Bill Murray est une figure à part dans le paysage hollywoodien. Acteur aussi insaisissable que mythique, il fonctionne selon ses propres règles : sans agent, difficile à joindre, il apparaît parfois à l’improviste aux quatre coins du monde. Convaincre la star de rejoindre un projet relève souvent du défi, mais lorsque cela fonctionne, le résultat peut être mémorable. Si ses meilleurs films comptent parmi les comédies les plus culte du cinéma, mieux vaut toutefois éviter de se mettre l’acteur à dos.
Malgré le succès phénoménal de S.O.S. Fantômes dans les années 1980, Murray s’est éloigné quelque temps des plateaux de tournage. Il ne fait qu’une brève apparition dans la comédie musicale de son ami Frank Oz, La Petite Boutique des horreurs, avant de retrouver un premier rôle en 1988 avec Fantômes en fête (ou Scrooged de son titre original), une adaptation moderne du Conte de Noël de Charles Dickens mise en scène par le légendaire Richard Donner.
Pourtant, Bill Murray n’était pas enthousiaste à l’idée de revenir au cinéma. Épuisé par le tournage de S.O.S. Fantômes et marqué par l’échec commercial de son projet de cœur, Le Fil du rasoir, l’acteur s’était éloigné des plateaux pendant près de quatre ans. Ce sont finalement ses anciens collègues du Saturday Night Live, Michael O’Donoghue et Mitch Glazer, qui l’ont convaincu d’accepter Fantômes en fête.
Le réalisateur, à qui l’on doit notamment Superman II, Les Goonies et L’Arme fatale, entretenait des relations compliquées avec Bill Murray. Une collaboration que l’acteur décrira plus tard comme une “expérience désagréable” (via FarOut Magazine).
Les tensions ne se limitaient pas à quelques désaccords. Au fil des années, Murray a expliqué que lui et Richard Donner avaient des visions très différentes du film. Selon lui, le réalisateur lui demandait régulièrement d’en faire davantage, en multipliant les prises plus “bruyantes”, alors que l’acteur privilégiait un humour plus subtil. Il ira même jusqu’à qualifier le tournage de véritable calvaire. Murray y incarnait d’ailleurs l’un de ses personnages les plus antipathiques.
Les scénaristes Michael O’Donoghue et Mitch Glazer partageaient d’ailleurs ce sentiment. O’Donoghue estimait que Donner ne comprenait tout simplement pas la comédie et misait davantage sur des effets spectaculaires que sur la finesse de l’humour. De son côté, le réalisateur reconnaîtra plus tard que Murray était “superbement créatif”, tout en le décrivant comme “aussi difficile à gérer que n’importe quel acteur”.
Les difficultés ne concernaient pas toutefois uniquement les relations entre le réalisateur et son acteur principal. Murray a également raconté que la neige artificielle utilisée pendant le tournage lui avait irrité les voies respiratoires au point de lui faire cracher du sang.
Malgré cette production compliquée, Fantômes en fête a connu un solide démarrage au box-office américain en prenant la tête des recettes lors de son week-end de sortie, à Thanksgiving. Le film a finalement rapporté 60,3 millions de dollars aux États-Unis et 40 millions supplémentaires à l’international, pour un budget estimé à 32 millions. Il a également décroché une nomination à l’Oscar du meilleur maquillage, finalement remporté par Beetlejuice.
Cette expérience a laissé un tel mauvais souvenir à Bill Murray qu’“il n’avait plus aucune envie de s’engager dans un autre projet sur le thème des fêtes” après cela. Une décision qui a compliqué la tâche des producteurs de Super Noël. Sorti en 1994, le film repose sur une idée originale : un père en difficulté hérite accidentellement du rôle du Père Noël et doit sauver Noël, pour son fils comme pour tous les enfants du monde.
Sur le papier, le concept pouvait facilement tomber dans le kitsch. Il nécessitait donc un acteur capable d’apporter une touche d’ironie et de subtilité. Bill Murray semblait réunir toutes ces qualités, avec son humour sarcastique et son cynisme légendaire.
Après le refus de Murray, Disney s’est tourné vers plusieurs autres grands noms d’Hollywood, parmi lesquels Chevy Chase, Mel Gibson, Tom Selleck, Tom Hanks et Robin Williams, avant de finalement confier le rôle à Tim Allen.
À l’époque, Tim Allen était loin d’avoir la notoriété des autres acteurs envisagés. Il n’avait joué que dans deux films, même si sa série télévisée Papa bricole, lancée en 1991, rencontrait déjà un joli succès.
Super Noël marque véritablement son accession au rang de star, et son interprétation fait mouche. Là où Bill Murray aurait sans doute apporté un ton plus mordant et plus acerbe, Tim Allen convainc dans la peau d’un père de famille dépassé par les événements, tout en exploitant parfaitement son sens de l’autodérision.
Le succès de Super Noël lance une décennie particulièrement prolifique pour l’acteur. Peu après, il prête sa voix à Buzz l’Éclair dans Toy Story. À l’époque, le projet suscite pourtant de nombreuses interrogations : Pixar est encore un jeune studio et l’animation 3D n’en est qu’à ses débuts. Le triomphe du film balaiera rapidement les doutes et ouvrira une nouvelle ère pour le cinéma d’animation familial.
Tim Allen poursuivra ensuite sa carrière avec plusieurs films destinés au grand public, parmi lesquels Un Indien à New York, Les Sexton se mettent au vert et Galaxy Quest.
Fantômes en fête est aujourd’hui à revoir en streaming sur Netflix. Super Noël, dont la bande-annonce est à redécouvrir ci-dessous, est quant à lui disponible sur Disney+.

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