22 mai 2026

Cet extraordinaire film sur la ruée vers l'or à la fin du XIXe siècle doublé d'un émouvant hommage sur la naissance du cinéma mérite une sérieuse découverte

1978, Canada. À 560 kilomètres au sud du cercle polaire arctique se trouve Dawson City. Lors de travaux destinés à construire un centre de loisirs, le conducteur d’une pelleteuse fait surgir de terre des centaines de bobines de films miraculeusement conservées.

Combinant films muets, films d'actualités, images d'archives, interviews et photographies historiques, et accompagné par une bande-son envoûtante d’Alex Somers, le documentaire Dawson City: Le temps suspendu dépeint l'histoire de la ruée vers l’or d’une petite ville canadienne, tout en relatant le cycle de vie d'une collection de films singulière à travers son exil, son enterrement, sa redécouverte et son salut.

Le résultat, didactique, confondant la petite Histoire (naissance d'une ville) à la grande (l'échelle d'un pays tout entier), est extraordinaire. Et c'est au réalisateur Bill Morrison qu'on le doit.

Cinéaste et artiste basé à New York, entré dans le cinéma par la peinture et auteur de plus d’une vingtaine de films, ses oeuvres combinent la soif du documentariste de découvrir des histoires cachées, avec l'obsession d'un archiviste de récupérer des trésors cinématographiques.

C'est à la fin des années 80 que le réalisateur entend parler de cette extraordinaire découverte de plus de 500 bobines de films datant du début du siècle. "j'en ai entendu parlé pour la première fois lorsque j'étais étudiant en Art à la fin des années 1980" racontait le cinéaste à la sortie de son documentaire chez nous, en 2020.

"Cette redécouverte de 533 bobines de films préservées dans le pergélisol, alors même que toutes les autres copies connues ont brûlé ou furent totalement négligées, est en elle-même une histoire absolument incroyable.

Mais cette découverte n'était qu'une partie d'une histoire plus large et captivante encore : "celle de la ruée vers l'or de la ville de Dawson City, comment elle est passée d'un petit camp de pêcheurs endormis situé sur les terres appartenant à un peuple amérindien, à une population furieuse de 40.000 personnes cherchant à tout prix de l'or en l'espace de deux ans à peine, pour ensuite décliner drastiquement au point de ne plus compter que 1000 habitants au tournant du XXe siècle.

C'est littéralement une capsule temporelle d'histoires, de récits, qui convergent les uns vers les autres. Avec cette idée que les films fixés sur pellicule sont retournés, in fine, dans la terre même d'où l'on a extrait l'or. Le rôle du cinéma a été crucial, central, pour raconter ces histoires. Pour moi, c'est un condensé parfait du XXe siècle en Amérique du Nord".

D'une durée plutôt étonnante (2h00) mais sans jamais donner le sentiment de tirer en longueur sur son passionnant sujet, porté par des images restaurées avec une précision chirurgicale ou dans un état de conservation absolument incroyable, Dawson City : le temps suspendu se révèle, in fine, bouleversant. "je crois vraiment que le film en celluloïde est une manifestation physique de la conscience humaine représentée dans un temps donné. Le film, c'est la mémoire rendue visible" déclarait Bill Morrison. On ne saurait mieux dire.

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