Enfant de la balle, Marion Cotillard baigne depuis longtemps dans l'atmosphère des plateaux de théâtre. Dès qu'on a besoin d'un bébé ou d'un enfant pour une pièce, la voici sur les planches, donnant la réplique à sa mère.
Après quelques apparitions pour Arnaud Desplechin (Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) en 1996) et Coline Serreau (La Belle verte), c'est la série des Taxi, initiée en 1998 sous l'impulsion du producteur Luc Besson, qui la révèle au grand public.
Une ascension qui débouchera, dix ans plus tard à peine, sur une incroyable consécration avec La Môme Piaf qui la fait entrer dans la légende, en remportant un Golden Globe, un BAFTA, un César et un Oscar de la Meilleure actrice. Une mise sur orbite internationale et définitive de sa carrière, dont le succès ne s'est pas démenti depuis.
C'est à l'aune de ces considérations que l'on regarde l'une des toutes premières interview de la comédienne, réalisée sur la plage de Cannes en mai 1998 lors de la présentation du film Taxi de Gérard Pirès. Une rencontre qui avait servi pour un documentaire coproduit par la Télévision Suisse (RSI), Homo Cinematographicus, de Alberto Veronese.
"Je n'ai presque rien fait" lâche humblement l'actrice, qui se raconte dans une interview touchante et pleine de fraîcheur, du haut de ses 23 ans, retraçant son parcours professionnel et sa vision du métier de comédienne. Issue d'une famille d'artistes, elle explique avoir d'abord envisagé cette carrière avec une certaine insouciance avant de réaliser son importance vitale.
"Il y a des gens que j'aime, mais ce ne sont pas mes modèles. Je n'ai jamais voulu travailler par rapport à ce que faisaient les gens. J'ai envie de trouver les choses en moi, et de trouver ma propre façon d'aborder un rôle" confie Marion Cotillard. "J'aime Audrey Hepburn, Greta Garbo, récemment Patricia Arquette... [...]
En fait, si j'ai des modèles, en tout cas des gens chez qui je découvre des choses qui me permettent d'évoluer, c'est plutôt chez les comédiens hommes, je ne sais pas pourquoi. J'ai découvert comme tout le monde Leonardo DiCaprio, et il est incroyable. Il a complètement accepté sa part masculine et féminine, et ca donne un truc d'une dimension..." Savoureux, lorsqu'on sait qu'elle finira par lui donner la réplique en 2010 avec Inception de Christopher Nolan.
Elle confie aussi qu'elle n'a pas de technique fixe pour aborder un rôle et que son approche est différente à chaque fois, préférant faire "comme ça vient". Par exemple se plonger dans l'exploration du passé affectif de son personnage, pour le créer physiquement et psychologiquement.
Insiste aussi sur l'importance fondamentale pour elle des répétitions; une méthode qu'elle compare à celle du théâtre. Elle tient à répéter toutes les scènes avant le début d'un film, car cela lui donne la liberté de se tromper, de tester de multiples possibilités et de découvrir des éléments inattendus pour construire le personnage.
Pour les rôles particulièrement sombres ou lourds, comme celui qu'elle a incarné (et qu'elle cite) dans le téléfilm Chloé, diffusé en 1996, où elle interprète une lycéenne tombant dans la prostitution, elle s'immerge totalement et conserve l'énergie du personnage toute la journée sur le plateau, évitant de se dissiper. Elle insiste toutefois sur la nécessité absolue de "décrocher" le soir pour redevenir elle-même et se protéger émotionnellement.
Quoi qu'il en soit, un entretien vraiment intéressant, qu'on vous encourage évidemment à regarder ! On rappelle aussi pour la forme que la comédienne est à l'affiche du film Roma Elastica, qui sera diffusé en séance de minuit durant le Festival de Cannes cette année. Elle y incarne une star de cinéma à bout de souffle épaulée par sa fidèle maquilleuse, campée par Noémie Merlant.
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