Le 15 janvier 2025, le monde du cinéma pleure la disparition de David Lynch aux quatre coins du monde, et chacun en profite pour citer ses chouchous dans la filmographie du réalisateur au style unique. Sans surprise, Muholland Drive revient souvent, au même titre que Twin Peaks (la série et son prequel sous forme de film), Lost Highway, Elephant Man ou Sailor et Lula, mais il y a très peu de mentions d'Inland Empire, son ultime long métrage, et encore moins de son adaptation de Dune, sortie dans nos salles en février 1985. Peut-être parce que lui-même ne l'aurait pas citée, vu qui l'a reniée.
Dès sa parution en 1965, le roman de Frank Herbert s'est attiré les convoitises d'Hollywood, et Alejandro Jodorowsky est le premier à vraiment s'être cassé les dents sur son adaptation, qui a néanmoins donné naissance à un riche documentaire, à l'issue duquel on regrette de ne pas avoir vu le résultat, tout en se demandant à quoi il aurait vraiment ressemblé. Il faudra attendre la première moitié des années 80 pour qu'un projet aboutisse : bien décidé à surfer sur le succès de Star Wars, le producteur Dino de Laurentiis parvient à convaincre David Lynch, qui sort du succès d'Elephant Man et vient de refuser... Le Retour du Jedi.
Séduit par l'univers de Frank Herbert et doté d'un budget de 40 millions de dollars, le cinéaste confie le rôle principal à l'inconnu Kyle MacLachlan et s'offre les services de Sting, dans un rôle secondaire, ou du groupe Toto pour la bande-originale. Mais le rêve tourne vite au cauchemar dans les studios de Churubusco (Mexique), entre techniciens non qualifiés, maladies, pannes et autres démissions pour cause d'impayés.
David Lynch vient quand même à bout du projet avec un premier montage de 3h30 auquel soixante-treize minutes seront retirées pour permettre à un film de 2h17 d'arriver dans les salles mondiales. Vouloir condenser un tel monument en un seul opus étant déjà bien compliqué, le résultat est, hélas (et sans surprise), déséquilibré et beaucoup trop rapide dans sa seconde moitié, centrée sur l'ascension de Paul Atréides. A tel point que le cinéaste ne met pas longtemps à renier ce qu'il a considéré comme "son plus grand échec", précisant qu'il n'avait pas eu de contrôle artistique total, encore moins de final cut.
Grandement critiqué par le presse et le public à sa sortie, ce Dune est pourtant loin d'être honteux, et possède même un charme certain, une étrangeté et même une folie qui préfigure la suite de sa carrière et qui, pour beaucoup, manquent aux films de Denis Villeneuve, parvenu avec succès à offrir une seconde chance à l'oeuvre de Frank Herbert avec une adaptation en deux parties, que suivra en décembre prochain un troisième volet inspiré du roman "Le Messie de Dune".
On ne peut évidemment que rêver à ce qu'aurait donné le film s'il n'avait pas été raboté à ce point, tant ce qu'il reste ne manque ni de qualité ni de style, malgré un déséquilibre évident, y compris pour qui n'a pas lu le matériau de base. Et c'est pourquoi il mérite bien mieux que ce que sa production chaotique laisse craindre, d'où la bonne nouvelle que représente cette possibilité de le (re)voir au cinéma, en version restaurée 4k, depuis le 13 mai.
C'est en effet l'occasion de le (re)voir et de lui (re)donner sa chance dans les meilleures conditions. Et, pour beaucoup, d'enfin combler un manque, ce Dune n'ayant pas été projeté par les cinémas ayant programmé la quasi-totalité des longs métrages de David Lynch après la mort de ce dernier. Il suffisait juste d'être un peu patients.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire