18 mars 2026

Titanic : le premier film est sorti un mois après la catastrophe… avec une survivante dans le rôle principal

Dans l'histoire des tragédies maritimes, le Titanic n'est évidemment pas, loin s'en faut, le seul navire à avoir sombré. D'autres exemples existent, avec des bilans humains parfois supérieurs. Pourtant, il reste dans l'esprit des gens comme l'une des plus grandes catastrophes. Pourquoi cet intérêt alors ?

Parce que dans la conscience des individus, ce paquebot de très grand luxe était un authentique microcosme de la société d'alors ; celle de la Belle Epoque. Avec sa classe ouvrière, sa bourgeoisie et ses classes dirigeantes, dont les richissimes familles d'industriels, qui occupaient les cabines de première, d'un luxe inouï. Une croisière à l'issue fatale qui fut largement assimilée à un funeste présage du devenir de l'Europe et du monde, deux ans avant d'être ravagés par la Première Guerre mondiale et ses millions de morts.

Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, moins de trois heures après sa collision avec un iceberg, le navire s'enfonça dans les profondeurs des eaux glacées, pour s'échouer à 3843 mètres de profondeur, à 650 km au sud-est de Terre-Neuve. Entre 1490 et 1520 personnes trouvèrent la mort, ce qui fait de cet événement l'une des plus grandes catastrophes maritimes survenues en temps de paix et la plus grande pour l'époque.

Cette tragédie fit naturellement la Une des journaux du monde entier. Tandis que certains rescapés retrouvaient avec émotion leurs familles, ou d'autres racontant inlassablement à la Presse leurs tranches de vie à bord du navire avant la catastrophe, Dorothy Gibson, elle, accepta carrément de tourner dans un film sur l'événement.

En mai 1912, soit tout juste un mois après avoir survécu au naufrage, la jeune femme, âgée de 22 ans, tourna ainsi toute première fiction consacrée au Titanic, intitulée Saved From the Titanic, d'une durée de 10 min.

Arrivée à New York en 1906 avec l'intention de devenir mannequin, Dorothy Gibson travailla comme danseuse dans une revue, et se produisit dans des comédies musicales. En 1911, elle se tourna vers le métier d'actrice, en jouant dans plusieurs films muets.

En mars 1912, Dorothy Gibson et sa mère partirent en vacances en Europe, avec l'intention de voyager pendant trois mois. Revenues plus tôt que prévu aux États-Unis, les deux femmes embarquèrent à bord du Titanic à Cherbourg, en tant que passagères de première classe.

Au moment du naufrage, étant prioritaire dans les canots de sauvetage en tant que passagères de première classe, Dorothy Gibson et sa mère s'installèrent dans le canot n°7, qui fut le premier à quitter le navire, et furent sauvéee par le navire Carpathia, envoyé dans la zone pour porter secours. "Je n'oublierai jamais les cris déchirants poussés par ceux qui étaient jetés à la mer et par ceux qui craignaient pour leurs proches" confia-t-elle au magazine Moving Picture World, recueillant son témoignage.

C'est un certain Jules Brulatour, producteur et pionnier du cinéma aux Etats-Unis, qui non seulement demanda Dorothy Gibson en mariage, mais qui lui suggéra aussi qu'elle écrive et participe à un film sur son expérience à bord du Titanic. Il n'y a décidément pas de petits profits. Dorothy Gibson alla jusqu'à s'habiller dans le film de la même manière que le jour du naufrage... "Mlle Dorothy Gibson, survivante de la plus grande catastrophe maritime de l'Histoire, raconte l'histoire du naufrage, entourée d'un casting prestigieux, dans ce chef-d'œuvre cinématographique de l'époque" proclamait l'affiche du film.

La suite fut moins heureuse pour elle. Abandonnant son métier d'actrice (après tout de même une vingtaine de films) pour se tourner vers l'Opéra, elle subit en 1913 un procès pour avoir renversé et tué un homme en conduisant la voiture de son compagnon Jules Brulatour. Mariée avec lui en 1917, ils divorceront deux ans plus tard.

S'installant en France en 1928, elle fut une sympathisante fasciste, puis changea d'appartenance politique durant la Seconde Guerre mondiale. Arrêtée en Italie par la Gestapo en 1944, elle parviendra à s'évader. Elle fut retrouvée morte dans une chambre de l'hôtel Ritz à Paris, en 1946, des suites d'une insuffisance cardiaque. Un destin quand même assez incroyable.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire