En plus d'être un solide acteur pour l'avoir démontré à de nombreuses reprises, Elijah Wood a aussi des goûts sûrs en matière de films. Il vient de le démontrer une nouvelle fois en jouant récemment l'invité dans le très fameux Criterion Closet, l'éditeur cinéphile par excellence.
Il discute avec passion de thrillers psychologiques comme The Vanishing et The Game, qu'il trouve "encore trop sous estimé". Tout en soulignant l'impact visuel et sonore d'œuvres telles que Blow Up, "un film formidable" qu'il a d'abord découvert grâce à sa bande originale composée par Herbie Hancock. Ou le documentaire Straight No Chaser, un "portrait intime et magnifique du pianiste de jazz Thelonious Monk", soulignant que "c'est une porte d'entrée fascinante dans l'univers de cet artiste, même pour ceux qui ne connaissent pas le jazz".
Elijah Wood analyse également les styles de réalisateurs majeurs comme Stanley Kubrick en plaçant dans sa besace Eyes Wide Shut, et Wes Anderson (dont il embarque carrément l'intégral de sa filmographie !), notant l'évolution de leur identité artistique unique.
Au milieu de sa petite sélection se trouve une furieuse pépite : Funny Games du cinéaste autrichien Michael Haneke. "C'est à la fois bouleversant et merveilleux, mais ce n'est pas pour les âmes sensibles. C'est drôle, les films d'horreur ne me font pas vraiment peur. L'horreur ne m'effraie pas, car elle relève souvent du monde imaginaire. Ce qui me terrifie, ce sont les choses que les humains font subir à d'autres humains, souvent sans raison apparente, et ce film est certainement une illustration de cela" commente Elijah Wood.
En sélection officielle à Cannes en 1997, c'est peu dire que la projection de Funny Games fut une des plus mouvementées de l'histoire du festival, pourtant habitué aux polémiques, selon les aveux de Gilles Jacob.
Le film suscita même une haine viscérale de Nani Moretti, membre du Jury présidé cette année-là par Isabelle Adjani, au point de lâcher qu'il claquerait la porte du Jury si le film choc d'Haneke recevait le moindre prix.
Il faut dire que si le cinéaste autrichien s'était jusque-là fait connaître avec des films déjà glaçants et fascinants, comme Benny's Video, il poussait avec Funny Games le malaise jusqu'à un point d'incandescence jamais atteint.
Armé d'une mise en scène à la fois sobre et implacable, brisant régulièrement le quatrième mur, Haneke ne laisse aucun répit au spectateur dans cette histoire de famille séquestrée et torturée par un duo de jeunes sadiques. Tétanisé par le spectacle abjecte qui se déroule sous ses yeux, le spectateur est prisonnier de son désir de voyeurisme et son goût pour la violence.
"J'étais frustré de cette façon qu'ont les Médias de traiter en général la violence, d'une manière consommable. Donc je voulais faire un film qui corrige cette image. Je trouve dangereux cette banalisation de la violence. je voulais que les spectateurs se rendent compte de ce qu'ils regardent" commentait Haneke, dans un tacle évident à Hollywood et sa manière de traiter justement cette violence, complètement déresponsabilisée, souvent gratuite, et même cool.
"Dans ce jeu, le pion, c’est… vous, le spectateur. Votre sadisme voyeur, vos réactions, votre peur jouissive. Haneke vous prend au mot : vous aimez le spectacle du meurtre, de la violence, de la terreur ? (Ne dites pas non, pensez à tous les morts que vous avez vus sur un écran au cours de votre vie.) Eh bien, vous allez en avoir –jusqu’à la limite du supportable. Personne ne sera épargné, ni l’enfant, ni le chien" écrivait Gilles Verdiani, critique cinéma dans Première, en février 1998.
Ajoutant : "Vous n’aurez aucune explication psychologique (trauma, vengeance, folie) pour vous rassurer. Même pas un mobile. Ça ne sera ni stylisé pour faire beau, ni détourné pour faire drôle, ni éloigné pour faire moins mal. Ce sera froid, précis et implacable. Vous voulez essayer ?" 29 ans après sa sortie, l'impact laissé par le film reste toujours aussi foudroyant. Et réservé à un public très averti.

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