01 mars 2026

Quand La Vie est belle de Frank Capra était dans le viseur du FBI

Totem cinématographique de Noël depuis des décennies diffusé chaque année ou presque aux Etats-Unis, La Vie est belle de Frank Capra est sans doute l'oeuvre qui incarne et célèbre le plus cet esprit de Noël, au point de figurer d'ailleurs parmi les films préférés des Américains. En 1990, le film fit d'ailleurs son entrée au sein de la prestigieuse Bibliothèque du Congrès américain, eut égard à sa place patrimoniale.

"Je pense que c'est probablement le film le plus fort que j'ai réalisé", avait déclaré Capra à un journaliste de la BBC. "Je pense que c'est mon film préféré, car il résume tout ce que j'ai essayé de dire dans tous mes autres films". Dans une bien cruelle ironie pourtant, le film fut un désastre financier absolu, au point d'emporter sa société de production.

De manière étrange, le film passa sous le radar du... FBI. Un agent non identifié du bureau, qui avait vu le film, trouva dans l'oeuvre un "courant sous-jacent malveillant", dans une note écrite (et consultable ici), décortiqué par un universitaire, John A. Noakes.

Le FBI, alors sous la coupe de son tout puissant patron Edgar J. Hoover, faisait la chasse aux infiltrations, réelles ou supposées, d'idéaux communistes au sein de l'industrie du cinéma, depuis le mois d'août 1942. Et qui durera seize années...

Une analyse plus approfondie a conclu que "les responsables de la réalisation du film La Vie est belle ont utilisé deux astuces couramment employées par les communistes pour introduire de la propagande dans le film".

Ces "astuces" consistaient apparemment à dénigrer "les valeurs ou les institutions jugées particulièrement américaines", incarné à l'écran par le banquier sans scrupule, M. Potter. Et à glorifier "les valeurs ou les institutions jugées particulièrement anti-américaines ou pro-communistes", mises en exergue, selon le rapport du FBI, par le contexte de dépression économique utilisé dans le film, ainsi que la crise existentielle traversée par le héros incarné par James Stewart.

En lieu de quoi le FBI considérait tout ceci comme une "tentative subtile d'amplifier les problèmes de ce qu'on appelle "l'homme ordinaire" dans la société". L'agence nota qu'au moins un critique estimait que le film "dénigrait délibérément" la classe supérieure et "tentait de montrer que les personnes riches étaient des personnages méchants et méprisables".

En pleine Guerre Froide, la peur rouge, dans un climat paranoïaque, tournait à plein régime. Elle atteindra son point culminant durant la période du Maccarthysme. Etrangement, malgré ces observations du FBI, la sinistre Commission des activités antiaméricaines de la Chambre des représentants (connue sous l'acronyme HUAC), qui faisait la chasse aux sorcières à Hollywood, fit le choix de ne pas convoquer les scénaristes et le réalisateur du film. La Vie est belle a ainsi continué à être projeté sans entrave.

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