À bientôt 76 ans, Gérard Lanvin continue de cultiver la même franchise qui a marqué toute sa carrière. Dans les pages d’un numéro du magazine Schnock publié l’an dernier, l'acteur est longuement revenu sur son parcours, ses rencontres et les personnalités qui ont jalonné sa vie professionnelle. Une interview dans laquelle il n’a pas mâché ses mots, notamment lorsqu’il a évoqué sa relation avec Claude Lelouch.
Depuis son apparition dans L’aile ou la cuisse à la fin des années 1970, Gérard Lanvin s’est imposé comme l’un des visages les plus reconnaissables du cinéma français. Avec son charisme brut et son regard intense, il a incarné une certaine image de la masculinité à l’écran durant les années 1980.
Récompensé par deux César – celui du Meilleur acteur pour Le Fils préféré en 1995 et celui du Meilleur second rôle pour Le Goût des autres en 2001 –, le comédien s'est également forgé une réputation d’homme libre, peu enclin à se conformer aux usages du milieu.
Interrogé par Schnock à l’occasion d’un dossier consacré au film Mes meilleurs copains, Gérard Lanvin a pleinement assumé son tempérament franc et son refus des compromis.
“Je n’ai pas de honte à dire ce que je pense. De ce fait, je n’ai pas la carte de celui qui se met à genoux comme un mouton. Les gens de cinéma aiment les héros sur les écrans, mais pas ceux qui ouvrent leurs bouches.”
Au fil de cet entretien particulièrement riche, le comédien est revenu sur plusieurs étapes marquantes de sa carrière, dont sa collaboration avec Claude Lelouch, cinéaste oscarisé avec lequel il a tourné à plusieurs reprises.
S’il a reconnu l’intérêt artistique de travailler sous la direction du réalisateur, Gérard Lanvin n’a pas hésité à porter un regard critique sur son œuvre.
“En général, Claude Lelouch vient vous chercher parce que vous êtes au fond du trou, et c’est ça qui l’intéresse. Les films étaient bien quand il avait un scénariste. Seulement à partir du moment où il a commencé à croire qu’il était lui-même scénariste, c’est devenu autre chose... Mais il y a toujours quelque chose d’intéressant à jouer dans un film de Lelouch.”
Malgré ces remarques, l’acteur conserve de bons souvenirs de certaines expériences de tournage, notamment celle de La Belle histoire, sorti en 1992.
Dans l’entretien, il a également raconté les circonstances qui ont conduit Claude Lelouch à lui confier le rôle du Christ dans ce long-métrage de plus de trois heures. Une anecdote qui débouche sur une nouvelle charge à l’encontre du réalisateur.
“Dans le film précédent, Il y a des jours… et des lunes, Patrick Chesnais me file un coup de couteau, et Lelouch me dit : ‘Quand tu meurs, tu ressembles au Christ. J’ai envie d’écrire un film où tu joueras le Christ !’ Je me suis fait baiser par Lelouch, qui était intéressé par autre chose.”
Il a ajouté : “Je n’aime pas beaucoup ce monsieur qui fait de grands discours, mais ne se montre pas très généreux. Un jour, il nous a dit : ‘Les intellectuels ont droit à plusieurs histoires d’amour.’ Ça veut dire que les prolos, non ? Je préfère garder le plaisir en tant qu’acteur d’avoir travaillé avec lui, c’est tout.”
Des déclarations fidèles à l’image que Gérard Lanvin entretient depuis des décennies : celle d’un comédien qui préfère la sincérité diplomatique aux discours convenus.

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