Sorti le samedi 16 mai au soir dans les salles françaises, au moment de sa présentation, en Compétition, au 79ème Festival de Cannes, L'Être aimé de Rodrigo Sorogoyen a été vu par 39 864 spectateurs en un peu plus de trois jours. Soient, peut-être, autant de personnes qui se sont demandées pourquoi le réalisateur passait au noir et blanc ou changeait le format de l'image dans quelques-unes de scènes de son drame dans lequel un célèbre cinéaste retrouve sa fille alors qu'il souhaite la diriger dans son prochain film.
Le réalisateur d'As Bestas et Madre a-t-il voulu pousser la mise en abyme en se faisant plaisir sur le plan visuel, ou peut-on dans ces quelques passages au noir et blanc des élans de subjectivité, qui soulignent la manière dont Esteban (Javier Bardem) voit Emilia (Victoria Luengo), ou inversement ? A quelques heures de sa première participation à la Compétition, le principal intéressé a répondu à la question :
"Il y a beaucoup de choses que j'adore dans le cinéma et qui ne sont pas rationnelles", nous dit Rodrigo Sorogoyen. "Moi je suis quelqu'un de très rationnel et je voulais, dans cette histoire et ce film, m'écarter de cet aspect de ma personnalité et être un peu plus intuitif, prendre des risques. Quand j'ai commencé à réfléchir à la manière dont je pouvais filmer cette histoire - et je savais déjà qu'elle tournerait autour de la notion de récit - j'ai su que je voulais tourner avec tous les outils possibles."
"Car il n'y a pas seulement un récit mais plusieurs, donc beaucoup de façons de les raconter. J'ai donc fait un film avec tous les formats possibles, avec de la pellicule et du numérique, des ratios différents en alternant le 16/9 et le 4/3... On me pose beaucoup la question sur le noir et blanc, car c'est un changement très fort. Je voulais qu'il y ait une cohérence pour le spectateur et il intervient quand il y a des interférences entre elle et lui à propos d'un récit du passé. La première fois, c'est quand il lui dit, sur la plage : 'Je me souviens de tout.' Là on passe au noir et blanc."
"Il y a aussi cette interview avec un journaliste, et cette scène du repas où il ne pense pas vraiment au récit mais à elle et à sa jeunesse." "C'est beau, car c'est un peu quand l'un des deux personnages rentre dans la tête de l'autre", complète Victoria Luengo, qui confirme que nous n'étions pas loin du tout en voyant dans ces passages au noir et blanc des manifestations d'une subjectivité. Et vous ? L'aviez-vous perçu de la sorte ?

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire