Considéré comme une référence absolue du western, Il était une fois dans l’Ouest occupe une place à part dans l’histoire du cinéma. Avec une moyenne impressionnante de 4,5 sur 5 sur AlloCiné, le film domine des monuments du genre comme Le Bon, la Brute et le Truand, Django Unchained ou encore Danse avec les loups. Pourtant, le long-métrage aurait pu avoir un visage bien différent.
Derrière la création du mystérieux Homme à l’harmonica, Sergio Leone nourrissait une conviction inébranlable : un seul acteur pouvait donner vie à ce personnage. Malgré les réticences des studios et les nombreuses propositions de stars hollywoodiennes, le réalisateur italien n’a jamais envisagé de compromis.
Dans le livre Conversations avec Sergio Leone, recueilli par Noël Simsolo, le cinéaste explique pourquoi il refusait catégoriquement de confier ce rôle à quelqu’un d’autre que Charles Bronson. Pour lui, l’acteur possédait exactement la présence qu’exigeait ce personnage silencieux et hanté par son passé.
“Harmonica, c’est Bronson. Une force de marbre. Un métis qui poursuit sa vengeance. Un homme qui sait attendre le temps nécessaire pour tuer l’individu responsable de la mort de son frère. En tant qu’Indien, il a déjà une haine pour l’homme blanc. Et il torturera Frank en lui rappelant le nom de toutes ses victimes. Mais il doit toujours avoir un air impassible. Il ne parle pas beaucoup. Il exprime sa douleur avec l’harmonica. Sa musique est une lamentation qui vient de loin. C’est viscéral. Et c’est attaché à une mémoire ancestrale.”
Dans l’esprit de Leone, Bronson incarnait une présence presque minérale, capable d’exprimer la souffrance et la vengeance sans multiplier les dialogues. Cette intensité silencieuse représentait l’essence même du personnage.
Ce choix artistique, pourtant évident aux yeux du réalisateur, a longtemps laissé sceptique l’industrie américaine. À Hollywood, beaucoup jugeaient absurde de délaisser les grandes vedettes bankables au profit d’un acteur alors moins exposé.
“À Hollywood, on voulait me faire interner chez les fous. J’avais refusé toutes les stars et j’insistais pour avoir Bronson. On pensait que j’avais perdu la raison. Mais je suis entêté. J’ai obtenu Charles Bronson. Et je crois que la suite a démontré que j’étais loin d’être fou.”
Les producteurs de la MGM n’ont pourtant pas manqué d’alternatives à lui soumettre. Plusieurs stars majeures de l’époque ont en effet été envisagées pour endosser le rôle principal.
“Les Américains m’ont proposé toutes leurs stars. Un jour, on m’annonce que Rock Hudson veut le rôle. Le lendemain, on me propose encore un autre nom. Un jour, un de mes associés me déclare que Warren Beatty souhaite interpréter l’homme à l’harmonica.”
Parmi les propositions formulées aux studios, un nom a particulièrement provoqué l’agacement de Sergio Leone : celui de Warren Beatty. Le réalisateur estimait que l’acteur ne correspondait absolument pas à l’univers du film, au point d’imaginer la réaction déconcertée du public.
“Je lui dis : ‘Warren Beatty ? Je vais te décrire la réaction de mon public si je prends Warren Beatty. (...) [Des gens] regardent la séquence de la mouche. Ils s’amusent. Ils se laissent prendre par les images. Ils attendent, exactement comme les trois tueurs dans la gare. Et voilà que le train arrive… Alors, ils se mettent à frémir devant la fumée et en écoutant la musique de l’harmonica. Ils voient la silhouette de l’homme qui est descendu du train. Son chapeau cache son visage. Et voilà qu’il lève lentement la tête. Et c’est… Warren Beatty. Alors là, les spectateurs sursautent. Ils se regardent en disant : ‘Warren Beatty ! Mais qu’est-ce qu’il fout là, ce Warren Beatty ?! Il s’est trompé de film’.”
Pour Leone, l’apparition du personnage devait susciter fascination et mystère, pas un effet de surprise lié à la célébrité d’un acteur trop identifié.
À force d’insistance, Sergio Leone finit par obtenir gain de cause : Charles Bronson hérita du rôle de l’Homme à l’harmonica. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que le réalisateur pensait à lui : il l’avait déjà envisagé pour incarner Sentenza dans Le Bon, la Brute et le Truand, avant de finalement confier le personnage à Lee Van Cleef, devenu depuis l’un des antagonistes les plus marquants du western.
Le pari de Leone s’est révélé gagnant. Le succès de Il était une fois dans l’Ouest, combiné à celui d’Adieu l’ami la même année aux côtés d’Alain Delon, a transformé la carrière de Bronson. Jusque-là surtout cantonné à des premiers rôles dans des séries B comme Mitraillette Kelly, Le Californien ou Syndicat du crime, il s’impose alors durablement comme une véritable tête d’affiche du cinéma, avant d’enchaîner avec Le Passager de la pluie, La cité de la violence ou De la part des copains.

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