Sorti en 1964 et troisième volet des (més)aventures de l'agent 007 créé par Ian Fleming, Goldfinger est un film vénéré chez les aficionados de la saga James Bond. A juste titre d'ailleurs, tant Sean Connery s'y révèle encore une fois absolument parfait dans le costume de l'espion.
Après la Jamaïque de Dr. No et le bloc soviétique de Bons baisers de Russie, l'agent le plus secret de Sa Majesté se rend aux États-Unis, avec un détour par la Suisse, dans un lieu qui paraît être l'écrin idéal pour faire passer la saga au stade supérieur : la réserve d'or fédérale de Fort Knox, dans le Kentucky, que le méchant Auric Goldfinger (Gert Fröbe) veut infiltrer pour réaliser le crime du siècle et ainsi faire vaciller les pays développés de l'Ouest en générant un chaos économique.
Qui dit James Bond dit naturellement son lot de gadgets, mais aussi son indéboulonnable James Bond girl, qui a ici les traits de la magnifique Honor Blackman, qui incarne un personnage du nom de Pussy Galore. Un patronyme qui ne fut pas vraiment du goût de la censure aux Etats-Unis, au point même de gravement hypothéquer la sortie du film sur le territoire américain…
C'est dans ce contexte que le magazine Esquire a rappelé en 2021 cette très étonnante anecdote dans un article qui rendait aussi hommage au prince consort Philip, époux de la reine Elizabeth II, décédé à l'âge plus que vénérable de 99 ans cette année-là. Ce dernier est en effet intervenu, à son insu, pour sauver la sortie du film des griffes de la censure. Alors que Goldfinger risquait d'être interdit sur l'un des plus grands marchés cinématographiques du monde, l'équipe de communication du studio a mis au point un plan pour sauver le film.
En février 1964, Honor Blackman fut ainsi invitée à une soirée de gala à Londres pour assister à la projection du film Pousse-toi chérie, à laquelle assistait la famille royale. Elle fut alors photographiée aux côtés du prince Philip.
"Ce dernier lui demanda si elle serait capable de gérer l’attention du public qu’impliquerait le tournage d’un film de James Bond, puis fit ce qui fut décrit comme "un large geste de la main", faisant sans doute allusion à la foule enthousiaste. Pensant qu’il imitait son passé d’artiste martiale dans une série télévisée intitulée The Avengers, Blackman s’est mise en position de judo en répondant : "Oui, bien sûr que je peux". Son langage corporel a fait mourir de rire tout le monde, et la rencontre a été immortalisée par la presse à sensation" raconte le magazine.
Le lendemain, leur photo faisait la Une de la Presse, avec cette légende : "The Prince and the Pussy". Le producteur de la saga Bond, Albert R. Broccoli, s'envola à destination des Etats-Unis, avec en main des coupures de Presse relatant la rencontre entre le prince Philip et Honor Blackman, pour les présenter à Geoffrey Shurlock, qui était alors le censeur en chef de la toute puissante MPAA, l'organisme de classification des films. C'est lui qui veillait, encore, à l'application du code Hays, toujours en vigueur.
Broccoli fit mouche : pour Shurlock et son équipe, le nom de Pussy Galore ne pouvait pas être indécent, si le prince Philip et duc d'Edimbourg osait s'afficher aux côtés d'une actrice incarnant un personnage avec un tel nom. Goldfinger reçu donc son visa de distribution aux Etats-Unis... Et fut un triomphe, avec plus de 50 millions de dollars récoltés sur le sol américain.
In fine, à la décharge de Shurlock et son équipe, on notera quand même que les James Bond girls ont toujours eu des patronymes parfois drôles, décalés ou franchement coquins. Dans ce registre, on décernera une mention spéciale à Lana Wood dans Les diamants sont éternels. Le nom de son personnage en VO est Plenty O'Toole, qui laisse entendre que la jeune femme possède plus d'un atout pour séduire Bond... Mais la palme revient à son ahurissant nom en VF : Abondance Delaqueue...




