Sortie en 1998, Une chance sur deux a été la dernière collaboration à l’écran des deux géants Jean-Paul Belmondo et Alain Delon. Pourtant, pour le réalisateur Patrice Leconte, ce film reste un souvenir doux-amer : “C’était une fausse bonne idée à laquelle j’ai cru.” En effet, la comédie d’action n’a pas trouvé son public, marquant un véritable échec au box-office et le chant du cygne du duo mythique.
Comme l’a rappelé BFMTV, tout débute en 1994, lorsque le producteur Christian Fechner contacte Patrice Leconte. Après leurs succès des années 1980, notamment Les Spécialistes, Fechner souhaite reformer le duo Belmondo-Delon, absent du grand écran depuis Borsalino (1970). “C’est un film de producteur”, précise Hervé Truffaut, collaborateur historique de Fechner.
Leconte accepte et le scénario initial, confié à Bruno Tardon, est rapidement remanié par le réalisateur et Fechner : “Il nous a proposé une histoire qu’on a trouvée pas mal, mais on pensait qu’on pouvait trouver mieux. Le scénario original était très différent de ce qu’est devenu le film.” L’intrigue suit Alice, une jeune délinquante, qui part sur la Côte d’Azur pour découvrir lequel des deux hommes que sa mère a aimés est son père, rappelant quelque peu Les Compères (1983) de Francis Veber.
Patrice Leconte se souvient d’ailleurs : “Quand tout a été terminé, j’ai reçu un coup de fil de Francis Veber qui m’a dit : ‘Vous savez, je ne vous fais pas un procès, mais je voulais juste vous demander si vous aviez pensé à mon film Les Compères quand vous avez écrit votre film?’. Très sincèrement, on n’y avait jamais pensé.”
Belmondo et Delon, attachés à la qualité du scénario, font confiance à Leconte. Le premier avait apprécié Les Spécialistes, et le second avait adoré Ridicule, qu’il considérait “comme un petit chef-d’œuvre”. Avec Patrick Dewolf, Leconte peaufine les dialogues, plaçant les deux icônes en rivaux, avec une touche d’autodérision : “On voulait que ce soit moderne, drôle, qu’il y ait une part d’autodérision, que ce ne soit pas un film mâchoires serrées, maxillaires immobiles : que ce soit un film léger.”
Les stars, rassurées, se montrent collaboratives : “Pas un mot de dialogue n’a été rajouté. Ils n’ont fait aucune remarque. Je n’ai reçu ni critique ni contestation pour le scénario. Ça leur a plu. On a tourné.” Leconte ajoute quelques clins d’œil, comme celui à Borsalino, sur fond de musique de Claude Bolling.
Pour incarner Alice, c’est Vanessa Paradis qui est choisie : “Ça me plaisait qu’il y ait une autre génération. Avoir une personne acidulée comme Vanessa entre eux, je trouvais ça précieux et intéressant pour l’imagination.” Les stars bénéficient d’un traitement luxueux : garde du corps, chauffeur, maquilleuse et coiffeur. Le tournage se déroule sous haute sécurité, notamment pour protéger la discothèque du Grisy Apples, première scène filmée.
Le budget, estimé à 150 millions de francs (33 millions d’euros), permet au réalisateur de viser “une lumière de film américain”, a confié le chef opérateur Steven Poster. Sur la Côte d’Azur, Belmondo et Delon, complices mais en légère compétition, prennent Paradis sous leur aile : “C’était deux vieux galopins contents de faire du cinéma ensemble”, raconte Leconte.
Jean-Paul Belmondo, fidèle à sa réputation, réalise lui-même de nombreuses cascades, y compris suspendu à un hélicoptère : “C’est la dernière fois de ma vie que je fais ça, alors laissez-moi y aller !” Alain Delon, plus distant, se déplace en hélicoptère et s’isole parfois dans sa caravane. Le tournage dure dix semaines, ponctué de scènes légères, comme celle où les deux héros dévorent des Big Mac chez McDonald’s.
La sortie, le 25 mars 1998, bénéficie d’une campagne massive : “Fechner pensait vraiment que ce film serait comme un bulldozer.” Mais les critiques sont mitigées. Le Figaro loue “l’élégance” de cet “hommage ludique et courtois au cinéma populaire”, tandis que Le Monde juge qu’il “ressemble à un spectacle de vieux clowns pétomanes”. Les spectateurs boudent le film : seulement 16 682 entrées à Paris le premier jour, et une première semaine totalisant 430 015 spectateurs.
Au final, le film atteindra 1 056 810 entrées, très loin du seuil de rentabilité. Leconte confiera : “J’ai eu le sentiment d’une gifle monumentale. Quand vous battez le tambour, et qu’à l’arrivée personne ne vient, vous avez l’air d’un con.”
Ce flop marque la fin de la carrière cinématographique du duo. Jean-Paul Belmondo, décédé en 2001, réduira ses apparitions à l’écran, tandis qu’Alain Delon, décédé en 2024, annoncera vouloir se retirer : “Je crois que j’ai tout dit au cinéma. Je n’ai plus envie de dire des choses.” Patrice Leconte, lui, rebondira rapidement avec La fille sur le pont, qui connaîtra un joli succès.

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