25 juin 2026

New York 1997 est ressorti en salles

Que l'on associe immédiatement John Carpenter à l'horreur n'est ni erroné, ni réducteur. Aurions-nous, par exemple, eu un Scream s'il n'avait pas (re)donné ses lettres de noblesse au slasher avec Halloween ? Est-il facile de ne pas citer The Thing, son remake de La Chose d'un autre monde, parmi les fleurons du genre sortis pendant les années 80 ? Ou de ne pas placer sa version de Christine très haut dans le classement des meilleures adaptations de Stephen King au cinéma ?

Certes, Vampires et Ghosts of Mars restent des grosses séries B qui tâchent, et The Ward, son dernier long métrage en date, ne serait pas le plus réussi des adieux s'il ne devait jamais revenir au cinéma. Mais John Carpenter est l'un des grands noms de l'horreur... à qui l'on doit également l'un des meilleurs films de science-fiction avec New York 1997, qui a fait son retour dans nos salles ce mercredi 24 juin, soient 45 ans jour pour jour après sa sortie initiale, en 1981.

Deux ans après en avoir fait le King dans son téléfilm consacré à Elvis, le cinéaste retrouvait là celui qui allait s'affirmer comme son acteur fétiche pendant la décennie 80, Kurt Russell, pour lui offrir un autre rôle iconique, créé de toutes pièces cette fois-ci : Snake Plissken, dangereux criminel à qui l'on promet la grâce s'il parvient à extraire le Président des Etats-Unis de l'île de Manhattan, devenue une immense prison-ghetto dans laquelle le dirigeant s'est écrasé avec son avion alors qu'il transportait des documents top secrets.

Comme souvent, et notamment dans Assaut, sa relecture moderne et urbaine de Rio Bravo, John Carpenter s'empare de codes du western pour les implanter dans un autre genre : Snake a ainsi des allures de cowboy solitaire, jusque dans le bandeau qu'il porte sur l'oeil, alors que l'on retrouve au casting des visages familiers de l'Ouest sauvage avec Lee Van Cleef (Le Bon, la Brute et le Truand) ou Ernest Borgnine (Les Douze salopards). Mais c'est bien en matière d'action et de science-fiction que le long métrage a fait date, attirant plus d'un million de spectateurs en France.

S'il ne révolutionne rien dans sa structure narrative, New York 1997 se démarque par son ambiance, et ce mélange d'anticipation, de violence et de coolitude, ce dernier aspect étant évidemment incarné par Snake, dont on retrouve des traces chez beaucoup d'anti-héros antérieurs, à commencer par Solide Snake, héros de la saga de jeux vidéo "Metal Gear Solid", qui finit par arborer lui-même un bandeau sur l'oeil au fil de ses aventures. Ou chez John Carpenter lui-même, dont l'ironie et la misanthropie tournent au cynisme depuis quelques années.

À l'époque, le cinéaste semblait pleinement conscient du statut de série B de son septième long métrage (mais le cinquième destiné aux salles) et l'assumait, cherchant comme son anti-héros à faire les choses à sa manière. Et il le fait très bien, mélangeant action, western et science-fiction dans une ambiance de film des années 80, jusque dans les synthés de cette bande-originale composée par ses soins avec le concours d'Alan Howarth, qui l'avait déjà secondé sur celle d'Halloween 2. Le tout avec un casting de gueules et de charisme, dans lequel on croise également Donald Pleasence, Adrienne Barbeau ou Isaac Hayes, qui apporte un surplus de coolitude à l'ensemble.

Le terme de "série B" paraît même péjoratif aujourd'hui, pour décrire ce que beaucoup considèrent être le meilleur film de John Carpenter. S'il n'a pas revigoré un genre comme Halloween quelques années plus tôt, il fait partie de ces opus emblématiques de son époque, dont l'esthétique se reconnaît facilement alors que le look de son personnage principal est toujours iconique, même si, faute de présence sur les plateformes et de rétrospectives, sa notoriété est moindre auprès des plus jeunes spectateurs. Il ne tient donc qu'à cette ressortie de faire changer les choses et consolider, un peu plus encore, le socle sur lequel New York 1997 se trouve.

Pour ensuite réhabiliter sa suite, le mal-aimé Los Angeles 2013, sorti quinze ans plus tard ? Bien que plus récent, le film a moins bien vieilli esthétiquement que son modèle, en grande partie à cause de son usage de trucages numériques peu convaincants, et son récit peine à proposer des nouveautés assez satisfaisantes, mais tout n'est pas à jeter, car on peut aussi y voir la façon dont Big John a fait mine de jouer le jeu des studios, avec tout le cynisme qu'on lui connaît, pour tourner en dérision un statut de suite dont il est conscient et surfer sur quelques figures du Hollywood d'alors, alors friand de films catastrophes à grand spectacle comme Snake sur un raz-de-marée.

Un épisode 2 qui n'est pas indispensable mais reste intéressant à voir, alors que le retour de Snake se dessine, Zack Snyder s'étant emparé des rênes du remake de New York 1997, véritable serpent de mer qui nage dans les eaux hollywoodiennes depuis au moins 2007, année pendant laquelle Gerard Butler a été cité pour succéder à Kurt Russell, grâce à son rôle dans... 300.

Deux décennies plus tard, c'est son réalisateur qui s'apprête à diriger ce nouveau film (qui devra forcément changer de titre français), et on est curieux de voir comment il sera reçu par un John Carpenter toujours très critique avec les relectures de ses oeuvres, ainsi que la façon dont il s'inscrira dans la filmographie très esthétique de son auteur en même temps que l'époque à laquelle il sortira. Et s'il saura autant marquer les esprits que l'original, alors que l'on souhaite déjà bonne chance à celui qui passera après Kurt Russell, et qui ne sera pas son fils Wyatt, qui a d'ores et déjà balayé cette possibilité.

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