Christian Clavier et Didier Bourdon sont deux monuments du cinéma comique français. Le premier, révélé avec le Splendid avant de devenir Jacquouille la Fripouille pour l'éternité, et le second, pilier des Inconnus, cumulent à eux deux plusieurs décennies de succès populaires et de tournages mémorables.
Invités sur la chaîne YouTube On Time, dans le cadre de la promotion de leur film Cocorico, les deux comédiens se sont prêtés à un échange sans langue de bois, sur leur rapport à la célébrité et à leurs fans.
Si tous deux disent apprécier la reconnaissance du public, ils ont tenu à mettre des mots sur ce qui, dans certains comportements, dépasse les bornes selon eux. Être filmé à son insu dans un restaurant, interpellé sans bonjour dans la rue, ou photographié à la sortie d'un cimetière : la frontière entre admiration et irrespect, ils l'ont franchement dessinée.
C'est Christian Clavier qui a ouvert le sujet avec une précision qui lui ressemble. "Je suis extraordinairement flatté, jamais blasé de la reconnaissance du public et du fait qu'il veuille me le dire, mais je n'aime pas du tout la familiarité", a-t-il confié.
Une distinction importante qu'il tient à souligner : ce n'est pas une posture liée aux personnages qu'il a incarnés, c'est une question de nature profonde. "C’est une chose dans laquelle je suis extraordinairement pudique", insiste-t-il, avant d'élargir le propos à un travers qu'il observe dans la société en général : les gens qui "se déboutonnent" à la télévision, livrant leur vie intime sans filtre. "Je déteste ça. C'est un truc que je ne peux pas supporter", avoue-t-il.
Didier Bourdon a abondé dans le même sens, avec une anecdote qui illustre parfaitement la mécanique du respect mutuel. Certains jeunes, dit-il, l'interpellent sans la moindre politesse : "Eh, toi, une photo." Sa réponse est invariable : "D’abord, tu dis bonjour." Et souvent, raconte-t-il avec un certain amusement, le recadrage fonctionne. Le ton change, les manières reviennent, et l'échange devient agréable. "Je te connais, tu es un acteur, toi. Attends... Pardon, monsieur. Oui, je vous aime beaucoup. D'accord, c'est pas grave", mime-t-il pour imager ses propos. Un simple rappel à l'étiquette qui suffit à transformer la rencontre.
Mais c'est Christian Clavier qui a frappé le plus juste avec une métaphore aussi simple que percutante. La question des photos est, selon lui, acceptable dès lors qu'on prend la peine de demander. Ce qui ne l'est pas, en revanche, c'est d'être filmé ou photographié à son insu, sans consentement, dans des moments privés.
"Il y a un moment, on est simplement au zoo, c'est-à-dire que vous êtes en train d'être filmé derrière une cage en train de dîner ou de déjeuner avec un copain ou avec votre femme ou avec vos enfants, ou en sortant d'un cimetière. Ça, je l'ai déjà vécu." Une situation qu'il qualifie sobrement de "pas terrible" et qui, dit-il, ne représente "pas forcément le mieux de la nature humaine".
Toujours au cours de la même interview, Christian Clavier n'a pas hésité à pointer du doigt les dérives d'une industrie cinématographique dans laquelle 92 % des acteurs sont au chômage, écrasés par des logiques financières qui ont évincé la passion au profit de la rentabilité. Des comédiens précaires, invisibles, pendant que quelques visages connus sont suivis jusque dans les cimetières par des smartphones. Le paradoxe est cruel : la célébrité, à laquelle tant aspirent, a aussi ses cages dorées. Et visiblement, même ceux qui y vivent depuis des décennies n'ont toujours pas appris à s'y sentir des bêtes de foire.
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