. Le film arrive aussi dans le contexte des émeutes raciales de l'été 1919 à Chicago et opère comme un playdoyer pour le vote des Afro-Américains et leur accès à la culture.

Le film met en scène une institutrice décidant de sauver une école de noirs frappés par la pauvreté. Elle fait la connaissance puis se marie avec un médecin, avant d'apprendre le passé de sa famille, soutien de la suprématie blanche. On y assiste également au lynchage et au viol d'Afro-Américains par ces mêmes suprémacistes. Si le fond est passionnant, Micheaux tourne ses films avec des budgets ridicules (5 000 à 10 000 dollars de l'époque), des acteurs souvent amateurs et une forme qui va à l'essentiel, privilégiant le texte sur cartons.

Malgré cela, l'oeuvre muette d'Oscar Micheaux -dont il perdure à peine 3 films sur ses 23 (Within Our Gates, Body and Soul et The Symbol of the Unconquered)- peut être vu comme l'un des premiers réalisateurs-auteurs Afro-Américains du cinéma. D'autant que la période parlante du metteur en scène poursuivra sur cette lignée, mettant en avant des histoires dénonçant le racisme.

C'est ainsi celle d'une jeune Afro-Américaine à la peau claire ne trouvant sa place ni chez les Blancs ni chez les Noirs (God's Step Children, 1938), un étudiant noir diplômé de Harvard confronté au racisme (Birthright, 1939), un Afro-Américain à la peau claire tentant de convaincre sa soeur de marier un homme blanc afin qu'elle puisse vivre comme les Blancs. Sauf qu'elle a toujours dans le coeur ce jeune Afro-Américain qu'elle a laissé dans sa ville natale... (Veiled Aristocrats, 1932). Il osera aussi présenter une chanteuse de cabaret noire refusant de "sortir" avec ses clients malgré l'insistance de son patron blanc soudainement injustement accusée d'un meurtre (Lying Lips, 1939).

Les années 40 seront plus compliquées pour Micheaux financièrement, et il arrêtera le cinéma pour redevenir écrivain. Il reviendra cependant au médium en 1948 pour The Betrayal, film fleuve de 3h03 dérivé du thème de The Homesteader sera un cuisant échec, plongeant Micheaux dans la ruine. Il mourra sur les routes, qu'il sillonnait pour vendre ses livres, en 1951.

Aujourd'hui, près de 70 ans plus tard, Ryan Murphy le mentionne dans sa série Netflix baptisée Hollywood, ses films muets survivants sont disponibles en ligne car dans le domaine public et le Micheaux Film Festival (centré sur la diversité) s'est tenu en février dernier, preuves que le nom de Micheaux recommence à intéresser et à se faire connaître. Le monde du cinéma lui doit bien ça.